bluesky.jpg (4746 octets)La cosmologie, troisième partie

par Joseph Chbat, du collège André-Grasset

 

17. Dirions-nous que nous sommes dépassés par les événements et que tout cela dépasse notre entendement? Un généticien comme Albert Jacquard refuserait un tel défaitisme, surtout lorsqu'il sait que notre cerveau, matière qui ne connaît rien d'aussi complexe (1 million de milliards de pièces), a un potentiel qu'il est loin d'avoir exploré à son maximum. Mais, cela ne veut pas dire que nous avons des connaissances certaines et encore moins définitives sur cet univers qui nous dépasse.

18. Et en attendant de pousser une réflexion plus totalisante et donc plus philosophique sur ce tout dont nous constituons une infime partie, nous pouvons faire un découpage restreint pour mieux comprendre ce qui nous attend dans notre évolution planétaire. Eh bien, à partir de nos observatoires terrestres qui nous ouvrent sur une bonne partie de l'univers visible et qui nous permettent de prendre conscience sinon de la limite de cet univers, (car il ne cesse de s'étendre), du moins de sa grandeur et de son "ouverture", nous pouvons laisser notre imagination rêver au reste de cette évolution cosmique et retourner vers notre galaxie, vers nos étoiles locales, afin de prévoir notre sort immédiat. Ce sort dépend de l'évolution de notre astre centrale, autour duquel nous tournons depuis environ 5 milliards d'années. Ce qui nous attend à ce niveau, c'est un avenir relativement long et lent, surtout si on le place à l'échelle d'une vie humaine. Il s'agit en fait d'une période estimée à environ 5 autres milliards d'années, dont dispose encore notre soleil du point de vue de ce qui le constitue. Mais soyons plus explicites.

19. De fait, si pour continuer d'exister, notre planète a besoin de beaucoup de sagesse humaine -car notre potentiel destructeur est devenu tellement grand que nous pouvons la faire sauter et y éteindre par le fait même toute forme de vie- du point de vue cosmique, la perspective est beaucoup plus large et plus optimiste. Nous n'avons principalement besoin que de faire persister les conditions actuelles qui ont permis l'éclosion de la vie sur terre et son développement. Or, tout cela dépend en premier lieu de notre centre le soleil. Et ce qui est heureux, c'est que notre astre central est doté de suffisamment d'énergie pour continuer à se maintenir dans son état d'équilibre encore quelques milliards d'années, ce qui est tout à fait avantageux pour notre planète qui en dépend.

20. De fait, tout ce dont le soleil a besoin, pour continuer à exister, tel qu'il est, c'est de l'énergie, et cette énergie est disponible dans ses réserves d'hydrogène. En effet, bien que notre soleil utilise des quantités "astronomiques" d'hydrogène (400,000,000 de tonnes à la seconde), il constitue un si gros réservoir d'hydrogène (avec son diamètre de 1.5 million de kilomètres), et nous n'avons, à toutes fins pratiques, rien à craindre dans l'immédiat, ni même dans un avenir bien éloigné. L'assurance nous est donnée par le cosmos d'une vie qui pourra encore se reproduire des centaines de millions de fois. Tout ce qui nous est demandé, c'est un minimum de sagesse pour ne pas nous enlever nous-mêmes la chance de continuer à exister.

21. D'une façon un peu plus détaillée, notre soleil vit sa phase d'équilibre ou de vie "adulte". N'imaginons toutefois pas une vie de stagnation ou de passivité. Tout comme notre maturité personnelle ne s'obtient que par des secousses et des crises, la stabilité de notre soleil ne s'obtient que par des explosions dont l'intensité est inimaginable sur notre échelle terrestre. De fait, la gigantesque masse de gaz qui constitue le soleil s'effondrerait sur elle-même et s'écraserait donc sous son propre poids, s'il n'y avait rien pour l'en empêcher. Cet effondrement serait dû à la force gravitationnelle que nous connaissons et qui nous permet par exemple à nous, à notre boule, de ne pas errer dans l'univers, mais plutôt de rester sur une orbite stable, toujours comme invisiblement "attachés" à notre centre. Pour empêcher un tel effondrement du soleil, il faut une force de propulsion ou d'explosion qui justement empêche cette gigantesque masse d'aller irrésistiblement s'écraser dans son centre. Et cette énergie expansive, cette force de dissipation qui est censée contrer celle de l'attraction, la nature l'a prévue et le soleil l'obtient grâce à la chaleur intense qu'il connaît en son centre et qui fait de lui un laboratoire naturel d'énergie atomique. En effet, le rayonnement dont nous avons besoin pour nous réchauffer et dont le soleil a besoin pour ne pas s'effondrer, est produit par la transformation de l'hydrogène en hélium, en quantité suffisante pour contrer la force gravitationnelle d'attraction qui attire sa masse vers son centre.

