(Exercice pédagogique, sans but lucratif)

Rencontre avec deux journalistes du journal hebdomadaire de Chambly sur l'objectivité

Reportage de Marie-Lyne Beaudoin-Houde, Anne-Julie Tremblay, Ange-Frédérique Lavallée

 

A) Rencontre avec Carole Pronovost et Éric Cloutier sur l'objectivité

B) Dans un journal hebdomadaire on a le temps de traiter l'information

C) Conditions de travail valables des journalistes

D) Le public visé, l'éditorial et les critères de sélection

E) Fabrication de la réalité ou impartialité?

 

A) Rencontre avec Carole Pronovost et Éric Cloutier sur l'objectivité

Qu'est-ce que l'objectivité? Le Petit Larousse nous répond: Qualité d'une personne qui porte un jugement objectif, qui sait faire abstraction de ses préférences personnelles. Est-ce possible? Est-ce que nos ``livreurs`` d'information recherchent tous son existence, est-ce qu'ils veulent tous atteindre cet idéal? Non! L'objectivité, c'est un paradis terrestre! Cependant, peut-on l'effleurer? Suite à une étude sur les journaux internationaux, nous sommes allés voir deux journalistes, Carole Pronovost et Éric Cloutier au Journal de Chambly, un hebdomadaire régional. Un entretien fort intéressant nous a permis de comparer les quotidiens et surtout de découvrir qu'il n'est pas impossible de se rapprocher de l'objectivité.

L'objectif premier des journalistes du Journal de Chambly: l'impartialité. C'est sur cette note qu'a commencé l'entrevue pour se continuer en nous éblouissant et en chambardant nos idées préconçues sur la quête de l'objectivité d'un hebdomadaire que l'on croyait identique aux quotidiens internationaux. Voilà l'erreur! Le traitement de l'information, les conditions de travail, l'éditorial et l'utilisation des sources apparaîssent bien différemment entre les deux catégories de quotidiens.

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B) Dans un journal hebdomadaire on a le temps de traiter l'information

Lundi le 20 septembre, trois jours avant notre rencontre avec Carole Pronovost et Éric Cloutier, il s'est passé un drame effroyable dans la ville de Chambly: le meurtre d'une dame de 81 ans impliquant cinq jeunes mineurs. Comme c'est tout près, Éric Cloutier est le premier journaliste sur place et a la chance de saisir des photos exclusives. Cependant, la sortie du journal hebdomadaire est le lendemain donc il est impossible de sortir le scoop lors de la journée de publication car celle-ci est le mardi. Il sera alors le dernier à sortir la nouvelle. Cet événement est un bon exemple pour observer le traitement de l'information d'un hebdomadaire. Comme le journal n'est distribué qu'une fois par semaine, les journalistes ont le temps de mieux traiter l'information sous un angle différent. Il y a une cueillette essentielle de l'information afin d'être le plus à jour possible le mardi suivant et on mettra l'accent sur l'événement le plus proche.Prenons pour exemple le meurtre. On ira recueillir des données au C.L.S.C., à l'école des étudiants, dans des centres de personnes agées et on mettra l'emphase sur la consternation et les larmes versées lors des funérailles. Ensuite, on rappelera l'événement. Cette démarche permettra aux journalistes d'offrir aux lecteurs un article complet où l'on retrouve une mise en contexte et les conséquences de l'événement. Ils iront même jusqu'à relire leurs articles pour ``prendre le temps de se questionner sur ce que l'on a écrit.`` Ce qui s'avère bien différent des quotidiens internationaux à la merci des fabricants d'histoires.Pour leur part, lorsqu'il se produit un événement et comme le journal est publié quotidiennement, on ne fait que le rapporter et parfois on revient quelques jours après mais il n'en demeure pas moins que l'information touche le sensationnel et n'est pas contextualisée.

