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Activités et services aux étudiants

Historiettes 1 à 12

Historiette numéro 1

Être en grève ou faire la grève?


Les mots ou les expressions prennent souvent leur source dans les paysages qui nous entourent. La langue française, comme toutes les langues, s’inspire de son espace géographique et lui donne un sens qui, parfois, déborde sur sa réalité. Par exemple, on ne peut saisir le lien entre la « grève » (le bord de l’eau) et le fait de ne pas travailler si on ne sait pas que la place de l’Hôtel de Ville à Paris s’étendait, à l’origine, jusque sur le rivage de la Seine. La place de Grève, théâtre des châtiments et, plus tard, des forces révolutionnaires, devint rapidement le port le plus important de Paris et le lieu où l’on embauchait les travailleurs. Cet endroit sur les berges du fleuve était vu, si l’on veut, comme un bazar de la main-d’oeuvre...

Ainsi, « être en grève », avant le XIXe siècle, c’était « se tenir sur la grève » en attendant de l’ouvrage, en attendant qu’un patron, prêt à satisfaire ses besoins personnels, nous donne du travail.

Avec le temps, cette expression évolua et prit le sens commun que nous lui connaissons aujourd’hui : la cessation collective et volontaire du travail. « Faire la grève » (1805) provient de la population ouvrière qui, exploitée par des patrons sans scrupule, a spontanément quitté ses usines pour se réunir à la place de Grève, revendiquant de meilleures conditions de travail. « Faire la grève » devint alors une expression consacrée pour peindre les luttes de la classe laborieuse pour ensuite désigner un « arrêt volontaire et collectif d’une activité, par revendication ou protestation » (Le Petit Robert 2011). On dit que la contestation des épouses, menée par Lysistrata à Athènes, au Ve siècle av. J.-C., fut, avant la lettre, la première grève de l’Histoire*.

Principales sources

  • Debidour, Victor-Henry, Aristophane, théâtre complet, Paris, Folio, 1965-66.
  • Le Paris pittoresque, rues et places, rubrique Internet.
  • Nouveau dictionnaire étymologique et historique, Paris, Larousse, 1971.
  • Walter, Henriette, Le Français dans tous les sens, Paris, Éditions Robert Laffont, 1988.

* Alors que la guerre s’éternisait entre Athènes et Sparte, Lysistrata fit réunir toutes les épouses de Grèce pour leur demander de se refuser à leur mari jusqu’à ce que la paix fût signée. Et elles triomphèrent! Historiette numéro 1

Historiette numéro 2

Boycotter, boycottage, boycott ?

Le verbe « boycotter » est un mot issu d’un épisode social survenu en 1880 dans le comté de Mayo en Irlande. Il provient du nom d’un capitaine de l’armée britannique qui démissionna pour devenir un riche propriétaire terrien sur la côte ouest irlandaise. Charles Cunningham Boycott (1832-1897), caractérisé par son absence de compassion et la dureté dans ses relations de travail, décida, à l’automne 1880, en pleine période de famine, d’augmenter les loyers de ses terres, provoquant ainsi une réaction de la part des habitants, réaction que l’on désignera sous le verbe « boycotter ». Inspirés par Charles Stewart Parnell (1846-1891), avocat et dirigeant de la ligue agraire, les habitants se mobilisèrent pour infliger au Capitaine Boycott une sévère quarantaine sur ses propres terres. Du jour au lendemain (ou presque), le propriétaire terrien se retrouva sans fermier, sans domestique, sans courrier. Coupé de sa communauté, il n’avait plus aucune possibilité d’exploiter ses terres et s’exila aux États-Unis. Ce nouveau mode de résistance se généralisa en Irlande, mais c’est cet épisode avec Boycott qui devint rapidement le symbole classique des luttes paysannes.

Les mots ainsi issus des noms propres s’appellent éponymes.

À l’origine, le verbe « boycotter » désigne l’action de ne pas consommer les produits qui n’ont pas été créés dans de justes conditions. Le mot « boycottage » fait son entrée en France dès 1881, mais est vite remplacé par le mot « boycott » (1888), signifiant l’arrêt des relations commerciales.