22. S'il en est ainsi, nous pouvons dire que notre vie sur terre, ou plus exactement que la pérennité de notre boule terrestre est dépendante de l'hydrogène disponible dans le soleil. Et comme il semble y en avoir des quantités astronomiques, nous n'aurons pas à nous en préoccuper, et nous pouvons donc embarquer dans ce jeu de reproduction de notre race afin de contribuer au progrès humain et afin de chercher à éloigner -comme nous le faisons depuis le début de notre éveil à la conscience- les limites de notre ignorance.

23. Que devra-t-il se passer une fois les réserves de carburants épuisés dans notre soleil? Eh bien, il s'y passera, fort probablement, ce qui se passe ailleurs dans l'univers, dans les galaxies, dans notre propre galaxie. Notre soleil viendra un jour à manquer de carburant (hydrogène). Alors, sa masse s'effondrera vers le centre et il sera écrasé sous son propre poids. Cela fera en sorte que son volume sera réduit à la dimension d'une planète. Ceci donnera un superbe feu d'artifice (les belles activités se terminent souvent ainsi), car de l'effondrement final, naîtra une dernière explosion spectaculaire. Mais notre soleil n'aura probablement pas la "chance", à sa mort, de devenir, comme les supernovae, visible partout dans notre galaxie, car sa masse n'est pas assez importante, em comparaison avec d'autres étoiles beaucoup plus importantes. Cela ne l'empêchera pas toutefois, lorsqu'il ne pourra plus assurer les explosions nécessaires à équilibrer sa force d'attraction, de se transformer en géante rouge et de s'effondrer sur lui-même. Alors toute sa partie centrale sera concentrée dans un espace fort limité, dans une petite boule très dense qui prendra le nom de "naine blanche". Ailleurs dans l'univers, ce phénomène d'effondrement final des étoiles peut donner une matière plus concentrée encore, dépendamment, bien sûr, de la masse des étoiles qui explosent. En effet, une étoile qui aurait une masse de 2 à 5 fois plus grande que celle de notre soleil se transformera à "sa mort" en une super-géante rouge appelée supernova, dont le résultat d'implosion s'appellera une étoile à neutrons. A plus de 5 masses solaires, une étoile donnera comme résultat final ce qu'on appelle un trou noir. Et si une naine blanche équivaut à une étoile qui n'a plus que la dimension d'une planète, une étoile à neutron en est une qui est rendue à la dimension d'une ville, alors qu'un trou noir n'a plus que quelques 3 kilomètres de diamètre.

24. Nous voilà rendus au bout de notre évolution cosmique hypothétique et imaginaire. Cela ne doit toutefois pas discréditer nos prévisions et nos scénarios actuels. L'absence de certitude n'équivaut pas à un non-sens total. Aujourd'hui la science est quasi certaine que c'est là le sort qui nous attend, mais qu'aurons-nous fait d'ici là? Qu'aurons-nous trouvé comme lois qui nous gouvernent et qui gouvernent l'évolution de la matière. En regardant en arrière, nous pouvons déjà soupçonner une sorte de progrès évolutif qui passe du simple au complexe, du non conscient au conscient. Un "finaliste" comme Teilhard de Chardin entrevoit une loi qu'il appelle la loi de la "complexification-conscience", et chacun d'entre nous a le droit, voire le devoir, de faire des projections à ce niveau. Allons-nous vers la conscience, même si temporairement l'humanité est égarée dans sa course derrière la matière? Allons-nous finir par tout connaître? L'humain chemine-t-il vers l'Absolu, même si tout ce qu'il a trouvé jusque-là ne relève que du relatif? A mesure que nous avançons dans notre évolution cosmique, nous ne pouvons que continuer à nous interroger. L'histoire nous a appris que nous ne devons jamais nous scléroser dans un savoir dogmatique et fermé, et plus que jamais, nous avons besoin de faire confiance à la nature, à Dieu, à l'ordre. Notre intelligence qui cherche l'ordre et qui ordonne ce qu'elle peut ordonner, à commencer par elle-même, n'est-elle pas elle-même un fruit de cette évolution cosmique? Et la philosophie a compris qu'il est dangereux de scléroser le savoir, c'est pourquoi, elle ne se présente pas comme un savoir, et encore moins comme un savoir dogmatique, mais plutôt comme des interrogations. En philosophie les questions sont plus importantes que les réponses, car la question nous ouvre au sens, à l'explication, et toute explication est limitative. Et si nous acceptons des réponses c'est avant tout à titre d'hypothèses et non à titre d'un savoir définitif. Le philosophe, disait Karl Jaspers, est en route, il est toujours en chemin, et jamais il ne sera rendu au bout de son voyage. C'est un éternel novice qui doit toujours continuer à avoir cette mentalité du débutant, de l'ignorant qui cherche, et c'est probablement l'humanité comme un tout unifié et qui se continue de génération en génération, qui chemine vers le point Oméga, comme le dirait si bien Teilhard de Chardin, et qui trouvera peut-être le sens de l'histoire, après l'avoir parcourue.

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Dernière mise à jour: le 13 février 1998