L’objectivité de la critique artistique au Québec : entrevue
par Mélanie Plante et Amélie Bélanger
dans le cadre du cours Critique des médias
(Exercice pédagogique, sans but lucratif)
C) Des "publi-compliments" à faire dormir debout
Nous nous sommes questionnées sur l’objectivité des médias dans le cadre de la critique des arts de toutes sortes, particulièrement au Québec. En effet, il y déjà un beau moment que les gens du milieu se penchent sur la question. Bien que les journaux ou les magazines télévisés ou radiophoniques qualifient de critique le compte rendu de leurs remarques ou de leurs appréciations "critiques", il n’en reste pas moins que souvent, on pourrait nommer cette espace "louage publicitaire" ou encore "enfer publicitaire". En effet, le milieu accuse le monde journalistique de manquer d’objectivité face au marché de l’art québécois. Soit, on le couvre de belles paroles pour promouvoir le succès, soit on le descend souvent sans argument, car on généralise, le marché artistique québécois ne perce pas toujours, et on l’accuse de manquer de talent, trop souvent sans preuve à l’appui.
Sur ce large débat, nous en sommes arrivées à vouloir nous-mêmes percer une partie du mystère entourant objectivité médiatique envers les arts québécois. Pour ce, nous avons interviewé une personnalité connue du monde des arts et spectacles au Québec. Bien entendu, comme nous n’avons aucune prétention professionnelle, notre interviewé tient à garder l’anonymat et vous comprendrez pourquoi. Etant donné que cette personne est en quelque sorte victime de la "subjectivité" des médias, nous ne voudrions pas lui attirer des ennuis. Elle est déjà très aimable de tenter de nous éclaircir sur le sujet. (Nous sommes tout de même conscientes que cette confidentialité relève un peu d’un certain manque d’objectivité.)
Nous avons tout d’abord bien expliqué à notre invité l’essence du problème sur lequel nous nous penchions afin de bien situer celui-ci dans le contexte de notre enquête. Heureusement, il ne fut pas très difficile de lui ramener les faits en mémoire. En effet, le débat dure toujours nous, a-t-il indiquées. Le fait est, selon lui, que les artisans quels qu’ils soient sont trop souvent la proie des médias. "On ne semble pas être capable de faire la part des choses quant il s’agit de nous, pourtant, les médias ont beaucoup moins de difficultés avec le marché artistique étranger", nous a-t-il dit. En effet, le cœur du problème, toujours selon lui, est que les médias québécois font la promotion de l’art québécois ou tout à l’inverse le tue avant même qu’il a été sur le marché. Mais que peuvent être la ou les motivations qui entraînent un tel phénomène ?
C) Des "publi-compliments" à faire dormir debout
Les raisons peuvent être multiples, affirme notre invité. Tout d’abord, il est de plus en plus commun que les gens chargés de "critiquer" un nouveau produit artistique font eux-mêmes partie de la grande famille artistiques québécois. "Le marché québécois est souvent hermétique et l’on dit que nous sommes très solidaires les uns envers les autres, ce qui pousse peut-être à se tenir et surtout à se "ploguer". Un service en attire un autre, comme le dit si bien le proverbe". En effet, l’entraide est sûrement, comme l’affirme notre invité, une des motivations à l’origine du manque d’objectivité. De plus, comme le marché est plutôt fermé, on préfère souvent faire une bonne couverture afin de promouvoir le produit. Le problème à ce niveau-là, c’est que l’on tombe plutôt dans le publi-reportage. Et comme on le sait très bien, la publicité est loin d’être généralement un média d’information très objectif. La publicité vise un objectif en particulier : la réussite et un haut niveau de consommation. Comme l’affirme notre invité, c’est peut-être bien beau d’être mis en évidence, d’être louangé, mais à quel prix? Parce qu’au fond, même si la critique est souvent mal vue dans le milieu, elle reste toujours un barème de mesure, un élément comparatif, souvent un atout. Elle nous permet de reconnaître les forces et les faiblesses. Mais aujourd’hui, souvent, ce n’est malheureusement plus réellement le cas. L’artiste ne peut plus se baser sur celle-ci, ni s’attendre à quelque chose de constructif avec celle-ci.
Pour ce qui est de l’autre côté de la médaille, celui qui dit que l’on descend souvent sans raison les nouvelles productions québécoises, notre invité se dit choqué par cette attitude. "J’ai déjà lu un article dénigrant mon travail qui avait été écrit par un reporter qui n’était même pas présent lors de première présentation médiatique et, à ce que je sache, personne ni était venu à sa place en remplacement!" "Je crois que tout ça est lié au fait que les critiques généralisent trop souvent, ils spéculent, par désintéressement, ce qui pour ma part fait preuve d’un grand manque de professionnalisme, mais surtout, de respect." Enfin, à ce sujet, il nous a confié qu’il avait remarché des efforts considérables de la part des médias visés. "Les talents ne sont plus ce qu’ils sont, on prend beaucoup plus de place sur le marché et on ne nous prend sûrement plus au sérieux. Ça ne vaut peut-être plus la peine de se déplacer, qui sait !" Sur ce, notre invité nous a quittées en nous remerciant d’avoir accordé de l’importance à cette carence dans le milieu.
Enfin, notre entrevue nous a plutôt permis de confirmer ce que l’on soupçonnait : le manque d’objectivité chez les reporters artistiques pour de multiples raisons telles que la publicité dans les topos, le monde solitaire des artistes, la petite taille et l’insécurité culturelle du marché québécois, mais surtout les préjugés qui hantent le domaine hermétique des arts au Québec. Bien que l’on croie que la vie est toujours plus belle chez nos voisins, le problème est mondial, mais comment y remédier ? Merci à notre invité de nous avoir accordé un peu de son temps pour concrétiser nos doutes. La vérité est toujours bonne à lire, mais surtout bonne pour les prises de conscience...