Principales sources

  • Nouveau dictionnaire étymologique et historique, Paris, Larousse, 1971.
  • Maillet, Jean, Le Dictionnaire des noms propres devenus noms communs, Paris,
    Albin Michel, 2005.

Historiette numéro 3

Leader ou porte-parole ?

Le mot « leader », anglicisme signifiant celui qui conduit, qui dirige (to lead), serait apparu pour la première fois dans la langue française sous la plume de René de Chateaubriand, précisément dans le troisième tome de ses Correspondances apparu en 1822. « La perfection, écrit-il alors, serait Lord Grenville aux affaires étrangères et M. Canning, leader des Communes. » Cette première apparition montre que ce mot est synonyme de « chef », celui qui, ici, mène la vie politique. Le porte-parole (1552) est, quant à lui, un « messager », celui qui porte la
parole (à la presse, à la direction ou à l’opinion publique) au nom d’une assemblée ou d’un groupe.

La nuance entre ces deux mots peut parfois sembler bien mince pour certains. Il suffit pourtant de leur rappeler que le leader exerce une influence sur son organisation, tandis que le porte-parole se charge seulement de la représenter. Par extension, en journalisme (1829), le « leader » est un article de fond placé à la première page d’un journal, article signé par un collaborateur qui n’exprime pas nécessairement les idées de l’organe qui le publie. Dans le domaine commercial, le « leader » est le chef de file d’une famille de produits qui occupe une grande part du marché et qui, par ce fait, entraîne nécessairement tous les autres.

Principales sources

  • Nouveau dictionnaire étymologique et historique, Paris, Larousse, 1971.
  • Office national de la langue française, Le Grand dictionnaire terminologique, Québec,
    2011.

Historiette numéro 4 

Révolte ou révolution?

Quand Samuel Colt (1814-1862) invente son arme à feu portable munie d’un barillet, il le nomme revolver à cause de ce cylindre à balles rotatif. L’anglo-américain « to revolve » signifie en effet tourner et provient du latin « revolvere », rouler en arrière.

Curieux de constater que ce même verbe latin est à l’origine du mot révolte… « Revolvere » donne en italien « rivolgere » et « rivoltare » qui signifient successivement retourner, échanger, et qui, au XVIe siècle, deviennent « révolter » en français. D’abord presque toujours employé sous sa forme pronominale, « se révolter » désigne le fait de se détourner d’une influence. Ce recul en arrière qui donne un nouvel élan est essentiel au mouvement de la révolte. Comme le dit Albert Camus, « l’homme révolté fait volte face. Il marchait sous le fouet du maître. Le voilà qui fait face. »*

Selon Le Nouveau Petit Robert, la révolte est d’abord une action collective, généralement assez violente, par laquelle un groupe refuse d’obéir à une autorité pour se dresser contre elle. C’est plus tard, au XVIIe siècle, dans le théâtre de Corneille**, par exemple, qu’elle touche aussi l’individu, luttant contre les injustices, la société ou ses parents.

Quant au mot révolution, il apparaît au XIIIe siècle, et appartient au domaine astronomique. Né du latin « volvere », accomplir en roulant, il désigne d’abord le mouvement d’un astre autour de son orbite. Ce n’est qu’au XVIe siècle qu’il prend le sens général que nous lui connaissons, soit celui d’une transformation complète de l’ordre social ou d’un mouvement politique durable. Ce changement brusque et profond, qui s’inscrit dans le temps, est ce qui le distingue de la révolte. Bien qu’elle implique une prise de conscience déterminante dans la quête identitaire d’un groupe ou d’un individu, la révolte est une action passagère… Et c’est bien ce qu’avait compris le duc de La Rochefoucauld-Liancourt, après la prise de la Bastille, quand il répondit à Louis XVI qui lui avait demandé : 
– C’est une révolte?
– Non, sire, c’est une révolution.

