Le cerveau - Quand la matière pense

Texte de Daniel Pérusse (down.gif (850 bytes))

Prenez deux cailloux et mettez-les dans un tiroir. Ajoutez de la terre, un peu d'eau. Un jour, un mois, un an plus tard, ouvrez le tiroir. Vous y trouverez... deux cailloux. Mais faîtes la même chose avec deux fourmis. l'une mâle l'autre femelle, le tiroir se transformera en fourmilière.

Ce tiroir ouvert en est un sur la vie: les cailloux sont inertes, dit-on, les fourmis sont vivantes. Pourtant, matière dans les deux cas, et matière identique: mêmes atomes, de carbone d'oxygène, d'azote, des 92 éléments qui forment la planète.

La différence, c'est que la matière-fourmi- est organisée. Organisée selon un code élaboré sur Terre il y a quatre milliards d'années. Inscrit dans toutes les cellules de tous les êtres vivants, enroulé dans des rubans chimiques qu'on appelle ADN. Ces torsades forment les gènes qui contiennent le secret de la vie: l'information.

Issu des gènes, le cerveau est l'organe qui - boucle la boucle- de l'information:cerveau.gif (12545 bytes)

- matière qui réfléchit sur elle-même -, il fait naître, chez l'homme, les idées. Et comme les gênes soumis à la sélection naturelle qui se propagent par la reproduction, les idées, passées au tamis de la sélection culturelle, voyagent par la parole, porteuses de l'information nécessaire a la vie...

On en sait beaucoup et très peu sur le cerveau: une armada de cellules - 10 milliards- qu'on appelle neurones. Des messages électriques qui courent le long des millions de fibres nerveuses, qui s'allument et s'éteignent comme des lumières de Noël. On sait ce qui produit l'allumage - une polarisation des membranes cellulaires - et que d'autres substances, les neurotransmetteurs, font les relais de cette incroyable centrale organique.

On sait tout cela grâce aux spécialistes du cerveau, qui sont nombreux: physiologistes, psychologues, biochimistes, neurologues, anatomistes. Mais ces derniers, particulièrement le docteur Penfield de l'Institut neurologique de Montréal, nous ont aussi appris une chose fondamentale:

Mais des études plus récentes nous ont appris encore davantage. Contrairement a une plaque photographique qu'impressionne la lumière, le cerveau n'est pas le réceptacle passif d'informations relayées par ses sens: il -fabrique- la signification du monde. Animé, selon le biologiste anglais J. Z. Young, de - programmes qui maintiennent la vie et empêchent l'organisme de se dissoudre -, le cerveau part à la recherche de l'information, la complète, la symbolise.

Les amputés souffrant de - douleurs fantômes - sont victimes de cette création d'information: ils ont mal à cette jambe qui n'est plus là. Et plus qu'une simple caméra, l'œil, a la recherche de réponses aux questions du cerveau, balaie une image à plus de 1000 mouvements par seconde: il ne voit pas, il regarde. Lorsque les aveugles de naissance recouvrent la vue, ils ne distinguent qu'une - masse de couleurs : le cerveau, éteint par les années d'obscurité, ne pose plus de questions...

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Quelques spécialisations des hémisphères droit et gauche du cortex cérébral. Il est très clairement établi que les fonctions sensorielles et motrices s'entrecroisent dans le cerveau. L'utilisation des fonctions logiques ou artistiques est plus spéculative.

«Il faut», disait Napoléon, «six heures de sommeil a un homme, sept à une femme et huit à un imbécile»: périodiquement, le cerveau vacille dans l'inconscient, ralentit son rythme de 10 à deux cycles par seconde. Mais il ne s'endort jamais tout à fait: gardant toujours au coin une veilleuse allumée, il stimule la respiration, fait battre le coeur régulièrement ébranlé de secousses cérébrales - accompagnées de mouvements rapides des yeux, il tisse la réalité: on dit que le cerveau rêve. Pour éviter que l'organisme se mette alors a jouer les somnambules, le cerveau inhibe ses propres centres moteurs. Mais l'important, c'est que le cerveau non développé, celui des enfants, rêve encore plus: comme pour combler son manque d'expérience, en se créant un univers interne...

Depuis 15 millions d'années, le cerveau humain a connu un développement prodigieux: d'une capacité de 500 cc (l'équivalent de celle d'un singe) à 1500 aujourd'hui! Un bond qui remonte peut-être a celui qu'effectua Homo erectus lorsqu'il se dressa sur ses jambes dans les savanes africaines il y a un million d'années, et qui permit la libération des organes de la respiration pour la parole. Un bond qui a donné naissance aux arts, aux techniques, aux religions, à la science elle-même. Un bond qui a permis à l'humanité de s'affranchir partiellement de ses gènes...

Mais, ultimement, le cerveau est issu de l'ADN: ce dernier lui impose sa structure commande sa chimie. Inscrite dans les gênes, la capacité d'apprentissage du langage serait préprogrammée.

Le cerveau de l'enfant contient d'ailleurs des détecteurs sensibles à la parole, bien avant qu'il n'apprenne à parler. Même le langage humain aurait son alphabet chimique.

La grande leçon scientifique des 50 dernières années, c'est qu'il n'est pas d'esprit en dehors de la matière. Les 50 prochaines nous révéleront peut-être les derniers secrets de la - matière qui pense - Comme disait le sociobiologiste américain Wilson : puisque dans toute entreprise l'homme a besoin d'un héros, pourquoi pas le cerveau?

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Copyright Claude Collin 99copy3.gif (2372 bytes)Mise à jour 25 févr. 2006
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M. Daniel Pérusse , Ph.D. est attaché au Centre de Recherche Fernand SÉGUINup.gif (851 bytes)
et au département d'anthropologie de l'Université de Montréal.
Il a publié un grand nombre d'articles dans des revues scientifiques et participé à la publication d'ouvrages collectifs.
Un livre récent: L'analyse génétique en psychologie, Tremblay, N., et Pérusse, D., in S. Larivée. L'intelligence, 1997.