Les petites centrales hydroélectrique privées

Sommes-nous vraiment au courant?

(Article par Aude Goudreault, Septembre 2001. Exercice pédagogique, sans but lucratif)

Situation / Ce qui est dit / Allons plus loin / Conclusion / Référence

 

Situation

Le ministre des Ressources naturelles, Jacques Brassard, a annoncé le 24 mai 2001 la relance officielle de la production privée d’électricité par les petites centrales hydroélectriques. Cette première phase de projet dévoile 36 sites hydrauliques se retrouvant parmi les chutes et les rapides de neuf régions du Québec qui fourniront 425 mégawatts d’énergie à Hydro-Québec.

Parmi les 36 emplacements 25 d’entre eux qui pourraient recevoir un nouveau barrage d’ici 2005 sont sur la Côte-Nord (15 barrages), dans le Saguenay et le Lac Saint-Jean (11 barrages). Plusieurs autres rivières ont également été ciblées comme la chute Sainte-Anne, sur la rivière du même nom, la chute Saint-François, près de Drummondville; la rivière Rouge, dans les Laurentides et les Chutes du Neuf, sur la Batiscan.

Au même moment, André Boisclair, ministre de l’Environnement, annonçait que le règlement sur l’évaluation environnementale avait été abaissé de 10 MW à 5MW la norme qui permet à la population de demander une étude sur les effets que peuvent causer les barrages surl’environnement.

La semaine d’après, c’était au tour du ministre Bernard Landry de donner son feu vert pour tous les projets pouvant répondre à la demande d’électricité des Américains.

Cela fait maintenant quatre mois que le projet de production privée d’électricité a été dévoilé. Il n’est pas sans créer une révolte chez les environnementalistes et un certain questionnement chez la population. Cependant, pouvons-nous dire que nous sommes informés et que nous savons vraiment ce qui se passe avec notre fierté québécoise, notre patrimoine qu’est l’eau? Malheureusement, pas tout à fait et cela est dû à un manque d’information.

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Ce qui est dit

Certains diront qu’il n’est pas juste de parler de désinformation, car le sujet a été couvert par la presse écrite. Effectivement, durant les quatre mois, le Devoir et la Presse ont émis quelques articles, mais très peu, qui nous ont permis d’apprendre certains faits intéressants. Mais est-ce suffisant?

Nous avons d’abord appris que les 425 mégawatts d’énergie ciblés par ce projet hydroélectrique sont trois fois plus importants que le quota recommandé par la régie de l’énergie, il y a deux ans, pour maintenir à flots le secteur économique. Le projet avait d’ailleurs été envisagé, en 1991 par les libéraux de Robert Bourassa, et la commission Doyon avait établi, 3 ans plus tard, que le projet avait fait perdre à Hydro-Québec 75 millions de dollars et qu’il n’était, entre autres, non rentable.

Encore aujourd’hui, plusieurs sont d’avis que le projet actuel n’est toujours pas rentable. Louise Vandelac, présidente de la Coalition pour une gestion responsable de l’Eau( Eau secours), soutient cette position. Elle affirme que le projet n’est pas justifié sur le plan énergétique, car il ne répond à aucun besoin d’approvisionnement en électricité qu’Hydro-Québec n’est pas capable d’assurer. Hydro-Québec lui-même a dit à plusieurs reprises au Bureau d’audiences publiques sur l’environnement qu’un projet de centrale coûtant plus de 3 cents le kilowattheure n’était pas acceptable. Or, vu sous cet angle, aucun projet du ministère des Ressources naturelles n’est acceptable.

La question d’emplois a également été abordée. En plus de ne pas créer d’emplois à long terme, les petites centrales hydroélectriques détruiront une industrie en expansion qu’est celle de l’écotourisme. Le mouvement de révolte et de contestation vient d’ailleurs de ces promoteurs et industries ainsi que des groupes écologistes du Québec. Ils critiquent le manque de vision cohérente du gouvernement qui permet la construction de barrages qui minent le développement d’une jeune entreprise prometteuse et qui saccagent la nature au profit de l’argent que donneront les Américains pour l’électricité québécoise.

Ces informations se sont bel et bien retrouvées dans la presse écrite, mais ce n’est qu’à une exposition des faits que nous avons eu droit. Aucune analyse ou réflexion n’a été engagée si ce n’est qu’une phrase dans deux articles. D’ailleurs aucune revue n’a monté un dossier à ce sujet. Le peu d’information et le manque de profondeur des textes font partie du problème de désinformation, mais il n’est pas que là.