 

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C) Conditions de travail valables des journalistes

Les conditions de travail jouent également un rôle important dans cette comparaison de journaux. Dans l'hebdomadaire, l'équipe journalistique est peu imposante donc, la communication est de mise ainsi qu'un bon esprit d'équipe exempt de compétition. Les journalistes doivent être polyvalents car ils traitent plusieurs sujets variés et peuvent aussi bien écrire l'éditorial que les sports. Contrairement à La Presse, par exemple, où chaque journaliste est assigné à un domaine. Les tâches sont à un tel point divisées qu'il y a ce que l'on appelle des titreurs, qui s'occupent de faire les titres des articles en lisant seulement le lead de ceux-ci (cela explique de nombreux titres incohérents dans la presse internationale). De plus, dans la Presse internationale, on parle énormément d'économie, de gestion. Le journal doit être rentable, ce qui crée une pression chez le journaliste. L'hebdomadaire, quant à lui, est distribué gratuitement et ne vit que de la publicité donc, grâce à cela, il n'y a pas de pression de la part des propriétaires. Résulte-t-il alors une plus grande liberté chez les hebdomadaires? En tout cas, certainement un meilleur rendement du journalisme.

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D) Le public visé, l'éditorial et les critères de sélection

Il est essentiel de regarder le public cible de l'hebdomadaire qui est une population régionale et qui baigne dans une panoplie d'affaires et de conflits municipaux. On fait de la politique plus locale, contrairement aux internationaux qui courent le monde politique. Le fait de desservir une petite région dans l'hebdomadaire emmène une particularité importante: ils sont très près du monde qu'ils desservent et sont fréquemment appelés à rencontrer les gens. Donc, l'éditorial, cet espace qui sert normalement chez les grands quotidiens à émettre nos opinions et à prendre partie, est quelque peu différent dans le journal de Chambly. Selon Éric Cloutier et Carole Pronovost, l'éditorial est un espace pour rapporter les positions de chacun en les expliquant et en faisant ressortir les points faibles et les points forts. On laisse une grande place à l'opinion mais sans toutefois prendre position. Dans les deux catégories de journaux, l'idéologie se réflète dans l'éditorial. Cependant, elle sera plus camouflée dans l'hebdomadaire. Le phénomène de l'éditorial et le choix des nouvelles retenues sont importants dans l'étude de l'objectivité. Selon les deux journalistes (Cloutier et Pronovost), il y a toujours une part de subjectivité dans la couverture. Ils partent de ce qu'ils sont, de ce qu'ils connaîssent, de leurs expériences de vie, de leurs opinions personnelles qui les influencent inévitablement dans le choix de la couverture. Il y a néanmoins certains critères à respecter lors de la sélection: la facilité de compréhension de la nouvelle, la clientèle visée, la simplicité et l'impact de l'événement. Ceci doit être semblable dans les quotidiens internationaux. Cette part de subjectivité, cette libre expression de l'opinion vient détrôner l'objectivité tant idéalisée. Par contre, ils peuvent être équitable et viser l'honnêteté.

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E) Fabrication de la réalité ou impartialité?

La fabrication de l'information existe-t-elle? Dans l'hebdomadaire, les journalistes se sentent très peu visés par ce phénomène. Le budget est très restreint alors ils n'ont pas les moyens d'endosser des gens de relations publiques, ce que les grands quotidiens peuvent se permettre. Il y a bien sûr les communiqués de presse qu'ils reçoivent mais ces documents deviennent des outils de travail pour écrire l'article. Par exemple, Carole Pronovost nous racontait qu'elle a reçu ultérieurement un communiqué du budget de la ville de Chambly. Quelques jours plus tard, elle se rend compte qu'une journaliste de La Presse, Martha Gagnon, a publié, tel quel, le même communiqué avec absolument aucune modification en signant l'article et en accompagnant celui-ci de sa photo.``C'est absurde!`` dit Carole Pronovost.``Comment peut-elle signer quelque chose qu'elle n'a même pas écrit?`` Carole Pronovost a sorti un article sur le même sujet mais avant, elle est allée s'informer, elle a fouillé pour mettre de la chair au dossier et non seulement présenter une série de chiffres incompréhensibles pour les lecteurs.

Finalement, en étant impartial, en visant l'honnêteté et en cherchant la vérité, ces deux journalistes impliqués avec passion dans leur métier sont prêts à tout pour se rapprocher de l'objectivité même si celle-ci est impossible à rejoindre. Chapeau! Du côté de la Presse internationale, on est mené par l'argent, ce qui fait que, de ce côté, nous préférons offrir le sentationnel. Au fait, est-ce ce que l'on veut? Nous avons supposément droit à l'information mais se plaît-on à se faire rapporter les grands événements? L'information étant contrôlée, nous sommes bombardés de sensationnel! Facile à lire, aucune remise en question, aucun approfondissement pour le lecteur mais attention, que fait-on de l'information contrôlée de l'intérêt public?

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