 Principales sources 
  • Le Nouveau Petit Robert 2011.
  • Nouveau dictionnaire étymologique et historique, Paris, Larousse, 1971.
  • Centre national des ressources textuelles et lexicales, site Internet.

Voilà que s’achève la première ronde de nos historiettes, inspirées des événements du dernier printemps. Le PAFÉ profite d’ailleurs de la tribune qui lui est donnée pour féliciter chaleureusement les étudiantes et les étudiants d’avoir participé à l’éveil de leur société et d’avoir fait preuve, tout au long de cette session extraordinaire, d’un courage et d’une détermination remarquables.


* Camus, Albert, L’Homme révolté dans Essais, Paris, Gallimard, p. 424. 
**La pièce Polyeucte de Corneille (1642) présente en effet la révolte individuelle comme étant une réaction violente, affective ou spirituelle. 


Historiette numéro 5

Motus et mots cousus

Les mots n’ont pas été créés au hasard; leur sens primitif, celui qui relève de leur étymologie, en fait saisir leur véritable portée. Par exemple, « mot » naît au Xe siècle et s’emploie le plus souvent dans des expressions négatives, comme « ne soner mot », « ne rien dire ». « Motus » (« pas un mot ») en est la latinisation un peu facétieuse, puisqu’il renvoie directement à ses origines. « Mot » vient du latin populaire « muttum », désignant un « son émis » par la voix, une syllabe représentant un son imperceptible, celui des lèvres à peine ouvertes ou celui qui ressemble aux balbutiements d’un enfant. Le « mot », à sa naissance, est alors un son, non une unité de sens comme nous l’entendons aujourd’hui. Ce n’est que beaucoup plus tard (au XIIIe siècle) qu’il désigne la « parole », la « phrase » ou le « discours ». Il avait besoin de la langue, « l’organe de la parole », pour le faire évoluer dans la bouche ou dans un texte.

L’histoire du mot « texte », remonte, quant à lui, au IXe siècle et signifie d’abord le « volume qui contient les Évangiles ». L’idée empruntée au latin, « textus », qui veut dire « tissu » ou « texere », « tisser », ne s’installe, dans la langue courante, qu’à partir du XIIe siècle. Ainsi, les fibres textiles et le discours écrit ont les mêmes racines étymologiques, d’où l’apparition de plusieurs expressions, comme « dire des tissus de mensonges », « perdre le fil de l’histoire», « lire un texte décousu » ou « tramer quelque chose de louche »…

Un texte est donc le tissu dont s’habillent les sons intérieurs d’un auteur, ceux des mots qui s’entrelacent, des mots tressés ou tissés au fil de son temps. 

Principales sources
  • Le Nouveau Petit Robert de la langue française 2010, Paris, Le Robert, 2010.
  • Nouveau dictionnaire étymologique et historique, Paris, Larousse, 1971.
  • Lexilogos, mots et merveilles d’ici et d’ailleurs (http://www.lexilogos.com/étymologie.htm)


Historiette numéro 6

Prendre une brosse, partir sur la brosse ou courir la galipote?

Peut-être êtes-vous de celles et ceux qui se demandent quelle est l’origine de nos expressions… Pourquoi dit-on, par exemple, « prendre une brosse » pour désigner l’irrésistible envie de s’enivrer ?

« Brosser », c’est faire la fête, la préparer, « brasser la cabane ». Puisque les fêtes, chez nos ancêtres, se déroulaient souvent chez un particulier, toute la maisonnée se devait de participer à la corvée du ménage pour accueillir, plus tard, les bonnes gens. Tout était bien récuré à la brosse (les planchers, la cuisine) et quand les villageois voyaient s’accumuler les seaux d’eau et les têtes-de-loup* sur un perron, ils comprenaient vite qu’une fête s’y préparait.

