ÉLECTIONS 2000,

les médias et la campagne ...

 Par Pascal McDuff et Gabriel Allard

(Exercice pédagogique, sans but lucratif)

Les médias se sont limités au côté spectacle plutôt qu'au fond...

Le débat sur les valeurs n'a pas eu lieu entre la droite et les libéraux...

Les médias ont favorisé l'élection de Jean Chrétien en communiquant un sentiment d'ennui...

d'un océan à l'autre…

 

La campagne électorale fédérale se voulait être, selon Jean Chrétien, une campagne où l'on discuterait des valeurs canadiennes et de la manière de distribuer les surplus budgétaires. Pour une fois, les canadiennes et les canadiens pouvaient s'attendre à une campagne qui irait au fond des choses, des programmes.

Avec le recul, on se rend compte que le résultat est pour le moins différent. Tout au long de la campagne, l'idée n'était pas de savoir qui avait les meilleures idées ou les meilleurs programmes. Le but était plutôt de voir qui allait crier plus fort, et qui passait mieux à la télévision. Bref, les électeurs n'ont eu que de la poudre aux yeux.

Les médias sont les représentants du public, supposés nous informer sur les partis pour nous permettre de faire un choix éclairé le jour du vote. Il n'en n'ont quasiment rien fait. Ce qui se lisait sur la campagne électorale dans les journaux était à ce point terne, qu'on ne peut pas s'étonner du très faible taux de participation.

C'est ce que l'on appelle la dérive des médias et les chefs de parti ne font rien pour remettre les médias à l'ordre.

Stockwell Day, au début de sa campagne, s'abstenait d'attaquer personellement Jean Chrétien. Il se contentait de présenter son programme. À côté des attaques des autres partis, l'Alliance semblait faire campagne à part, jusqu'au jour où Stockwell Day a suivi la tendance générale à crier de gros mots, de quoi faire la joie des journalistes affâmes de déclarations spectaculaires.

On peut ici voir la très charmante Valorie Day avec Stockwell Day

Joe Clark, chef du parti progressiste-conservateur du Canada, a été pris de court par le déclenchement des élections. Le PC n'avait pas préparé de plate-forme électorale et a dû en publier une à la dernière minute. Si l'on se met à examiner cette plate-forme, on se rend compte que le parti n'a rien à offrir de plus aux canadiens. D'où leur slogan: "vous pouvez nous faire confiance." D'ailleurs, dans leurs publicités télévisés, les conservateurs ne faisaient que traiter Jean Chrétien de menteur sans proposer d'alternatives. Ce n'est pas pour rien aussi, que M.Clark s'est servi de la beauté de sa fille pour amadouer l'électorat. Encore une fois, les journalistes ont mal fait leur travail puisqu'ils n'ont pas analysé le contenu de la plate-forme conservatrice. Ils se seraient apperçus qu'ils n'ont rien à proposer. Il se sont laissé imposer de la poudre aux yeux.

Jean Chrétien n'a jamais réussi à expliquer la raison qui motivait le déclenchement d'une campagne électorale. Là encore, les médias n'ont pas bien fait leur travail. Plutôt que de mettre en lumière le bilan du premier ministre et sa courte plate-forme qui n'avait rien de neuf, ils se sont laissés contrôler par le parti qui n'a cessé de créer des diversions: fusions municipales, idée du créationnisme, attaques personnelles, remise en question du Bloc...

Chez Gilles Duceppe, les journalistes ont bien fait leur travail. Ils ont trouvé un équilibre entre la poudre aux yeux et le programme. Il faut dire qu'avec ses 160 pages, le programme du Bloc était un des plus étoffés. Il faut dire que le bloc et son chef n'ont pas le sens du côté spectacle. On en a eu la preuve, il y a trois ans, lorsque Gille Duyceppe avait porté un filet lorsqu'il visitait une fromagerie.

Enfin, la chef néo-démocrate n'a pas eu une bonne couverture. Elle faisait bande à part. Au-delà du fait qu'elle soit une femme, elle n'a jamais été une professionnelle du spectacle médiatique. Toujours en train de visiter des gens et des endroits modestes, elle s'est toujours contentée de parler de son parti. Les journalistes ne l"ont pas suivi dans l'analyse qu'elle faisait de son programme. La seule caractéristique médiatique que l'on lui doit se sont ses chandails orangés, comme la couleur des lettres du logo du NPD.

Maintenant on peut voir à quel point les médias ont rendu cette campagne terne et négative. Michel C. Auger semble être de cette avis en déclarant que:  "autrefois, les Canadiens se disaient heureux de ne pas vivre aux États-Unis où le processus électoral était tellement plus sale, plus personnel et plus insidieux. Ce n'est plus le cas. " Les médias canadiens, qui s'inspirent de plus en plus du modèle américain ont donc collaboré à faire en sorte d'asseptiser la présente campagne électorale. Lorsqu'on sait que ce n'est pas ce que les canadiens veulent, on comprend que les électeurs ont été ennuyés par une campagne où les journalistes ne se contentaient que du côté spectacle, plutôt que d'aller au fond des choses. Cette situation a, sans aucun doute favorisé la reélection massive de Jean Chrétien qui aurait été en difficulté si l'on s'était intéressé à son bilan et à son programme. Dans tout ce spectacle médiatique, le premier ministre avait l'air d'un pauvre type sans défense qui se faisait attaquer de tout côté.

Webmaste: Pascal Mcduff, Gabriel Allard

Production White Balance 2000 c