
Article par Julie Carlesso (Exercice pédagogique, sans but lucratif. Septembre 2001)
TABLE DES MATIÈRES :
2-LASSASINAT DE CARLOS CARDOSO
3-UN JOURNALISTE PARMI TANT DAUTRES
4-TRAITEMENTS DES JOURNALISTES ET LEURS CAUSES
5-CONCLUSION-L'OBJECTIVITÉ ET LE JOURNALISME AFRICAIN
Pour nous, Occidentaux, la liberté est quelque chose dacquis, tout comme les droits qui nous garantissent une bonne qualité de vie. Liberté dexpression, liberté de pensée, liberté dopinion, liberté de presse, liberté de religion, liberté de réunion La liste pourrait continuer encore longtemps. Nos droits, inscrits dans une Charte, assurent notre liberté et font de nous des citoyens épanouis. Au Canada. Mais ce nest pas partout pareil. Ici, on se bat pour payer moins dimpôts, pour que les études supérieures soient moins dispendieuses; pour quoi se bat-on, déjà? Certainement pas pour pouvoir se promener dans la rue sans se faire arrêter par des militaires. Ni pour pouvoir former des groupes dopposition, pour organiser des manifestations, pour écrire dans les journaux sur la corruption présente partout dans le pays. Ni même seulement pour pouvoir sexprimer sur son gouvernement. Ici, les humoristes, les animateurs, les fonctionnaires, les citoyens critiquent, humilient, insultent le gouvernement sans peur de représailles. Au Mozambique, les journalistes luttent, se cachent afin de survivre et de faire survivre une Presse qui dévoile la vérité. Carlos Cardoso fait partie de ces journalistes qui ne pourront plus, désormais, faire avancer leur cause : la liberté de savoir, tout simplement.
2- LASSASSINAT DE CARLOS CARDOSO :
Causes :
Dans un pays comme le Mozambique, la presse est contrôlée par le gouvernement et n'est alors quun objet de propagande. Quelques petits médias tentent de divulguer la vérité, les affaires cachées, les injustices. Malheureusement, ceux qui y travaillent luttent tous les jours contre une puissante machine prête à tout pour contrôler linformation. Carlos Cardoso, vétéran du journalisme mozambicain et lun des pionniers de la presse indépendante et dinvestigation, a été assassiné le 22 novembre 2000. Il était léditeur et le propriétaire du journal dinformations Metical, le critique le plus connu de la corruption et de labus de pouvoir. Il a été tué à la manière terroriste : deux voitures lui ont bloqué la route et on la mitraillé. Pourquoi? Parce quil sinsurgeait contre les politiques néolibérales imposées par la Banque Mondiale au gouvernement et qui ont conduit à leffondrement de lindustrie de la noix dacajou dont dépendent des milliers de familles paysannes. Il dénonçait les politiques néocoloniales qui obligaient le pays à produire des matières premières sans que ses habitants puissent bénéficier dune augmentation de revenus liés à la transformation de ces matières premières. Il dénonçait donc les injustices, les manipulations et les magouilles qui ont lieu tous les jours dans ce pays. Carlos Cardoso a été tué parce quil écrivait la vérité.
Lenquête :
Un mois après lattentat, la police mozambicaine navait que quatre ou cinq pages de rapport. Elle na pas interrogé les témoinsni même les collègues de Cardoso. Seulement un journaliste et un garde de sécurité du journal ont été interviewés par celle-ci. De plus, Cardoso navait pas une très bonne relation avec le président actuel du Mozambique, Joachim Chissano. Il ne faut donc pas sattendre à un grand enthousiasme de la part de celui-ci, à moins que lenquête ne permette de régler des comptes avec des rivaux. Toutefois, le président affirme quil est très préoccupé par toute cette affaire Il semble oublier la lenteur et lincompétence que la famille et même des groupes de pression internationaux dénoncent. Veut-on vraiment jeter la lumière sur cette affaire?