On peut alors penser que l’expression « partir sur la brosse » vient de cette image, mais il en va autrement, selon certains étymologistes. L’expression viendrait du verbe « brosser », mais de celui qui est relié à l’univers de la chasse à courre, qui signifie « passer à travers les broussailles » et qui aurait rapidement pris, ici, le sens d’errer à l’aventure ou de « courir la galipote ». Cette dernière expression, bien de chez nous, variante de « galipette » et de « galoper », signifiait, selon nos légendes canadiennes, « la course effrénée d’un être ensorcelé » que certains prétendaient voir, la nuit, dans nos campagnes. C’est le Père Pierre-Philippe Potier (1743-1758)**, Jésuite belge venu s’installer en Amérique, qui fut le premier à utiliser cette expression pour désigner ceux qui aimaient multiplier les aventures galantes.

Principales sources
  • N.E Dionne, Le Parler populaire des Canadiens français, Québec, J.-P. Garneau libraire, 1909.
  • Conseil de la langue française (sous la direction de Michel Plourde), Le Français au Québec, 400 ans d’histoire et de vie, Montréal, FIDES, 2000.

 


* Il s’agit d’une brosse ronde munie d’un long manche pour nettoyer les plafonds.
** Le manuscrit du Père Potier compte un peu plus de 2000 mots ou expressions
couramment employés par les francophones du Canada au XVIIIe siècle.

Historiette numéro 7

Bonne Saint-Valentin, mon amour…

Le prénom Valentin vient du latin « valens », qui signifie vigoureux, ou « valentia », celui qui est fort. Celui qui porte ce prénom a, à la fois, la force du corps et celle de l’esprit. Valentin, pas de doute ici, se porte très bien. Alors comment un obscur prêtre de Rome qui est mort martyr, vers l’an 270, en est-il venu à être associé aux amoureux ?

La légende dit que saint Valentin était médecin avant de devenir prêtre et qu’il avait des dons de guérisseur. Toutefois, elle retient surtout qu’il désobéissait aux ordres de l’empereur Claude II… Valentin prônait le mariage, organisait secrètement des cérémonies de fiançailles quand l’empereur avait sévèrement interdit les unions maritales pour mieux recruter les soldats célibataires. Les hommes mariés n’avaient en effet pas bonne réputation lors des combats. Puisqu’ils désiraient toujours retourner auprès de leur famille, ils étaient de piètres guerriers, incapables de mettre leur vie en péril pour l’Empire… Le pauvre Valentin fut donc emprisonné pour avoir célébré clandestinement des mariages et fut décapité un 14 février sous les ordres de l’Empereur. Mais avant de mourir, et c’est là le moment le plus touchant de cette fable, il aurait guéri de la cécité la fille de son geôlier et en aurait été subitement fort épris, aveuglé, à son tour, mais par l’amour… La légende dit même que, peu avant de se rendre sur le lieu de son exécution, il aurait glissé, en catimini, une lettre à sa belle qui avait pour en-tête ces mots : De la part de votre Valentin… Voilà une légende qui aiguise finement et tristement l’imagination.

L’histoire, quant à elle, révèle qu’on a donné le nom du prêtre romain à une fête instaurée par l’Église pour canaliser les ardeurs des gens au moment où l’hiver se fait le plus dur. Elle aurait remplacé la fête des Lupercales à Rome qui coïncidait avec la période des amours tumultueuses entre Héra et Zeus*, dans l’antique Athènes. Le cérémonial de ces Lupercales, mené par des prêtres qui pratiquaient le culte de Faunus Lupercus**, le jour du 15 février, consistait à immoler un bouc avant de toucher le front de deux jeunes gens avec une lame sanglante pour les rendre féconds.  Cette trace de sang devait ensuite être effacée avec un bout de laine trempée dans du lait pour faciliter les accouchements.

Dans la littérature, c’est le père de la poésie anglaise, Goeffrey Chaucer, qui, en 1382, écrira les premiers mots reliés à la Saint-Valentin dans son Parlement des Oiseaux***. Ce poème allégorique, constitué de 699 vers, fut dédié au couple royal pour leur mariage, Richard II et Anne de Bohême. C’est lui qui, dit-on, serait à
l’origine de la tradition que nous connaissons aujourd’hui et qui ne s’est transmise chez nous qu’au milieu du XIXe siècle.