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Allons plus loin

Il y a tout d’abord une question de désinformation volontaire de la part du gouvernement. Le projet initial de 1991 a été interrompu, car la commission Doyon l’avait jugé injustifié que ce soit au niveau social, environnementale ou économique. Le projet de production privée d’électricité a été retardé pendant sept ans et pourquoi maintenant le gouvernement décide-t-il d’y revenir sans donner de justifications?

À cette question, personne ne peut vraiment répondre, car le gouvernement dit ce qu’il veut sans explication. Il ne veut pas vraiment que la population soit au courant et il ne veut pas qu’elle comprenne ses motivations. Mais qu’elles sont ces motivations? Qui a réussi à nous donner une réponse? Personne. Cependant, une hypothèse est plausible :

Le Québec possède un potentiel électrique énorme et les Américains sont intéressés par cette production. En permettant aux centrales privées de se développer en région, le gouvernement fait une pierre deux coups. Il nourrit le marché d’exportation d’électricité d’Hydro-Québec vers les États-Unis, car les petites centrales vendent leur électricité à cette société d’État. Donc le gouvernement fait de l’argent avec l’exportation et le jeu de vente et revente d’électricité même s’il n’a plus son monopole. En même temps, il aide ses politiques d’intervention en régions. Effectivement, les régions où l’on construira des barrages rapporteront au gouvernement, car les barrages amèneront de l’argent aux régions, les conseillers municipaux seront réélus et les votes pour le parti Péquiste seront gagnés. C’est une sorte de patronage municipal. Bien entendu cette hypothèse n’est peut-être pas juste à cent pour cent, mais la chose importante à remarquer est qu’il n’y a pas eu ce genre de réflexion dans les journaux. Les journalistes se sont contentés de dire sans expliquer. Les questions qu’il faut alors se poser sont :

Pourquoi ne trouvons-nous pas des réponses à nos questions dans les médias?

Pourquoi aucune hypothèse, aucune analyse de la situation n’ont-elles pas été faites dans les rares articles de la presse?

Pourquoi ne trouvons-nous pas plus d’information dans les revues et journaux à propos de ce projet de 36 barrages hydroélectriques?

Bien entendu, si le gouvernement fait lui-même de la désinformation volontaire, il est difficile de savoir et de comprendre. Cependant, le problème d’objectivité ne vient pas seulement de là. Les journalistes ont également fait et font encore de la désinformation à propos de ce projet du gouvernement. La paresse journalistique me semble la raison principale, car aucune recherche ou effort d’analyse n’ont été faits. Dans tous les articles lus, seulement deux phrases pouvaient ressembler à une pointe d’analyse. Ce problème est bien entendu relié au fait que le journalisme est devenu un produit de consommation et que les journalistes, sans doute débordés par d’autres dossiers et manquant de temps, ne se sont pas déplacés dans les régions pour vraiment savoir ce qui se passe. Le manque de temps implique moins de recherche, moins d’analyse et d’effort pour trouver des réponses à des questions qui sont pertinentes et qui méritent d’être connues par la population. Nous pouvons également penser qu’il y a un manque d’intérêt chez les journalistes ainsi que de la part du public pour ce sujet. Ce n’est alors pas dans leurs priorités de vraiment informer la population, d’autant plus que certains voient un avantage à ce que les barrages soient construits. Plusieurs hypothèses peuvent être avancées seulement tout ce dont nous sommes sûrs c’est qu’il y a un manque d’information et du même coup un manque d’objectivité.

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Conclusion

Le manque d’objectivité n’est pas seulement quand on ne parle pas d’un sujet dans les médias. C’est également quand on ne dit pas tout et qu’on ne va pas plus loin que les faits sans les expliquer. En ce qui concerne le projet des 36 barrages hydroélectriques privés, ce n’est pas parce que le gouvernement fait lui-même de la "sousinformation" que les journalistes doivent faire de même. Le devoir d’un journaliste est de créer des liens et d’expliquer les événements dans leur contexte. Cela fait déjà quatre mois que le projet a été dévoilé et personne n’a répondu aux questions et n'a cherché à comprendre le pourquoi des choses. L’industrie du journalisme en est responsable, mais chaque journaliste qui n’est pas allé plus loin, aussi. Le manque d’objectivité dans ce sujet est dû à trois facteurs soit le gouvernement qui ne se justifie pas, la presse elle-même qui ne consacre pas de temps pour faire une recherche et les journalistes qui ne vont pas plus loin qu’une vision superficielle. C’est un cercle vicieux et malheureusement la situation est semblable pour plusieurs sujets de l’actualité.

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Références

www.ledevoir.com

www.cyberpresse.ca

www.eausecours.org

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