La campagne électorale fédérale de l'an 2000
Par Anaïs Décarie-Daigneault, Étienne Marcoux, Virginie St-Pierre
novembre 2000
(Exercice pédagogique, sans but lucratif)
  

A) Déjà des élections fédérales?

B)Les médias, l'Alliance canadienne et le Parti libéral: peut-on s'y retrouver?

C) Le rôle important des médias dans la campagne électorale

D) Les aspects moins glorieux des médias concernant les débats publics

E) De la politique de premier niveau?

 

A) Déjà des élections fédérales?

Voilà plus d’un mois, Jean Chrétien a déclaré la tenue d’élections fédérales. Sa décision précipitée (il écourte ainsi son mandat de quatre mois) a créé une grande polémique, tant dans les médias que dans les partis adverses. La " bataille " électorale se joue principalement entre le Parti libéral, ayant comme leader Jean Chrétien, et l’Alliance canadienne, dirigée par Stockwell Day. La lutte est serrée et l’espace public démocratique, réservé aux débats et aux discours, existe principalement, en fait presque exclusivement, dans les médias, qui jouent un rôle majeur dans la course électorale.

retour au début

 

B) Les médias, l'Alliance canadienne, le Parti libéral: peut-on s'y retrouver?

Un média nouveau, maintenant utilisé plus couramment, est l’Internet. L’Alliance et le PLC y ont trouvé leur compte en exploitant ce médium pour y faire la propagande de leur parti. Nous y avons trouvé les programmes électoraux.

L’Alliance canadienne attaque ouvertement le programme de Jean Chrétien et il met principalement en évidence sa réforme budgétaire axée sur d’importantes baisses d’impôts. Les grandes lignes de son programme ont été écrites et réécrites, vues et revues dans les différents médias, à qui rien n’échappe.

Pour ce qui est du PLC, son livre rouge, calqué sur le mini-budget, ne relate rien de nouveau, qui n’avait été dit dans les journaux ou à la télévision. Il semble que les médias ont bien joué leur rôle d’informateurs et/ou " d’outils de propagande ". En plus de la visibilité sur Internet, de la tournée électorale, des multiples publicités, les médias, dans leur rôle de " gatekeeper ", donnent aux partis une importance majeure. " L’ordre du jour " des journaux et de la télévision suit quotidiennement le cours des élections, faisant le compte à rebours avant le jour " E ". Les médias ouvrent l’espace public à Day et à Chrétien. Ils sont l’endroit virtuel le plus propice (en fait, le seul…) pour critiquer, tenter de comprendre, analyser, débattre et répondre aux attaques et aux questions. L’espace médiatique devient " l’espace électoral ". Chaque matin, devant notre journal, ou chaque soir, en écoutant le bulletin de 18 heures, les médias nous confrontent déjà à notre bulletin de vote.

retour au début

 

C) Le rôle important des médias dans la campagne électorale

 

La majorité de la population canadienne ne se sent pas directement concernée par les élections. Beaucoup n’ont ni le temps, ni l’envie ou ni les ressources pour se documenter convenablement sur les programmes électoraux des différents partis. Les médias deviennent l’alternative incontournable de tout bon citoyen désireux de faire un choix " éclairé ". Après avoir fait la lecture du livre rouge libéral et du programme de l’Alliance, nous avons réalisé qu’il était plutôt difficile de saisir tout ce qu’ils voulaient nous faire comprendre (ou nous faire croire). Le citoyen moyen qui ne possède pas de connaissances faramineuses dans le domaine de la politique peut difficilement départager les promesses réalisables de celles qui semblent démesurées.