Principales sources
  • Nouveau dictionnaire étymologique et historique, Paris, Larousse, 1971.
  • Le Petit Robert des noms propres, Paris, Dictionnaires Le Robert, 2000.
  • Étymologie (français, latin, grec, sanskrit), site Internet.


* Couple du Panthéon hellénique.
** Divinité romaine (dieu-loup), bienfaisante, protectrice des troupeaux. Son culte était localisé sur la
colline de Rome, le Palatin. Faunus fut très vite identifié au dieu de la fertilité des Grecs, Pan. 
*** « Car c’était la Saint-Valentin/ Et tous les oiseaux venaient chercher une compagne. » Le
Parlement des oiseaux
de Chaucer (1340-1400).

Historiette numéro 8

La jeunesse, comme la verdure, pare la terre; mais l’éducation la couvre de moissons*.

L’école est en crise un peu partout dans le monde. Chez nous, les critiques à l’égard de notre système d’éducation font couler beaucoup d’encre et nous placent devant un réseau serré de contradictions… Il nous est alors venu l’idée de voir si les origines du mot  « éducation » pouvaient nous éclairer.

La première racine étymologique de ce mot, « educare », signifie « nourrir » ou « élever » des animaux ou des plantes. Par extension, il prend le sens « d’avoir soin des enfants ». Chez les Romains, par exemple, la déesse Éduca** présidait à la subsistance des nouveau-nés et veillait à l’abondance des pâturages et des moissons dans le dessein d’assurer son devoir. L’éducation, dans ce premier sens, est la nourriture qui garantit le bon état physiologique d’une personne.

Le passage de l’être biologique à l’être social se trouve dans la deuxième racine de notre mot, « ex ducere », signifiant « conduire » ou « guider ». L’éducation, ici, est ce qui tire de l’enfance. Elle devient une aventure, une conquête, celle de soi-même pour mieux habiter le monde. Ce parcours s’alimente de valeurs qui, elles, constituent l’essentiel de ce qui fait sens dans la vie.

Selon ces deux significations majeures (« nourrir » et « guider »), le mot « éducation » oriente son champ sémantique vers une élévation : il faut en effet bien des soins pour que s’élève ou grandisse un enfant. 

Force est de constater que ce regroupement de sens se trouve, la plupart du temps, éloigné de celui que nous entendons dans nos médias quand on nous parle d’éducation.

Principales sources
  • Carfantan, Serge, « Le sens de l’éducation» dans Six leçons sur la culture, format e-book, 2009.
  • Dictionnaire des citations françaises, Paris, Les Usuels du Robert, 1984.
  • Nouveau dictionnaire étymologique, Paris, Référence Larousse, 1991.
  • Les Confessions, Paris, Garnier Flammarion, 1993.

*Antoine de Rivarol (1753-1801) dans Discours sur l’homme intellectuel et moral.

**Dans Les Confessions de Saint Augustin, Livre IV, chapitre 8.

Historiette numéro 9

Hochelaga, Ville-Marie, Montréal

Avant d’être la circonscription municipale que l’on connaît, avant la rue, avant le parc, Hochelaga désigne l’ancien emplacement de la bourgade iroquoise visitée par Jacques Cartier en 1535.

Ce nom donné à la plaine insulaire devant le mont Royal provient de deux mots d’origine iroquoise, oserake et osheaga, dont les sens s’unissent dans la mythologie amérindienne.

Oserake signifie « la chaussée des castors » et osheaga, « les gros rapides ». Dans les premiers récits du répertoire amérindien, les rapides se forment par les Dieux qui désirent se rendre en amont des cours d’eau, détruisant ainsi la chaussée bâtie par des castors géants. Le mot Hochelaga désigne alors les courants les plus forts et les plus dangereux du fleuve, les rapides de Lachine. Plus tard, il servira à nommer la ville située près de la colline*.

