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« L’étoile de Russie«

Par : Laetitia L. Lebedeff

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page 1 - (A) La Cité des illusions

vers page 2 - (B) Une illusion soutenant un pays

vers page 3 - (C) En bonne et due forme

vers page 4 - (D) Un rêve aux connotations infinies

vers page 5 - (E) Un simple regard tourné vers les étoiles

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(A) La Cité des illusions

À la fin des années 30, Staline, alors au pouvoir de l’URSS, fait procéder à des purges massives visant les koulaks. Lors de procès truqués, il fait incarcérer d’innombrables intellectuels. Parmi ceux-ci, un homme nommé Sergeï Korolev adresse une astucieuse lettre au président des républiques soviétiques : " Je peux prouver mon innocence. Je souhaite ardemment poursuivre mon travail sur les fusées afin de défendre l’Union soviétique. "

La ruse est efficace et dans les années 50, l’homme est réhabilité. Dans le cadre de la course aux armements, on lui commande de travailler sur un lance-missiles capable de traverser le globe afin d’atteindre les grands centres américains. Cependant, Korolev, passionné de littérature fantastique, désire concevoir un engin apte à envoyer un homme dans le cosmos. Ainsi, chaque missile qu’il conçoit peut être adapté à la propulsion d’un vaisseau spatial. Grâce à ce stratagème, il parviendra à orienter le Kremlin vers la conquête spatiale.

Craignant, par l’hypothèse d’assassins potentiels, de perdre l’une des plus riche source de connaissances astronautiques, l’identité de Sergeï Korolev fut un secret d’état jusqu’à sa mort. Néanmoins, à sa mort, on lui réserva des funérailles nationales, ainsi que l’honneur d’être inhumé dans l’enceinte du Kremlin.

Après son décès, les idéologues russes lui inventèrent l’étoffe d’un patriote et d’un génie. La véritable histoire de Korolev, quant à elle, s'estompa rapidement.

 

Dès 1959, 2200 candidats sont sélectionnés pour suivre le programme de formation de cosmonautes. Afin d’abriter ces hommes et leur famille, est érigée, dans la grande banlieue de Moscou, au sein d’une forêt de bouleaux, une ville au profil et aux installations hautement futuristes : la Cité des étoiles.

Tous les frais étant entièrement couverts par le gouvernement, cette ville est le symbole du triomphe du communisme. Toutefois, ceux qui en bénéficient ne sont guère nombreux. En effet, la Cité est réservée aux cosmonautes, aux techniciens, aux scientifiques, à quelques personnes assurant les services publiques et à leur famille respective. En tout, près de 2000 habitants ont la chance d’habiter une ville possédant ses propres équipes sportives, clubs, jours fériés, cultes et infrastructures. Pendant 3 ans, la ville demeurera un secret d’état.

Bâtie sur une ferveur technologique et idéologique, la Cité est aussi une utopie sociale souhaitant, évidemment, construire des engins spatiaux, mais aussi ériger une nouvelle race supérieure d’hommes.

 

Peu avant le crucial jour du lancement, seulement deux candidats demeurent éligibles : Gherman Titov et Youri Gagarine. Une rumeur prétend que le choix aurait été déterminé par une question d’étiquette. En effet, on dit que, lorsque les derniers tests auraient eu lieu dans une maquette grandeur nature du vaisseau, Gagarine aurait, en signe traditionnel de respect, retiré ses chaussures.

Cependant, la réalité est toute autre ! Issu d’une famille prolétaire, Youri, par sa personnalité vive, représentait parfaitement le modèle de héros recherché. De plus, contrairement aux croyances générales, le jeune cosmonaute vécut difficilement sa gloire. Mais encore une fois, cette version objective des faits fut bien vite reléguée aux oubliettes.

 

En 1961, le glorieux enfant de la Cité devient le premier homme à quitter notre planète…

 

Quarante ans plus tard, alors que la nouvelle Russie a grand peine à se remettre de sa transition vers le capitalisme, la Cité des Étoiles demeure tenace. Ce, aux frais de touristes et de subventions étrangères. La ville, pour garder un rêve vivant, s’est vue contrainte de se vendre, se prostituer.

Ils sont désormais 6500 personnes à habiter une " ville technologique " qui accuse plus de dix ans de retard dans le domaine et dont les cosmonautes, de plus en plus désœuvrés, ne sont plus que des symboles.

Mais chaque citoyen russe, que ce soit par orgueil ou par douleur, pour lui-même ou pour son pays, ferme les yeux. Ils ne voient pas les tapis élimés, l’architecture à l’audace dépassée, la mode périmée et la culture désuète. Avant que tout ne s’écroule, le temps y a été suspendu, lui assignant la lourde tâche qu’est celle d’être l’un plus éloquent symbole d’une puissance aujourd’hui déchue. Quotidiennement, la presse poursuit, inlassablement, l’éloge de ses travaux, recherches et études, négligeant de mentionner que les rares avancées technologiques qui y ont lieu sont le fruit de leur ancien rival américain.

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