Et comment cerner les différences majeures entre deux partis qui parfois semblent si proches? Les médias jouent ici un rôle primordial. Les nombreux reportages, tant télévisés qu' écrits, nous permettent d’approfondir notre champ de connaissance. Les spécialistes (habituellement des professeurs de politique, économie, sociologie, etc …), grâce à leurs analyses, nous éclairent sur des aspects qui autrement nous seraient certainement échappés. Ils nous permettent de lire entre les lignes en vulgarisant des idées par des mots plus clairs et explicites. Les deux partis tiennent des discours qui se veulent convaincants, chacun d’eux semble avoir les outils et les idées pour entretenir et réformer " le plus meilleur pays au monde ". Les médias permettent de montrer l’envers de la médaille. En effet, tout n’est pas noir ou blanc, la réalité est toujours nuancée. Plusieurs reportages ont permis de remettre en contexte certains faits, de projeter les conséquences des projets de partis pour ne pas que l’on reste seulement avec les paroles des politiciens collées directement sous le nez. Par exemple, le programme de l’Alliance utilise pratiquement des techniques de marketing, ils nous " vendent " leur idéologie. On y met essentiellement l’accent sur les réductions d’impôts et sur le désir de contrer le milieu criminel. Sans recherche plus approfondie, il serait facile de croire que ce programme est fantastique. Jamais il n’est question de système de santé à deux vitesses, de privatisation massive, de diminution du rôle de l’État. Il est plutôt écrit " qu’il faut aider les familles moins fortunées ". Les journaux et la télévision nous ont permis de pousser notre analyse personnelle plus en profondeur et de ne pas rester à la merci des beaux discours des leaders gouvernementaux. En effet, nombre de reportages nous ont permis de mieux comprendre certains points que prône l’Alliance, comme par exemple, le retrait du Canada de la Francophonie et de l’UNESCO, l’abolition de l’ACDI, et l’augmentation du budget militaire de 2 milliards. On a ainsi pu savoir que Stockwell Day était contre l’avortement, qu’il était en faveur de la peine de mort et, qu’en bon croyant, il avait enseigné à des élèves de Red Deer en 1997 que " Adam et Ève ont réellement existé, que la Terre a 4000 ans et que les premiers humains ont côtoyé les dinosaures. "

Certains se sont objectés à cette pratique qui vise à pénétrer dans la vie privée des politiciens, mais d’un autre côté, ces informations peuvent être bénéfiques pour le public. Les citoyens doivent élire un homme qui sera à la tête du pays, qui nous représentera, qui prendra des décisions nous concernant directement. Nous avons donc le droit fondamental de savoir comment les valeurs actuelles de Stockwell Day pourraient influencer les politiques publiques du futur. Son " espace privé " a donc raison de devenir " espace public " par le biais des médias. Ces affirmations font aussi avancer le débat, puisque M. Day doit constamment justifier et expliquer plus clairement ses convictions et ses projets futurs.

Pour ce qui est du Parti libéral, la pression qu’exercent les médias oblige aussi le PM à éclaircir ses idées et ses plans futurs pour le Canada. Son programme ne révèle rien de majeur, sauf des informations très générales et vagues concernant une injection de fonds dans la santé, des réductions d’impôts, et " l’importance " accordée aux enfants, à l’environnement, à l’innovation et à la recherche. Les promesses électorales vont bon train (comme celles de la construction de deux ponts et 14 kilomètres de route advenant une victoire libérale) et elles sont alléchantes pour le " citoyen-spectateur ". Les médias, avocats du diable et chercheurs de poux plus souvent qu’autrement, permettent de mettre en relief des aspects cachés et des contradictions dans toutes ces belles promesses.

La campagne électorale prend toute son ampleur et sa visibilité via la télévision, la radio, les journaux et l’Internet, mais cet espace public est bien souvent utilisé par les politiciens, non pas pour défendre leurs idéaux et renseigner la population sur leurs projets et ambitions, mais plutôt pour descendre l’adversaire, en ridiculisant tant le leader, qu’en détruisant méthodiquement ses discours ou en ressortant de vieux scandales pour brasser l’opinion publique. Dommage que les médias deviennent, sur ce plan, simplement une scène de spectacle.

Les citoyens, eux, n’ont pas réellement leur mot à dire dans cette bataille, si ce n’est qu’avec leur bulletin de vote. Par contre, l’importance médiatique accordée aux sondages d’opinion publique sur les préoccupations et les priorités des gens, oblige les deux partis à réajuster leurs tirs pour satisfaire un plus grand nombre de personnes et ainsi aller chercher des votes. Les quelques forums et les lettres aux lecteurs dans les médias permettent aussi aux citoyens de donner leurs opinions ouvertement, mais le problème est que cet espace au public est vraiment minuscule et rares sont les " chanceux " qui auront la possibilité de se faire entendre en tant que " simples " électeurs.