Sous le projet colonial des Français, ce nom, Hochelaga, ne passe pas. Il faut donner une appellation plus acceptable, par l’entourage royal, plus chrétienne, surtout, à ce lieu. C’est sous la forte influence des Jésuites, au temps de Maisonneuve et de Jeanne-Mance, en 1642, que la plaine prend le nom de Ville-
Marie.
L’île, plus religieuse que marchande, serait même devenue, selon les dires de Charlevoix, « un immense couvent »**.

Mais cette désignation tombe vite en désuétude… Les colons, plus attirés par la survie matérielle que par la mission spirituelle, développent le commerce des fourrures, et la ville change. Sous le contrôle des Sulpiciens, elle s’appelle désormais Montréal, variante de mont Royal***.

Écrit en un seul mot, par commodité d’écriture, probablement, Montréal rappelle toutefois encore, pour certains historiens férus d’aventures humaines, le titre de l’archevêque de Monreale en Sicile, parent de Marie de Médicis****, ou le nom d’un compagnon de Jacques Cartier, gentilhomme originaire de la région du Périgord, Claude de Pontbriant dit Montréal.
Allez savoir…

Principales sources
  • Bernier, Francis, « Origine du nom de la ville de Montréal », Mémoires vives,
    bulletin no 27, décembre 2008.
  • Conciatori, Christine, « Voyages aux origines de la Nouvelle-France », Cap-aux-
    Diamants, la revue d’histoire au Québec
    , no 62, 2000.
  • Dupont, Jean-Claude, Légendes amérindiennes, Québec, J.-C. Dupont, 2009.
  • Poirier, Jean, « Origine du nom de la ville de Montréal », Revue d’histoire de
    l’Amérique française
    , vol. 46, no 1, 1992.

*Marc Lescarbot (1570-1634) emploie le nom Hochelaga pour désigner la ville dans son
Histoire de la Nouvelle-France publiée en 1609.
** Propos cités dans l’article de Francis Bernier, « Origine du nom de la ville de Montréal »,
puisés dans Histoire de la Nouvelle-France, Livre IX, de François-Xavier de Charlevoix
(1682-1761).
*** Au XVIe siècle, les formes « royal » et « réal » ont le même sens et sont en usage en
France.
****Marie de Médicis (1573-1642) : Reine de France, c’est sous sa régence que Samuel de
Champlain entreprit ses voyages en Nouvelle-France.

Historiette numéro 10

Joyeuses Pâques, heureux printemps!

La fête de Pâques a lieu le premier dimanche après la pleine lune qui suit l’équinoxe du printemps. Pâques, c’est la fête qui célèbre le renouveau, la vie, la lumière après de longs mois d’hiver. Cette célébration a toujours existé, dit-on, même avant l’histoire sacrée des Juifs et celle des Chrétiens. Les Phrygiens, par exemple, honoraient le culte de Cybèle et d’Attis (1); les Saxons, celui de la déesse Eastre (2), qui a d’ailleurs donné son nom à Easter (Pâques en anglais), et dont le symbole était un lièvre…

Si les Chrétiens célèbrent à Pâques la mort et la résurrection de Jésus, c’est par coïncidence de dates. La passion du Christ a lieu durant la Pâque juive (la fête s’écrit ici au singulier); de l’hébreu, pèsah, qui signifie passage, Pâque commémore l’exode du peuple juif vers la terre promise, marquant le passage de l’esclavage à la liberté.

À l’époque de Jésus, nombreux sont les pèlerins qui se rendent à Jérusalem, au printemps, pour se remémorer la renaissance du peuple juif. Jésus fait ce pèlerinage et, selon les Évangiles, est accueilli en triomphe dans la ville avant d’être la cible des docteurs du Temple. C’est le soir ou la veille de la Pâque juive, après son dernier repas avec ses disciples, qu’il est arrêté pour avoir remis en question les dogmes religieux. À la Pâque juive se substitue alors la célébration de la Cène (3), le plus grand rituel chrétien. En latin, pèsah a été transcrit paschas puis pascua (4), signifiant nourriture, le repas traditionnel au cours duquel l’agneau est servi.

