Le monde selon les anciens

Les premiers moments de la philosophie apparaissent en Grèce, à Milet, sur les côtes de la Turquie actuelle, au Vie s. avant notre ère. Délaissant les explications enfantines de la mythologie, on commence à se poser des questions sur la nature des choses: toutes ces choses qui existent quelle est la cause qui les produit? Quelle est la matière dont elles sortent? De quoi sont-elles faites?

THALÈS (640 ou 625-546 av. J.C. - de MILET) Le premier en date parmi les philosophes, Thales dit que c'est l'eau qui est la cause matérielle de tout. Aristote explique qu'il fut conduit à cette croyance en observant que toutes choses se nourrissent de l'humide et que le chaud lui-même en procède et en vit. Il affirme cependant que "tout est plein de dieux" . Il semble qu'il identifie ainsi l'univers à un être vivant, divin peut-être. Aristote dans son traité sur l'âme, affirme que "Thales pensait que l'âme est quelque chose qui meut (un principe moteur); l'aimant selon lui possède une âme, puisqu'il met le fer en mouvement."

ANAXIMANDRE (610-547 av. J.C. - de MILET) Comme Thales, Anaximandre cherche le premier principe de toutes choses Ce sera pour lui l'infini indéterminé, le substratum universel, une espèce de substance éternelle et sans âge qui embrasse tous les mondes. l'être fini porte en lui la rançon de son existence et est ainsi condamné à la mort. L'indéterminé est à la fois l'enveloppé et l'enveloppant; il conçoit l'indéterminé comme matière des choses et enveloppe de cette matière.

ANAXIMÈNE (595-523 av. J.C. - de MILET) Pour ANAXIMÈNE, il faut que cet infini soit intelligible, qu'il soit tout ensemble matière et esprit. C'est pourquoi il dira: Exactement comme notre âme, étant air, nous soutient, ainsi le souffle et l'air enveloppent le monde entier" (Fragment 2, cité par Marcel Clément in La soif de la Sagesse, éd. De l'Escalade, Paris, 1979)

PYTHAGORE (VIe s. av. J.C. - de l'île de SAMOS) Pythagore le créateur du mot philosophie (amant de la sagesse) fut initié aux mystères orphiques où l'on mettait l'accent sur l'effort intérieur pour libérer la part divine (l'âme) de l'homme; ( Platon lui-même en fut un disciple, pour qui l'âme était quelque chose de divin); ces mystères donc où l'on méprise le corps pour libérer l'âme. Cela implique déjà une distinction nouvelle dans la conception de l'homme, que l'on rencontre aussi dans l'idée de métempsycose selon laquelle l'âme se réincarne non seulement dans les hommes mais aussi dans les animaux. C'est l'idée de l'éternel retour que l'on retrouvera chez Nietzsche: tout passe, tout meurt mais tout renaît tout recommence.

Mathématicien génial, il fait de la loi des nombres la loi suprême de l'harmonie universelle.

Ce que Pythagore ajoute à la cause matérielle des milésiens c'est l'intuition de la cause formelle. Non seulement faut-il se demander de quoi les choses sont faites, mais selon quel ordre, i.e. au fond selon quelle forme?

Le nombre est le constituant universel des choses. Il est une sorte de petit point, matériel et étendu, élément de tous les corps et élément des figures géométriques. La loi suprême de l'harmonie, ce sont les rapports simples entre les nombres.

HÉRACLITE (540-480 av. J.C. - d'ÉPHÈSE, Ionie) Pour lui, l'harmonie n'est pas un rapport numérique mais l'ajustement de forces antagonistes. Tous les contrastes sont l'image d'un contraste unique: la permanence (l'unité) et le changement (la discorde)

EMPÉDOCLE (Ve av. J.C. - d'AGRIGENTE) Ce que Héraclite appelle la permanence et le changement, Empédocle le nomme Amour (éros) et Haine (polémos). Le monde est constitué des 4 éléments, régis par les rapports de l'Amour et de la Haine. Ce sont deux forces opposées qui président au mélange et à la dispersion des éléments.

ANAXAGORE (500-428 av J.C.) Toute chose contient en semence toutes choses; c'est le "nous" i.e. l'Intelligence, principe de force et d'ordre.

PARMÉNIDE (504-450 av J.C. - de ÉLÉE) Il apporte des arguments contre la pluralité des choses affirmée par les Ioniens, et contre la discontinuité du mouvement. (il est peut-être le premier logicien à défendre le principe d'identité). La seule réalité qui puisse être pensée, i.e. l'être, est une sphère limitée également pesante dans toutes les directions. Parménide, qui fût, vers 475 av. J.-C., législateur d'Élée, colonie ionienne d'Italie, pense en effet que l'œuvre libératrice de la raison ne consiste pas à se satisfaire de symboles, qui la trompent, mais, au contraire, à critiquer radicalement ceux-ci. Les recherches portant sur le principe dont les choses sont faites, à la manière des Ioniens, sont viciées dès leur origine non parce que leurs auteurs observent mal, mais parce qu'ils sont obligés de raisonner faux.

En effet leur principe doit être d'abord une chose : (l'infini par exemple) - puis être ensuite autre chose (air, eau ou feu par exemple). Or cette suite d'affirmations est incompatible, comme diraient les mathématiciens, avec ]a cohérence de nos raisonnements. Une chose ne peut être ceci, puis cela, se]on les besoins de l'explication ; elle est ou elle n'est pas. Toute la pensée ionienne est à rejeter parce qu'elle viole le premier principe de la recherche de toute vérité : le principe d'identité.

Cet art de raisonner était indispensable aux Éléates renonçant à l'expérience sensible, Ils ne pouvaient plus se fier qu'à la cohérence des raisonnements pour aboutir à des conclusions philosophiques. Ainsi ont-ils dû penser le mécanisme logique de nos pensées abstraites: le schéma de leur argumentation va plus loin que leur argumentation même.

L'idéal de Parménide et de Zénon a marqué toute la philosophie grecque. Mais entre cette pure exigence logique, vœu de l'intelligence, à laquelle on reviendra toujours, et toutes les suggestions concrètes, dispersées, contradictoires de la science ou de l'expérience humaine, auxquelles l'homme ne peut échapper, l'intervalle est trop vertigineux. Bon gré, mal gré, pour mettre de l'ordre dans les idées, et pour pouvoir organiser rationnellement nos connaissances, il faut chercher quelque intermédiaire, ou quelque procédé de passage entre le monde et la raison.

DÉMOCRITE (460-370 av J.C.) Créateur de la première physique moléculaire de tendance scientifique. Tout s'explique par les différences entre la forme, la grandeur, la position des atomes, petits corpuscules invisibles indivisibles. Vision mécaniste de l'être et critique du témoignage des sens. Au fond, Démocrite part, contrairement à Parménide qui soutient qu'il n'y a que l'Étre et le non-être, part donc de cette constatation qu'il y a l'Étre et le vide plutôt que le néant.

Cf l'article sur le matérialisme de Démocrite.

THALÈS ANAXIMÈNE PYTHAGORE
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EMPÉDOCLE ANAXAGORE LEUCIPPE ET DÉMOCRITE
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Note: Images tirées de L'Atlas de la philosophie
Édition Encyclopédies d'aujourd'hui
ISBN 2-2530-65110

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Copyright Claude Collin 99copy3.gif (2372 bytes)Mise à jour 25 févr. 2006
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