 

 retour au début

 

D) Les aspects moins glorieux des médias concernant les débats publics

Malgré tout, les élections ne semblent pas provoquer de véritables débats publics. Les élections rendent ces derniers parfois, et malheureusement, sans substance. Le meilleur exemple de cela est sans doute le fameux débat des chefs, un débat qui devrait siruer les grandes questions sociales ayant un enjeu important pour l’avenir du pays. Au lieu de cela, il s’agissait d’une soirée ou le plus baveux du groupe aura l’air d’avoir remporté la victoire, simplement parce qu’il aura remis ses adversaires à leur place, non pas en utilisant des arguments politiques valables et bien argumentés, mais plutôt avec des propos qui détruisent bien souvent la réputation de ses vis-à-vis. Le débat reste donc au niveau des insultes personnelles, sans jamais réellement approfondir les questions qui devraient pourtant être en premier plan. Ça devient une compétition, voire même un combat ou une joute de hockey, comme l’ont démontré deux journalistes du Journal de Montréal en comparant méthodiquement chaque aspect du débat avec des éléments de ce sport. Plusieurs électeurs attendent de savoir qui a gagné le débat pour fixer leur choix sur un des partis. En vérité, ils ne tirent pas toujours leur propre conclusion à savoir qui est le vainqueur de la soirée, au contraire, pourquoi se creuser la tête quand le lendemain matin, la réponse sera affichée en gros titres sur tous les quotidiens et criée sur toutes les stations de radio et de télévision? On va même, dans certains quotidiens, jusqu'à analyser le langage non verbal de l’homme en question. Était-il nerveux? Avait-il un air sérieux, décontracté, arrogant ou effrayé? De quelle couleur était sa cravate? Le choix du complet bleu pâle était-il judicieux? Que de questions primordiales! Pourquoi ai-je voté pour M. X? Parce que j’aime le bleu pâle! Les véritables idées et enjeux sont bien souvent mis de côté. Les images sont non seulement étudiées, mais elle sot contrôlées et étudiées attentivement par les conseillers des partis politiques. Il est facile de mieux comprendre cette tendance des médias lorsque l’on sait que l’enjeu électoral est parfois grandement influencé par ces aspects " artificiels ". Les politiciens, quant à eux, ne font rien pour remédier à cette situation. Au contraire, ils alimentent souvent de faux débats. Les publicités qu’ils produisent sont d’ailleurs un excellent exemple. Ils attaquent l’adversaire, ils montrent leurs plus beaux côtés et font soudainement preuve d’une grande sensibilité en réconfortant les plus démunis. Quel est leur programme électoral? Un détail!

retour au début

 

E) De la politique de premier niveau?

Il semble donc faux de croire qu’à l’arrivée des élections, il sera possible de mieux connaître en profondeur les hommes politiques et leurs intentions. Il n’y a rien de vraiment différent des années précédentes. Dommage, mais pour bien comprendre ces hommes qui dirigent notre société, il faut attacher sa tuque avec de la broche et lire beaucoup, beaucoup de nombreuses et variées analyses. Nous avons bien souvent l’impression que nos politiciens se ressemblent tous. Il n’y a plus vraiment de parti de droite ou de gauche, tout le monde est au centre, penchant légèrement d’un côté ou de l’autre. En fait, on peut parfois croire qu’ils sont tous " ambidextres " selon ce que la personne qui leur fait face veut entendre. Dans un pays ou la démocratie est primordiale, il est difficile pour le peuple de faire un choix éclairé, quand on nous présente souvent de façon superficielle les têtes dirigeantes. Outre quelques excellentes analyses de certains quotidiens qui se sont donné un mal fou pour tenter de bien couvrir cette saga, les médias semblent parfois intéressés à trouver et à rapporter les erreurs et bévues commises par les chefs politiques. Et cette année, en ce qui attrait aux bêtises des politiciens, les médias sont servis, gracieuseté des favoris de la population, ce qui nous révèle par contre que, bien que l’image soit importante, elle ne permet pas de chasser ceux ou celles qui ont vraiment l’air " crétins " devant une foule...

retour au début