Chez nous, le jour de Pâques, nous servons le jambon, une tradition qui nous vient d’Angleterre. Le porc y fut en effet longtemps considéré comme étant un signe de chance et de prospérité. Au lièvre d’Éastre, la déesse des Saxons, se seraient substitués les lapins de Pâques… Quant aux oeufs, ils marquent la fin du jeûne de quarante jours, qu’on appelle le carême, durant lequel il est interdit de les manger.

La fête de Pâques a donné son nom à un prénom, Pascal, à une eau aux vertus purificatrices (5), à une fleur (6), à de nombreux dictons (7) et à une île, l’Île de Pâques, découverte par le navigateur hollandais Jakob Roggeven, le jour de la fête chrétienne en 1722.

Principales sources

  • De Maisonneuve, Alain, Et si les fêtes m’étaient contées : origines des fêtes traditionnelles,
  • Bruxelles, Éd. L’Étoile, 1999.
  • Dictionnaire étymologique, Paris, Larousse, 1991.
  • Lexilogos, mots et merveilles d’ici et d’ailleurs, site Internet.
  • Le Petit Robert des noms propres, Paris, Dictionnaires Le Robert, 1997.

(1) Dans l’ancienne contrée d’Asie mineure, Attis, dieu de la végétation meurt à la chasse, mais Cybèle, mère de tous les Dieux, lui redonne la vie.
(2) Déesse de l’aube et du printemps chez les Anglo-Saxons.
(3) La Cène : dernier repas que Jésus prit avec ses disciples, instituant ainsi l’Eucharistie.
(4) En français, l’accent circonflexe sur le « a » remplace le « s » de pascua.
(5) L’eau de Pâques : eau de source puisée à l’aube, le jour de Pâques, à laquelle nos ancêtres prêtaient de nombreuses vertus, surtout si elle avait été puisée par un enfant.
(6) La pâquerette : la petite marguerite blanche est la fleur de Pâques.
(7) À Pâques ou à la Trinité : dans un avenir incertain. Geneviève Poitrine, nourrice du premier fils de Louis XVI, serait à l’origine de la comptine d’où provient ce dicton, Malbrough s’en va-t-en guerre. Marie-Antoinette la rendit célèbre en la jouant au clavecin. Noël au balcon, Pâques au tison : si le temps est doux à l’hiver, il sera froid au printemps.

 

Historiette numéro 11

Chapeau !

Les porteurs de chapeaux ne courent plus vraiment les rues de nos jours.   Pourtant, cet accessoire vestimentaire fut longtemps un symbole de respect et de dignité.

Le nom « chapeau », né au début du XIe siècle, vient du latin populaire « chapel » et « cappa », désignant une couronne de fleurs tressées, renvoyant à celle dont se parait la Vierge Marie.  Le premier chapeau, c’est d’abord cette coiffure, décrite dans Voyage de Charlemagne (début du XIIe siècle), que portaient à la fois les hommes et les femmes. Ce n’est que beaucoup plus tard que l’on associe les chapeaux aux hommes.  Signe d’un statut social élevé, le chapeau  leur a longtemps été réservé.  Il y a là beaucoup de femmes et pas un seul chapeau, dit-on encore en France, dans la langue familière. 

Au Moyen Âge, l’usage demandait aux hommes, en signe de respect, d’ôter leur chapeau lors d’une rencontre qu’ils jugeaient importante.   Ils s’inclinaient devant les rois en retirant leur chapeau pour le mettre à leurs pieds, d’où l’expression « chapeau bas ».

Les expressions qui naissent de ce mot sont nombreuses. On peut faire porter le chapeau à quelqu’un, le déclarer coupable d’un événement malheureux; on peut aussi travailler du chapeau ou faire du chapeau quand on n’a pas toute sa tête; avaler son chapeau quand on se renie; tirer son chapeau à quelqu’un quand on désire le quitter; lever son chapeau en signe d’admiration… ou faire tout un tour du chapeau !

