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COLLECTION VESTIBULLES
No
27
PRÉAMBULE
Lagent
X-30 sécroula lourdement sur le misérable lit
du Bahamas Hôtel situé à quelques kilomètres
du centre-ville de Nassau. Sa mission, dans cette région tropicale,
était tenue
secrète par tous les services de renseignements occidentaux
et visait lélimination dune dangereuse taupe infiltrée
dans le réseau.X-30, étendu sur son lit, avait en main
un illustré, un drôle de magazine que sa fidèle
gouvernante avait glissé dans ses bagages entre un Readers
Digest et un journal à potins. Devinez le nom de cet illustré ?
Toujours est-il que lil perçant de lespion
lavait décortiqué du début à la
fin. (Rien néchappe à un il capable de désamorcer
les mécanismes complexes dun détonateur nucléaire.)
X-30 ignorait tout, par contre, de ceux et celles qui avaient élaboré
cette étrange revue.
Il ignorait leur passion du dessin et de la narration, leur bonne
humeur à chacune de leur rencontre, leurs échanges,
leur progression dans leur art, leur monde intérieur peuplé
de créatures fantasques, leurs victoires sur le néant.
X-30 ignorait cela. Il navait jamais connu les joies de la création,
les savoureuses et fraternelles empoignades verbales entre artistes,
lantagonisme de toujours entre la tache et la ligne, et linterminable
controverse entourant la redondance narrative dans la bande dessinée
classique. Mais la lecture de cette modeste revue brochée venait
de lui ouvrir les portes dun monde dont il navait jamais
subodoré lexistence. Un théâtre de papier
où des comédiens dencre sagitent dans les
histoires les plus diverses. X-30 sétait même demandé
si cette voie navait pas finalement plus dintérêt
que celle quil avait prise en 1942 lors de son entrée
dans les services de renseignements alliés. De toute façon,
il était désormais trop tard. Le maniement du pinceau,
du crayon et de la plume exigeait sans doute un entraînement
aussi spartiate et rigoureux que celui auquel sont soumis les gars
de la T.C.A. (Troupe de Choc Aéroportée) où il
avait appris les rudiments de son métier despion vers
1951. Il était décidément trop tard.
La taupe rengaina son Beretta avec le geste lent et visqueux dun
gros poisson. Sur le lit, gisait le corps recroquevillé de
lagent X-30. Entre ses doigts crispés se trouvait toujours
lillustré. Sur son visage étrangement serein,
une expression énigmatique se lisait, une expression qui intrigua
la taupe.
Cest maintenant à votre tour de contempler lultime
vision queut X-30 dans cet hôtel oublié des Antilles.
Sauf que, pour vous, il nest pas trop tard.Bonne
lecture !
Grégoire Bouchard
(Merci à Ian Fleming et à Bonhomme.)
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