par Joseph Chbat, du collège André-Grasset

10. Prenons donc quelques minutes pour nous situer dans notre milieu cosmologique. Nous sommes sur une planète de taille moyenne, occupant la troisième place dans le cortège planétaire qui accompagne une étoile appelée notre soleil. Après Mercure qui se situe à une proximité de l'astre central, proximité qui serait dangereuse pour la forme de vie que nous connaissons chez nous, (environ 50 millions de kilomètres), se trouve la belle mais "infernale" voisine Vénus (température moyenne de 400 degrés) qui occupe le deuxième rang dans ce cortège, à environ 108 millions de kilomètres. Notre belle planète bleue arrive à 150 millions de kilomètres du feu atomique de l'astre central. Équipée de tout ce qu'il lui faut pour engendrer la vie (ce qui nous permet par ricochet d'être, et d'être là en train de philosopher), notre belle planète est la merveille apparente de ce beau système solaire qui ne semble pas couver la vie ailleurs. Ensuite, continuant notre périple vers l'extérieur, nous passons par Mars (à environ 228 millions de kilomètres), par le géant Jupiter (à environ 778 millions de kilomètres) et nous continuons un voyage de plus en plus exotique et de plus en plus froid, en passant par Saturne, Uranus, Neptune et Pluton, et là, déjà grandement affectés par notre éloignement du centre, nous devons prendre notre mal en patience et mettre le cap sur notre étoile voisine, Alpha du Centaure, qui se trouve à une distance de 4 années lumière et quelques miettes.
11. Si nous continuons ce voyage qui depuis déjà les planètes voisines n'est que fictif et imaginaire, on encore en faire un bout par machines interposées, et comme nous sommes encore dans notre cortège planétaire local, nous pouvons espérer que ces machines puissent nous renseigner de notre vivant sur ces boules concentriques qui nous accompagnent dans nos rotations infinies autour de l'astre central. Quant à une information sérieuse et directe qui nous viendrait par nos "machines voyageuses", sur les autres systèmes solaires de notre galaxie, il faudra attendre quelques générations pour commencer à pouvoir nourrir des espoirs dans ce sens, à moins que certains êtres plus intelligents que nous, ailleurs dans l'univers, n'aient prévu longtemps, mais très longtemps avant nous, de nous envoyer des messages que nous serions à même de décoder, pour nous renseigner sur eux et sur ce qu'ils peuvent faire dans un univers qui nous échappe à mesure que nous nous équipons pour le connaître. Une mince consolation nous reste toutefois: si nous sommes limités par nos moyens de locomotion, nous ne le sommes pas par d'autres moyens plus sophistiqués qui nous renseignent sur le cosmos. Aussi pouvons-nous continuer notre voyage dans notre imagination rationnelle, et c'est justement là que l'astronomie et l'astrophysique continuent de nous alimenter dans notre représentation de cet univers démesuré.
12. Et à vouloir continuer notre périple, il faudra d'abord traverser notre galaxie, car depuis que Edwin Hubble a montré en 1924, grâce au puissant télescope du mont Wilson en Californie, qu'une partie de la Nébuleuse d'Andromède n'était rien d'autre qu'une quantité d'étoiles; depuis qu'il a fait l'hypothèse, qu'on a par la suite confirmée, que toute la Nébuleuse d'Andromède n'était rien d'autre qu'une galaxie comparable à la nôtre, notre univers s'est vu s'étendre à des milliards de galaxies, et tout comme au niveau humain, il y avait derrière la couche de conscience qui constitue chacun d'entre nous une couche immense d'inconscient qui nous fait, on a découvert depuis Hubble que derrière notre propre galaxie, cette petite agglomération d'une centaine de milliards d'étoiles, il y avait un nombre quasi infini de galaxies qui meublent l'univers et qui le font s'étendre à des distances inimaginables.
13. Continuant alors notre périple cosmologique, dès que nous aurons traversé notre voie lactée, nous mettrons le cap sur la prochaine galaxie, mais cette fois-ci, il faudra être plus patient. Nous aurons à traverser l'espace au moins pendant quelques millions d'années, à la vitesse de la lumière, dans un univers quasi vide et extrêmement froid (3 degrés Kelvin, soit environ -270 degrés), avant d'arriver à un autre îlot d'étoiles, comparable au nôtre, soit une autre galaxie.
14. Notre univers est constitué, semble-t-il, par des milliards de ces îlots gigantesques (ou galaxies) qui sont eux-mêmes constitués de centaines de milliards de points lumineux (ou étoiles), et nous ici, regardant tout cela et méditant, prisonniers sur une petite boule solide qui tourne autour d'une étoile jaune perdue dans le nombre, nous essayons de nous rendre par l'imagination aux confins de cet univers infini qui ne cesse d'ailleurs de grandir, et nous ne savons ni comment, ni pourquoi tout cela est.
15. Notre univers tel qu'il nous apparaît aujourd'hui est cependant supposé avoir été éjecté à partir d'une explosion initiale appelée d'une façon imagée le "Big Bang" ou la grosse explosion. Et depuis l'avènement de la théorie de la relativité d'Einstein, théorie qui nous a permis entre autres de considérer l'univers comme un espace-temps continu, nous sommes en mesure d'imaginer un univers avec une quatrième dimension. L'espace étant d'ailleurs inséparable du temps, on pourrait imaginer par un retour dans le temps, une sorte de rétrécissement de l'espace lui-même qui constitue l'univers dans son étendue actuelle. Et à aller jusqu'au bout de cette idée, nous pourrions imaginer que cet univers actuellement démesuré, dont la limite observable est estimée être à environ 12 à 18 milliards d'années lumière, était bel et bien à l'instant zéro du temps, à une dimension zéro de l'espace. Cela nous permet de faire cette hypothèse du Big Bang selon laquelle l'ensemble de notre univers était concentré en un point, et ce, avant même qu'il y ait espace et donc avant même qu'il y ait temps. Ce serait le début de notre univers ou de notre espace-temps, et cela correspond au temps dont l'espace a eu besoin pour se rendre là où il est actuellement, ce qui donne l'âge de notre univers.
16. Donc, notre univers, tout comme nous, est né dans sa dimension spatio-temporelle, il y une quinzaine de milliards d'années, et à l'intérieur de cet espace-temps cosmique, nous avons assisté à la naissance de plusieurs générations d'étoiles. Et, dans un mouvement universel de galaxies qui continuent à s'étendre, "poussées" par l'explosion initiale du Big Bang, et poussant ainsi les limites de l'univers, le plaçant dans une expansion continue, nous assistons au déroulement cosmique à travers une évolution locale qui a donné naissance sur notre minuscule planète, d'abord à la vie, et tout récemment à la conscience qui nous caractérise.
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Dernière mise à jour: le 13 février 1998