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Activités et services aux étudiants

Historiettes 13 et 14

Historiette numéro 13

L’alexandrin pour célébrer l’illustre roi

En vers de douze pieds vous devez vous comprendre
Pour honorer la vie du grand roi Alexandre
*

Le vers français de douze syllabes** a pour pères deux Alexandre :  Alexandre le Grand, élève d’Aristote, roi de Macédoine et illustre conquérant (356-323 av. J.-C.), et Alexandre de Bernay, poète et savant, né en Normandie au XIIe siècle.  Selon nos sources, ce poète aurait rassemblé toutes les traditions éparses en dialectes français sur la vie légendaire du grand roi en une œuvre unique : Le roman d’Alexandre.

Considéré comme étant l’un des plus vieux romans français, ce récit poétique, où s’entremêlent les conquêtes du roi, les trahisons, ses amours et les complots, se constitue, dans sa forme primitive, de 16 000 vers rimés de douze syllabes, d’où la naissance du mot « alexandrin », en l’honneur de l’extraordinaire destinée du roi macédonien. 

Ce vers, encore considéré par certains comme étant la forme la plus représentative de la beauté de notre langue, célèbre aussi celui qui l’a fait naître, Alexandre de Bernay.  Dans son désir de souligner l’ampleur des conquêtes du grand roi, dans son souhait, aussi, de réunir tous les récits qu’il avait entendus ou lus sur ce héros, récits des générations qui le précédaient, savait-il qu’il créa le vers qui s’imposa dans la prosodie française***? La forme, chez les poètes, appuie toujours le contenu de leurs œuvres.

Principales sources
Le site du CNRTL (Centre national de ressources textuelles et lexicales)
Dictionnaire étymologique, Paris, Larousse, 1991.
Le Petit Robert des noms propres, Paris, Dictionnaires Le Robert, 1997.
… et ce lien magnifique qui permet au lecteur de consulter en ligne une copie du Roman d’Alexandre : http://expositions.bnf.fr/livres/alexandre/

*Le Pafé se permet ici une petite frivolité de son cru.
**Nous proposons un exemple célèbre d’alexandrin tiré des doctrines classiques que Nicolas Boileau (1636-1711) a résumées dans son Art poétique :
« Que toujours dans vos vers le sens, coupant les mots
Suspende l’hémistiche, en marque le repos. »
***
La vie et les exploits d’Alexandre le Grand favorisent très tôt l’émergence d’une littérature variée, des poèmes, surtout, constitués d’une série d’octosyllabes.  Alexandre de Bernay étendit, le premier, le vers à douze syllabes. Vive le roi!

Historiette numéro 14

La Binette du snob

Quand on rencontre une personne dont l’expression du visage ou la silhouette générale étonne à cause de sa particularité, on dit qu’elle a « une drôle de binette ».  L’origine de cette expression demeure encore incertaine, mais l’Histoire retient le nom d’un fameux perruquier dont le talent  transformait la figure d’un homme.

Au XVIIe siècle, il y avait, à la cour du Roi Louis XIV, huit barbiers, dont un particulièrement célèbre dans toute l’Europe, Sieur Benoit Binet.  Ses perruques, dont tout le monde se disputait alors*, furent longtemps à la mode et s’appelaient, à cause de lui, des binettes**.  C’est à cet homme que revient, dit-on, la fabrication de la perruque d’apparat du roi, véritable symbole de la magnificence de Sa Majesté.  Haute de quatre ou cinq pouces, montée de deux pointes sur le sommet de la tête, à boucles étagées retombant sur les épaules et dans le dos, cette coiffure pesait tout son poids et forçait le Roi à demeurer bien droit lors de ses parutions d’éclat.  Avoir sa binette, à cette époque, était fort à la vogue, puisqu’elle révélait le signe d’une appartenance enviée, celle de la noblesse française.

Aujourd’hui, celui qui se donne des airs de noblesse ou qui s’évertue avec ostentation à faire partie d’une société jugée supérieure à celle de ses origines se nomme un « snob ».  Ce mot anglais, de l’argot des étudiants de la très huppée université de Cambridge, proviendrait*** d’une mention indiquant le rang social des élèves dans leur dossier d’inscription.  À côté des noms des roturiers, des cordonniers ou des quelques étudiants de la classe moyenne, auraient été inscrits les mots latins sine nobilitate, qui signifient sans noblesse, soit, en abrégé, s.nob.  Ce mépris, qui découle de cette hypothétique mention, fait peut-être retourner les premiers sujets dans leur tombe, puisqu’un snob, disons-le franchement, désigne la personne qui traite de haut ses semblables, et ce, sans véritable discernement.  Le snob ne fréquente que des baronnes aux noms comme des trombones…**** « Celui qui le dit, c’est celui qui l’est », dit le vieil adage.

Principales sources
Le site du CNRTL (Centre national de ressources textuelles et lexicales)
Dictionnaire étymologique, Paris, Larousse, 1991.
Coiffures historiques, le site du manuel de coiffures historiques.
Fabula. Le site de la recherche en littérature.


*A.Du Pradel, Le Livre commode des adresses de Paris pour 1692, Paris, E. Fournier, 1878, t. 2, p. 39.
** « Les perruques de Louis XIV furent dites binettes, de Binet, le premier faiseur du roi après La Vienne. »  Feuillet de Conches, Causeries d’un curieux, t. 2, p. 226.
*** Soulignons l’emploi du conditionnel ici : plusieurs étymologistes défendent cette origine, mais l’ennui est que pareille mention n’a jamais été retrouvée dans les archives de cette université…  Ce qui est sûr, c’est la contribution de William M. Thackeray à introduire ce mot dans le langage courant dans son Livre des snobs (1848) dans lequel il dit que ce mot, snob, fut d’abord un sobriquet des étudiants de Cambridge donné à celui que l’on considérait comme étant « étranger » ou de basse condition.
**** Chanson de Boris Vian sur une musique de Jimmy Walter, Je suis snob (1955).