Le problème de la relation du corps et de l’esprit

Deuxième partie : le béhaviorisme?

par Jean Laberge, du cégep du Vieux Montréal

 

La première grande tentative faite en ce siècle en vue de réduire l’esprit à quelque chose d’autre que lui, fut l’entreprise connu sous le nom de "béhaviorisme" formulé par le philosophe britannique Gilbert Ryle (~1900-~1976) et le philosophe américain (d’origine autrichienne) Carl Gustav Hempel (~1905- ). Selon ces auteurs, les états mentaux comme croire, désirer, ressentir une douleur, etc., ne sont que des modèles comportementaux (patterns of behavior)ou des dispositions à se comporter et où n’entre aucun élément mental ou conscient. Ce ne sont que des mouvements corporels.

La psychologie béhavioriste élaborée par les psychologues américains J.B.Watson et B.F.Skinner est du même avis. Parler, selon le béhaviorisme, ce n’est rien d’autre qu’émettre des sons par la bouche; on ne peut savoir ce qui se passe "à l’intérieur". La science ne s’intéresse qu’à ce qui est observable. C’est la conception qui fait de l’esprit une "boîte noire". Cette conception est manifestement fausse puisque chacun sait très bien qu’une sensation de douleur est une chose, et que le comportement accompagnant la douleur, en est une tout autre.

Mais le behavorisme fait face à une difficulté encore plus sérieuse. Notre expérience nous révèle à coeur de jour que les humains possèdent bel et bien des étaux mentaux internes qui causent leurs actions et leurs comportements. Le matin, par exemple, je désire prendre un bon café. Ce désir pousse mon corps à faire tel et tel mouvement pour mener à l’ingurgitation d’une tasse de café. De même, si j’ai l’intention de me marier, cette intention amène mon corps à faire telle et telle action dont celles de demander la main de ma future épouse et de signer le registre marital. Enfin, ma croyance qu’il pleut aujourd’hui fait que je porte un imperméable. Donc, les désirs, intentions et croyances, et bien d’autres états mentaux, sont autre chose que des comportements ou les actions qu’ils mettent en oeuvre.

Enfin, l’objection décisive est que l’analyse béhavioriste de l’esprit est circulaire. L’analyse béhavioriste des états mentaux présuppose d’autres états mentaux. Généralement, une analyse consiste en un analysandum et un analysans; le premier est la chose à analyser, et le second, l’analyse proposée. Une analyse est circulaire si dans l’analysans, je fais intervenir l’analysandum. Exemple : Marie est compétente parce qu’elle est efficace, et si elle est efficace c’est parce qu’elle est compétente. Il en va de même pour l’analyse béhavioriste. Supposons que je crois qu’il pleut (analysandum). Ma croyance qu’il pleut se manifeste par le fait que j’apporte avec moi mon parapluie (analysans). Mais remarquons toutefois une chose : le fait d’apporter mon parapluie implique que je désire ne pas être trempé, ce qui implique ou présuppose que je crois que le parapluie peut me protéger de la pluie! Ainsi, l’analyse de la croyance présuppose le désir, et inversement, l’analyse du désir présuppose la croyance. Le béhaviorisme implique donc un cercle vicieux.

Pour toutes ces raisons, l’analyse béhavioriste ne peut constituer une explication valable de la relation entre le corps et l'esprit.

© CVM, 1997