St. Augustin

St Augustin est certes l'un des personnages les plus attachants, créatifs et influents de l'histoire de la pensée occidentale. Attachant non seulement en raison de ses talents littéraires exceptionnels, mais surtout parce que l'on sent qu'il parle d'expérience, une expérience illuminée par la foi.

Tout en assumant l'héritage de la philosophie antique, c'est à travers des débats, de nombreux écrits, et un enseignement pastoral soutenu qu'il pose les bases d'une philosophie chrétienne. L'expérience et le donné révélé ( les Écritures saintes qu'il intègre à sa philosophie) sont l'inspiration constante de sa pensée. Aux yeux de St. Augustin, la Sagesse, qui est l'objet de la philosophie, se confond avec la Béatitude. Le but de l'effort humain c'est le bonheur. Mais l'homme ne l'atteint pas par la satisfaction de ses appétits sensibles, mais en Dieu conçu comme immuable et aimé pour l'amour de lui-même.

Son influence traversera tout le moyen-âge et certaines de ses analyses trouveront écho chez Descartes (iup.gif (851 bytes)), et, à l'époque contemporaine en particulier, chez Husserl (iiup.gif (851 bytes)) et Bergson (iiiup.gif (851 bytes)).

Son image de l'homme se dessinera à travers l'expérience du temps qu'il approfondira, de la théorie de l'illumination dont il aura eu quelques expériences, C'est dans la foi que l'homme peut développer sa faculté de connaître: "crois pour connaître, connais pour croire". Car c'est Dieu qui est le fondement originel de la vérité elle-même.

Ce qui semble fondamental dans sa vision de l'homme, c'est que celui-ci est en complète dépendance de Dieu et qu'il ne peut rien sans l'aide de Dieu. Comme il apparaît dans sa lutte contre le pélagianisme (ivup.gif (851 bytes)), où il soutient que la volonté humaine ne peut réaliser son désir sans l'aide de la grâce de Dieu par Jésus-Christ. Donc laissé à lui-même, l'homme ne peut faire le bien.

Au Coeur de ce débat se situe le problème de la liberté. Car Pélage soutenait que tous sont gouvernés par leur volonté personnelle et chacun est laissé à son gré particulier. Nous sommes donc libres d'accomplir la volonté de Dieu et nous exempter de pécher.

Pour Augustin, cette position vient en contradiction avec son expérience personnelle et aussi la Révélation. Il est persuadé que nul ne fait spontanément le bien, et notre nature est entachée par le péché. La volonté qui choisit le mal est une volonté perverse et non une volonté libre. Il pose donc une distinction importante entre le libre arbitre qui implique la liberté de faire le mal, et la vraie liberté qui désigne l'état de celui qui est libéré: la liberté parfaite est celle des libérés dans le ciel, les élus. "En agissant sur la volonté, la grâce ne respecte pas seulement le libre-arbitre, mais elle lui confère encore la liberté." Ce qui est bien conforme à la parole de St. Jean: "Si le Fils vous affranchit, vous serez réellement libres" St. Jean, 9, 31-36

La grâce est un don personnel et gratuit. Nous sommes donc dans un état de dépendance totale envers Dieu.

Pour St Augustin, l'homme est une substance faite de corps et d'âme, douée d'entendement, où c'est à l'âme qu'est accordée l'entendement. Certaines vérités nécessaires et sûres ne proviennent pas de l'expérience sensible (par exemple, le fondement des mathématiques et le principe de contradiction) mais s'expliquent par la théorie de l'illumination. Cette théorie de la connaissance, soutient que les vérités éternelles nous sont données par le rayonnement de Dieu. Dans le traité de la Trinité il écrit: "la nature de l'âme intellectuelle est ainsi faite que, le Créateur l'ayant ainsi disposée, mise en face des réalités intelligibles par une propension naturelle, elle les voit dans une certaine lumière incorporelle de son espèce". Le plus difficile ici est de discerner la part de Dieu de celle de l'homme dans l'acte de l'illumination. Mais il dira que c'est dans la foi que l'homme peut développer sa faculté de connaître.

En fait, (on pense ici à Platon ) les Idées sont les archétypes de tout être dans l'esprit de Dieu. Le monde créé est la réalisation de ces archétypes. Présent au coeur de l'homme, Dieu se révélera à lui totalement dans la Béatitude.

Un autre aspect intéressant de la pensée d'Augustin, se trouve dans le concept d'amour qu'il propose comme unique règle de vie. L'amour véritable est celui qui est orienté vers Dieu et alors aucune loi n'est nécessaire. "Aime et fais ce que veux". Là où il y a de l'amour, il n'est pas besoin d'effort: "Ubi amatur non laboratur sed si laboratur labor amatur».

Enfin, Augustin propose une vision de l'histoire qui exerça une grande influence sur la philosophie de l'histoire européenne et sur la séparation des pouvoirs politiques au Moyen-âge. L'histoire est la lutte entre deux royaumes: le profane et le sacré, le temporel et le spirituel. Le royaume de Dieu est régi par la règle de l'amour de Dieu jusqu'au mépris de soi, et le royaume temporel par la règle de l'amour de soi jusqu'au mépris de Dieu.

Dans l'histoire réelle, il y a toujours un entrelacement des deux cités qui persistera jusqu'à la fin des temps où triomphera le royaume de Dieu.

Voir : Texte sur les deux cités de St Augustin

Note: Images tirées de L'Atlas de la philosophie
Édition Encyclopédies d'aujourd'hui
ISBN 2-2530-65110

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Copyright Claude Collin 99copy3.gif (2372 bytes)Mise à jour 25 févr. 2006
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  1. En particulier, notons comment le "si enim fallor"--si je me trompe, je suis-- ressemble au "cogito, ergo sum" - je pense donc je suis - de Descartes.up.gif (851 bytes)
  2. Dans les analyses sur la conscience interne du temps.up.gif (851 bytes)
  3. Bergson: une conscience ne peut exister comme conscience que si elle se souvient de son passé. La conscience est mémoire et anticipation.up.gif (851 bytes)
  4. Doctrine soutenue par Pélage, affirmant que "l'homme peut, s'il en a le vouloir, s'exempter de pécher", il n'a pas besoin pour cela de la grâce de Dieu, car Dieu ne peut demander à l'homme l'impossible, il serait injuste par une prédestination secrète et préférentielle, s'il sauvait à priori ou damnait tel ou tel." Aux yeux de Augustin, ces principes vont à l'encontre de la doctrine du péché originel et de la Prédestination.up.gif (851 bytes)