Cette dernière expression retient l’attention ici, car elle est typiquement de chez nous.  À l’origine, elle fait référence à la belle époque du forum de Montréal.  Henri Henri, chapellerie bien connue de la rue Sainte-Catherine, a offert, pendant une vingtaine d’années (1950 à 1970), un chapeau à tous les hockeyeurs qui réussissaient à marquer trois buts dans un match.  Le lien entre l’adresse du joueur étoile et celle du magicien qui sort un lapin de son chapeau s’est alors rapidement inscrit dans notre mémoire collective.

Pendant ces dernières semaines, au cégep du Vieux Montréal, peut-être avez-vous entendu, dans les couloirs des étages ou dans un autre lieu, que nous avions fait  un joli tour de chapeau : trois sessions en un an, il faut le mentionner, c’est du sport!   C’est pourquoi je nous lève tous les chapeaux du monde avant de vous souhaiter à toutes et à tous de belles vacances bien méritées.

Principales sources 
Le site du CNRTL (Centre national de ressources textuelles et lexicales)
Le site de la LNH (Ligue nationale de Hockey)

Historiette numéro 12

Le grand loisir

Que l’école puisse être un loisir, l’étymologie le suggère. Formé d’abord du grec « skholê » (loisir), qui donna ensuite le latin « schola » (qui a comme prédécesseur le terme « ludus », le jeu), l’école est, à ses origines, le loisir consacré aux plaisirs de l’esprit autant que le lieu où l’on enseigne.

Du latin « studium » (application) ou « studare » (s’appliquer à), l’étude, quant à elle, désigne l’ardeur (du latin « ardor », chaleur) avec laquelle on observe ou l’on examine quelque chose.

Quand on associe les mots « loisirs », « jeux de l’esprit » et « chaleur », le thème des vacances d’été se dessine sans peine… L’école, à ses débuts, n’est-elle pas elle-même agrégée en soleil, en ciels, en mers*?

Ce qui devient particulièrement lumineux, c’est que ce loisir et ce temps, qui se cachent dans les entrailles du mot « école », s’apparentent également à l’origine du mot « vacances ». Son origine sémantique, « caractère de ce qui est disponible », éclaire l’état dans lequel toute personne désirerait être lorsqu’elle entreprend des études. Du latin « vacans » ou « vacare » (être sans), vacances désignent, en effet, dès le XVIIIe siècle, l’absence de contraintes.

Le Pafé vous laisse donc sur ce voeu qui lui est cher, celui de vous voir prolonger vos vacances à l’école. Il n’insiste aucunement pour vous souhaiter un « bon retour au travail », comme il est normalement d’usage lors d’une nouvelle année scolaire. Comme l’a déjà dit Richard Desjardins dans l’une de ses chansons**, vous la connaissez certainement, le mot « travail » vient du latin « tripalium*** », signifiant torture ou peine… On ne souhaiterait pas ça à personne!

Que la saison vous soit des plus agréables!

Principales sources
Le site du CNRTL (Centre national de ressources textuelles et lexicales)
Dictionnaire étymologique, Paris, Larousse, 1991.
Lexilogos, mots et merveilles d’ici et d’ailleurs, site Internet.
Le Petit Robert des noms propres, Paris, Dictionnaires Le Robert, 1997.

 


* Le célèbre « Jardin d’Épicure », que fonda le philosophe au IVe siècle av. J.-C., était une véritable école à ciel ouvert, un havre de paix que fréquentaient les femmes et les hommes intéressés par l’art de vivre dans une Athènes tourmentée. La beauté de la nature y était une source intarissable d’inspiration.
** « Le Chant du bum » dans Richard Desjardins au Club Soda, 1993.
*** De « tri », trois, et « palium », pieu, le travail était, dans l’Antiquité, un trépied qui servait à maintenir les chevaux quand on les ferrait ou sur lequel on attachait les suppliciés pour les punir.