(Exercice pédagogique, sans but lucratif)

Cola-cocaïne : Enquête-fiction

Enquête-fiction par : Antonin Marquis, Brigitte Lacroix, Lucie Aubuchon et Maryse Secours

Un début «excitant»
Une augmentation soudaine des ventes
La vérité dévoilée
L'image par la commandite
Un lien incestueux
Pseudo-objectivité
L'affaire se règlera en cour

Un début «excitant»

Tout le monde en a entendu parler, et tout le monde croit qu'il ne s'agit que d'une histoire ancienne. À ses débuts sur le marché, la compagnie fondée au cours des années 1880 par un obscur pharmacien agrémentait son liquide désaltérant de cocaïne. Résultat: la dépendance au produit devenait inévitable. Il en fut ainsi jusqu'au début des années 1900, quand on retira définitivement la cocaïne pure de la boisson pour ne garder que les feuilles de coca, dépourvues de tout principe actif, pour leur goût. Aujourd'hui, cette légende à saveur de poudre blanche fait encore jaser, même si tous en parlent comme d'une histoire révolue. Voilà cependant que les choses pourraient changer.

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Une augmentation soudaine des ventes

Depuis la publication d'un article dans la revue Times, accusant le fabricant de la boisson gazeuse parmi les plus connues au monde d'être retourné à sa vieille habitude, la légende redevient fait d'actualité. Le sondage sur les habitudes alimentaires des Américains, paru dans Times, révèle une hausse considérable de la consommation de Cola-Co depuis le dernier sondage, remontant à 1992. En chiffres exacts, le sondage indique une augmentation des ventes de boissons Cola-Co de plus de 89% depuis 1992. C'est dire que neuf familles américaines sur dix achètent des produits du pionnier du cola de façon régulière.

Suite à ces chiffres révélateurs, le Times a effectué un autre sondage, portant cette fois sur les habitudes des Américains face aux seuls produits Cola-Co. Ce deuxième sondage, en plus de confirmer la forte augmentation des ventes de boissons par famille, révèle que les deux tiers des jeunes enfants de ces familles préfèrent le Cola-Co au lait ou au jus. Il n'en fallait pas plus pour mettre la puce à l'oreille aux journalistes du Times, qui ont alors fait analyser le produit en laboratoire.

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La vérité dévoilée

C'est le 26 août dernier que la Faculté de Nutrition de l'Université de l'Ohio a détecté la présence de cocaïne dans tous les contenants de Cola-Co provenant de leur échantillonnage national. Depuis, la compagnie Cola-Co est pointée du doigt par plusieurs. Les consommateurs des quatre coins du globe se sentent manipulés. Le symbole d'harmonie et de réussite engendré par l'empire Cola-Co est remis en question. On affirme même que c'est Cola-Co qui aurait créée la silhouette rassurante du Père Noël telle que nous la connaissons aujourd'hui en Amérique du Nord. Finalement, les nombreuses compagnies commanditées depuis longtemps par Cola-Co s'inquiètent de leur avenir: si les accusations portées par Times sont véridiques, elle perdront la main qui les nourrit.

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L'image par la commandite

Depuis sa création, la compagnie Cola-Co a compris qu'il lui fallait attirer l'oeil du public ainsi que son intérêt. Comme pour plusieurs autres marchands, la commandite s'imposait pour se mettre en valeur aux yeux de l'opinion publique. Bien que la compétition n'était pas encore des plus féroces dans le milieu de boissons à grand déploiement de bulles, Cola devait s'approprier ce marché en voie d'une expansion assurée. Nous avons donc pu assister à de premières apparitions de commandites, tout comme pour la majorité des autres compagnies de boissons gazeuses. Cependant, Cola-Co semble avoir compris très vite le procédé: de plus en plus sa présence se faisait sentir, et ce, dans toutes les sphères où la commandites était possible.

Cola est une des compagnies ayant la plus grosse part du marché du côté des commanditaires. Selon un récent estimé effectué par le biais de la firme d'analyse de marché Léger et Bélair, au Québec, Cola possède 55% du marché des commandites si l'on calcule seulement les breuvages. Ainsi, la compagnie détrône même les grandes compagnies de bières au chapitre des commandites. Par contre, si on estime la totalité des associations coopératives, Cola-Co détient 34,7% des parts de marché. Ce pourcentage terriblement élevé prouve à quel point Cola est prêt à payer une somme faramineuse pour son image. Les compagnies qui dépendent financièrement du géant des bulles ont peur que le scandale qui s'abat sur leur commanditaire ne nuise à leur image.

La situation pèse donc très lourd sur toutes ces compagnies, particulièrement sur le journal Le Pressé, accusé d'être au courant de l'escroquerie de Cola-Co. Malgré son devoir d'information, et sûrement à cause de ses liens étroits avec la multinationale du liquide brun sucré, Le Pressé s'est tue face au grand public.

