
Le journal Le Monde publiait dernièrement une série d'articles sur le cerveau intitulée "Voyage au centre du cerveau"
Le cortex cérébral, une grosse noix plissée de 1300 grammes comportant 100 milliards de neurones… contient tout ce que l'homme est devenu à travers l'évolution. La dernière avancée de cette évolution, peut-être la plus spectaculaire, est la poussée de son lobe frontal, "la lumière de sa cervelle".
Là est le mystère, (terme mal vu par les scientistes il est vrai) ; mais la question se pose à savoir : la masse du cerveau peut-elle "raisonnablement" abriter l'esprit ?
Mais la question que l'on doit se poser est la suivante : la matière peut-elle engendrer l'esprit libre, immatériel ?
Descartes instaure une "séparation catégorique entre le corps, fait de matière, doté de dimensions, mû par des mécanismes, et l'esprit, non matériel, sans dimension et exempt de tout mécanisme. Il a posé que les opérations de l'esprit les plus délicates n'avaient rien à voir avec le fonctionnement d'un organisme." (Antonio Damasio)
De La Mettrie écrivait : l'âme n'est qu'un vain terme : concluons donc hardiment que l'homme est une machine" Descartes a préparé le terrain du mécanicisme. L'homme est un pur esprit, son corps est une machine autonome.
Le voyage dans le manteau cortical se poursuit avec Franz-Joseph Gall qui scandalise en ramenant l'esprit aux dimensions de la boîte crânienne. Il découpe la surface du crâne en 27 morceaux qui sont autant de fonctions psychiques et motrices. (par exemple sur cette carte figurent la combativité, l'instinct de destruction, l'étonnement et l'imitation, etc.) Pour localiser sans ouvrir le crâne, il cherche les bosses à la surface du cuir chevelu…
Gall s'est trompé mais il a vu juste pour les aires de la parole et de la mémoire des mots dans la région frontale du cerveau. Il a ouvert la voie fructueuse des localisations cérébrales. Évidemment, il n'a pas idée que ses centres fonctionnels étaient des systèmes complexes et interdépendants, des cartes neuronales reliées les unes aux autres par le jeu combiné de la génétique, la mémoire de l'espèce, et de l'expérience, le trésor de chacun.
En 1848 le cas de Phinéas Gage a permis de découvrir qu'un accident cérébral pouvait changer brutalement une personnalité, rompre l'équilibre entre les facultés intellectuelles et les pulsions animales. De plus, on découvrit que l'intellect d'un homme pouvait demeurer intact alors qu'il est privé de sens moral, celui du bien et du mal.
N.B. On ignorait à l'époque la capacité du cerveau à fonctionner comme un tout, en ce sens que le néo-cortex reçoit sans cesse des signaux émotionnels en provenance du "cerveau flou" (Jean-Didier Vincent)
Au milieu de XVIIIe siècle, Cabanis soutient que le cortex cérébral secrète la pensée comme le foie la bile.
En 1861, Paul Broca, présente les résultats d'une autopsie… : perte de la parole et destruction partielle du lobe antérieur gauche du cerveau.: elle donne la départ aux représentations d'un cerveau asymétrique où l'hémisphère gauche parle, calcule, analyse et raisonne pendant que l'hémisphère droit reconnaît les visages et les formes, situe le corps dans l'espace, élabore la pensée et vibre aux œuvres musicales.
En 1874, Wernicke trouve le siège des représentations auditives des mots, i.e. des enregistrements de chaque en particulier. On parle maintenant d'aphasie motrice de Broca et d'aphasie sensorielle de Wernicke.
Faisons une parenthèse pour illustrer la complexité insoupçonnée alors du cerveau : dans les années 70 MacLean présenta la théorie des trois cerveaux superposés dans la boîte crânienne : le reptilien, (tâches primaires : boire, manger, se reproduire) ; un cerveau sentimental creuset des émotions et d'une mémoire générique des mouvements, de ce qui fait souffrir, de ce qui fait plaisir ; un néo-cortex qui pense, anticipe, calcule, agit. Mais on sait maintenant que l'homme n'a pas stratifié son intellect au fil de l'évolution. Le cerveau reptilien retentit jusque dans le cortex. Le tissage est tel qu'on ne peut séparer l'affectif de la mémoire et de l'intellect.
Le cerveau humain est un résumé des mondes passés.
On découvre au début du siècle non pas un réseau continu comme des canaux, mais un ensemble d'unités indépendantes en relation de contiguïté, comme les arbres d'une forêt, chaque cellule dialoguant avec les autres : la synapse. Ce qui permit de déceler l'activité électrique du cerveau. Un lien était apparu entre les fonctions corticales et les phénomènes électriques.
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