3-UN JOURNALISTE PARMI TANT DAUTRES :
Le cas de Carlos Cardoso nen est pas un extraordinaire. En effet, chaque année, on rapporte une séries dassassinats de journalistes et de travailleurs des médias. Pour lannée 2000, on dénombre une soixantaine de meurtres et, sur ceux-ci, seulement une vingtaine sont soumis à une enquête. Cest dire à quel point les gouvernements concernés néprouvent pas, sans aucun doute, lenvie quon découvre les responsables. Au Mozambique, de nombreuses affaires de ce genre nont jamais tenu la route devant les tribunaux à cause debavures commises pendant les enquêtes. On se souvient, entre autres, de la célèbre affaire Robert McBride, ce diplomate sud-africain embarqué sous de fausses accusations alors quil enquêtait sur les liens déléments corrompus entre larmée mozambicaine et la police. Un autre événement troublant : dans la nuit du 21 au 22 novembre 2000, 83 des 96 détenus politiques sont morts de manière suspecte. La majorité dentre eux étaient des membres du Parti dopposition de la RENAMO et avaient été arrêtés après des manifestations antigouvernementales. Selon les survivants, on aurait provoqué leur mort par asphyxie par un gaz toxique provenant dun poêle mis dans la cellule.
LÉthiopie, le Rwanda et la République démocratique du Congo sont toujours au premier rang des plus grandes prisons du continent pour les journalistes. Mais la liste des pays victimes de la liberté de presse est longue : Sierra-Leone, Zimbabwe, Nigeria, Sénégal, Cameroun, Kenya, Angola, Niger
Dannée en année, le nombre de meurtres de journalistes dont la mort demeure impunie saccroît. Cependant, il faut voir le point positif de lannée 2000 : plusieurs médias ont décidé dadopter un " Code de conduite pour la sécurité de leur personnel "; ceci illustre le besoin évident doffrir de meilleurs conditions de travail à leurs employés.
4-TRAITEMENTS DES JOURNALISTES ET LEURS CAUSES :
4.1-Traitements des journalistes frappés par la censure :
Certes, le meurtre de journalistes est lévénement dont on entend le plus souvent parler. Malheureusement, ils ont droit à plusieurs autres traitements, loin dêtre agréables. Des journalistes croupissent en prison depuis des mois sans avoir eu droit à un avocat, sans savoir la raison véritable de leur arrestation ni la durée de leur emprisonnement. Dautres sont en détention provisoire, car ils nont pas pu payer les cautions requises pour leur remise en liberté. Dautres encore sont en liberté provisoire, surveillés et ne peuvent obtenir les documents nécessaires pour trouver un emploi. Plusieurs sont condamnés sans preuve. Dautres sont gardés en réclusion. Certains sont sommés par la justice ou la police de révéler leurs sources à propos daffaires louches. Des groupes politiques et des milices sattaquent aux journalistes. Des gouvernements leur interdisent différentes parties de leur Parlement. La police va même jusquà perquisitionner et piller les locaux de télévision et dagences de presse.
4.2-Les causes de ces traitements :
En résumé, on porte des accusations de diffusion de fausses nouvelles, de diffamation, dincitation à la rébellion et même, datteinte à la sécurité nationale. Mais les principales causes de poursuites ou de pressions contre les journalistes africains sont la corruption et les conflits armés.
5-CONCLUSION - LOBJECTIVITÉ ET LE JOURNALISME AFRICAIN :
Dans notre pays, on se plaint de plus en plus des médias, car la plupart ne nous offrent plus que des nouvelles standardisées et du sensationnalisme. On juge nos journaux par la vision idéologique, de droite ou de gauche, quils laissent transparaître à travers leurs pages. On proteste contre la subjectivité de nos médias; on appelle à la transparence, à lobjectivité. Certes, besoin est. Mais si on compare notre besoin à celui des Africains, il y a toute une marge. Au Mozambique comme dans bien des pays, la volonté des médias de présenter une information objective, juste et véridique existe. Seulement, les régimes en place empêchent la vérité déclater au grand jour. Des médias privés se font nationaliser et deviennent ainsi des instruments de manipulation de linformation, des instruments de propagande. Linformation à laquelle a alors droit le peuple est non seulement subjective, puisque diffusée selon un point de vue gouvernemental, mais bien souvent falsifiée. Et les rares courageux, ces journalistes qui cherchent et divulguent la vérité comptent leurs jours. Il est évident que chaque jour est un dur combat afin de préserver un petit peu dobjectivité, cette qualité dexactitude, de représentation conforme à la réalité. Cest alors quon se demande pour combien de temps encore le journalisme tiendra le coup? Combien de vies seront ruinées, perdues, avant que le monde journalistique à travers la planète se réveille et prenne les mesures nécessaires afin que lessence même de leur pratique, la vérité, lobjectivité et la liberté de presse soient des notions acquises partout, pas seulement en Occident?
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