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Un lien incestueux

Depuis dix-huit ans, Le Pressé vit littéralement aux crochets de Cola-Co qui se charge de payer près de 40% des dépenses encourues par le journal. Le contrat reliant les deux compagnies stipule que le journal montréalais doir céder l'équivalent d'une page complète de publicité à son commanditaire, et ce, de façon quotidienne. De plus, il est clairement indiqué dans le contrat qui les lie que : «Le Pressé s'engage à respecter toutes les clauses du contrat la reliant à Cola-Co [...] et que cette compagnie a le droit absolu d'effectuer tout changement concernant ses produits (présentation, logo, contenu) sans que Le Pressé ne puisse intervenir d'une façon quelconque. Cola-Co s'engage à informer Le Pressé de tout changement, si un tel changement pouvait nuire à l'image du journal. Si Le Pressé prend connaissance d'un changement futur prévu par Cola-Co, elle s'engage à ne pas révéler le dit changement sans la permission écrite de Cola-Co. Le non-respect de cette dernière consigne engendrant la fin du support financier de Cola-Co envers Le Pressé

L'extrait du contrat reliant Cola-Co à Le Pressé a été rendu public par le biais de la radio, après qu'un informateur secret ait divulgué les faits. Une enquête préliminaire menée par la Sûreté du Québec s'avérant positive quant à l'exactitude du contrat, les autorités policières ont demandé une enquête approfondie de toute cette histoire.

Nous sommes en droit de nous demander, nous, le grand public, pourquoi Le Pressé, en nous cachant une telle vérité, a manqué à son devoir de média, et, surtout, dans l'intérêt de qui?

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Pseudo-objectivité

Malgré tout, Le Pressé, voulant sauvegarder sa soi-disant objectivité, a tout de même divulgué certaines informations négatives concernant son commanditaire officiel, avec l'accord de celui-ci. Ainsi, tous les processus mis en place par la compagnie afin «d'acheter» quelques écoles et quelques cégeps afin d'augmenter condidérablement ses profits sur le dos des étudiants ont fait l'objet d'une couverture considérable de la part de Le Pressé.

Il n'a par contre jamais été question de dénoncer le «petit» ajout d'ingrédient dans la boisson gazeuse. Nous pouvons alors créer un lien entre le fait que la compagnie Cola-Co ait remis de la cocaïne dans son produit et celui qu'il le vende dans les établissements d'enseignement majoritairement peuplés de jeunes. Plan idéal pour Cola-Co, puisque les étudiants sont le public ciblé par l'entreprise et qu'ils sont davantage dépendants de la drogue que les autres groupes d'âge. Un article du très réputé Washington Mail, datant du 23 Août 1999 explique que: «L'expansion du monopole de Cola-Co dans les écoles publiques ne fait que commencer [...] Tout ce cirque a débuté lors de l'achat de commandite au Johnson's High School dans l'état de Virginie. L'école reçoit ainsi 500 000$US par année scolaire en échange du monopole des ventes de boissons gazeuses dans l'établissement. Il est aussi à noter que les professeurs doivent parler produit à l'intérieur de leurs cours pendant une durée d'au moins 12 minutes par jour.» Ainsi, les élèves subissent un «lavage de cerveau» et courent s'acheter un Cola après les cours. Quelques jours s'écoulent, et les voici accorchés au Cola-Co, ou plutôt à la cocaïne qu'ils ingurgitent subtilement. Quelques uns d'entre eux, cependant, s'insurgent contre la prise de contrôle de leur établissement scolaire, comme en témoigne cette caricature affichée dans une école «cokée».

Le marché entre Cola-Co et Le Pressé était donc que le quotidien pouvait glisser un mot sur le «scoop» de l'heure, l'implantation du monopole de Cola-Co dans les écoles, sans toutefois parler de l'histoire de la cocaïne qui pourrait ternir la réputation du «roi du cola».

Les choses se sont corsées pour la compagnie de boissons gazeuses lorsque les journalistes du Times ont dévoilé les résultats de l'analyse du contenu d'une bouteille de Cola. En effet, une quantité de 0,149mg de cocaïne se retrouve dans 500ml de Cola, alors qu'une étude prouve qu'il faut seulement 0,130mg de cettre drogue, à raison d'une consommation par semaine, pour devenir physiquement dépendant.
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L'affaire se règlera en cour

De nombreux chefs d'accusations ont été portés contre Cola-Co à la suite des révélations du Times. Le quotidien Le Pressé, quant à lui, se voit dans l'obligation de témoigner lors du procès de son commanditaire. Mais le journal cachera-t-il des informations sur cette affaire à la cour comme il l'a fait à ses milliers de lecteurs? Ceci reste une histoire à suivre puisque Le Pressé subira peut-être une condamnation suite à un manque flagrant d'objectivité ainsi qu'à une entrave à une des droits fondamentaux de l'Homme, le droit à l'information.

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  La provenance de l'image

La caricature a été empruntée subtilement sur un babillard de l'Association Générale des Étudiants du Cégep du Vieux Montréal par Antonin Marquis et numérisée par Lucie Aubuchon.

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