RaoulBebe.gif (17533 octets)Raoul, un être tridimensionnel

Première partie : la naissance de Raoul

par Joseph Chbat, du collège André-Grasset

 

A) Raoul naît dans le monde et il naît aussi "au monde"

1. Comme les autres êtres de la nature, Raoul naît un jour dans le monde. Par un processus bio-cosmique, il se trouve en entier dans une copie miniature qui le comprend en totalité sous le mode d'une puissance qui n'a qu'à s'actualiser, à se manifester. Et après quelque temps de développement biologique où Raoul vit en complète dépendance d'un organisme autre que le sien, Raoul "voit le jour"; il naît dans le monde, comme un être à part, un être tout à la fois séparé du monde et des autres, mais également étroitement rattaché à eux. Et il aura pour mission imminente, on pourrait même dire immédiate, de commencer à "naître à ce monde" qui le contient, à s'ouvrir à lui, à le dévoiler progressivement...

2. Mais Raoul naît, comme tous les autres êtres du monde, avec d'abord la ferme volonté inconsciente, il est vrai, mais pas pour autant moins forte, de "vivre", d'"être". C'est pourquoi, dès ses premiers instants, il "mord" ou plus exactement il "tète" à la vie avec envie, avec un appétit inné qui fait de lui un "bon vivant"... Et cela: cette tendance spontanée à la vie, au développement, à cet "éros" inné qu'il rencontre en lui, si rien ne vient l'affecter plus tard lors de ses rapports avec les autres et avec le monde, Raoul le gardera jusqu'à la dernière minute de sa vie, car la nature l'a ainsi doté d'un "élan vital", d'une force inhérente à lui, inhérente à tous les vivants comme lui, afin qu'ils s'accrochent à ce monde où ils naissent et à cette vie qu'ils vivent...

3. Mais Raoul prendra vite conscience, ou plus exactement, ce sont les autres qui prennent conscience en le voyant se développer qu'il ne vit pas juste pour vivre... On remarquera en effet très tôt dans sa vie qu'il ne vit pas seulement "de pain" ou plutôt seulement "de lait". Le contact qu'il a avec son milieu commence déjà à affecter son "élan vital". Certains soutiennent qu'avant de naître, son contact avec les autres avait déjà une influence sur lui. Mais maintenant, on peut mesurer les traces de sa relation avec les autres sur son visage; on peut la lire dans la brillance de ses yeux et dans le sourire qui commence à marquer son visage... Et si Raoul est appelé à la vie comme tous les vivants, on peut commencer à entrevoir qu'il ne vivra pas sa vie comme les autres, mais qu'il va la vivre à sa façon, à sa manière...

4. Toutefois, pour l'instant, ce n'est pas Raoul qui décide de sa vie et de la manière dont il veut bien la vivre. Pour l'instant, il subit, il reçoit, il réagit, il répond, mais ce n'est pas lui qui "initie", qui commence, qui décide... Il est dans une phase d'"humanisation", mais cette phase est plutôt passive. Plus tard, il pourra prendre conscience de cette phase et analyser ses répercussions sur sa vie, sur son être, sur sa façon de voir le monde, et il pourra même, par cette prise de conscience, modifier après coup cette influence jusqu'à un certain point, mais pour l'instant, il n'en est pas encore là...

5. Et à mesure que se fait son développement, Raoul prend conscience graduellement, ou encore une fois, on prend conscience pour lui que sa mission est complexe, qu'il n'est pas né juste pour vivre, juste pour perpétuer son espèce, comme ça semble être le cas des végétaux voire même des autres vivants. Il est vrai que jamais un arbre n'aura à être identique à un autre, que jamais une vache ne sera parfaitement la même qu'une autre, mais les arbres et les vaches et les chiens et les chats et tout ce qui bouge et tout ce qui est dans l'environnement immédiat de Raoul ne semble pas avoir d'autres missions immédiates à part celle d'être, de vivre, d'assurer le passage du courant vital... tandis que chez Raoul, on sent qu'il y a autre chose, mais l'on ne sait pas encore ce que ce sera. Le saura-t-on d'ailleurs un jour d'une façon claire et distincte?

6. Quoiqu'il en soit, à mesure que sa vie se déploie, Raoul se rend compte que sa mission se clarifie, que son être se définit de plus en plus. D'une façon générale, on se rend compte que Raoul est là pour trois raisons presqu'évidentes, quoique jamais entièrement définies

1. D'abord il est là pour vivre, comme on le sait déjà.

2. Ensuite, il est là pour agir sur le monde, pour faire quelque chose dans le monde, pour "s'occuper", en quelque sorte pour "se distraire", pour passer le temps...

3. Et enfin, Raoul se rend compte qu'il est là pour se situer dans le monde, pour chercher à comprendre le monde et à se comprendre.

7. Et si Raoul se rend compte assez vite de cette triple dimension de lui-même, il aura la vie entière pour expliciter chacune de ces dimensions, car les voies pour se réaliser à travers ces trois dimensions sont complexes et multiples.

8. Suivons alors Raoul dans son développement tridimensionnel et nous comprendrons probablement des choses sur lui et sur nous-mêmes, car il y a un Raoul dans chacun d'entre nous.

B) Raoul s'éveille au monde

9. Très tôt, Raoul commence à percevoir le monde. Ce dernier s'offre à lui à travers ses cinq sens, et il se forme alors dans la tête de Raoul, une sorte de représentation immédiate et naturelle du monde qui l'entoure. Si ses sens fonctionnement bien, ils lui apportent sans doute une information précieuse sur le monde, car on dirait que ce monde est fait pour être perçu. Si Raoul a des sens, le monde, lui, est sensible, dans le sens qu'il a des qualités perceptibles par les sens. Et Raoul bénéficie spontanément de cette complémentarité ontologique entre sa propre "constitution" interne et celle du monde. De fait, par là, Raoul ne fait rien de différent des autres êtres vivants. Et à bien y penser, Raoul et les autres vivants ont même une autre sorte de contacts immédiats dont ils ne sont pas conscients mais qui est d'une utilité extraordinaire. Il s'agit non seulement de la conscience du monde extérieur à soi, mais également de la conscience de son propre corps. Dans les 2 cas, ce n'est pas encore tout à fait un état de vraie conscience, car elle est trop implicite et spontanée.

10. Cette conscience de son propre corps, il ne faudrait pas la confondre pour l'instant avec la conscience de soi qui, elle, fera faire à Raoul un peu plus tard un cheminement d'un autre ordre. Eh bien, cette conscience de son propre corps, qu'on appelle la proprioception, elle consiste en une sorte de communication immédiate entre Raoul et les différentes parties de son corps. D'une certaine façon, cette proprioception unifie Raoul en le mettant en contact direct avec tout son corps. De cette façon, Raoul pourra se déplacer, jouer, s'amuser, commander des activités coordonnées aux différentes parties de son corps. En tout temps, il sera en contact avec chaque partie de lui-même, de manière à agir sur elle, à lui passer des commandes, et c'est comme ça d'ailleurs que Raoul se rend compte qu'il est capable d'agir sur le monde...

(Cf.: histoire de la femme désincarnée, Pierre Blackburn, Connaissance et argumentation, p. 6-7)

11. Quant à son contact avec le monde extérieur, Raoul se fie à ses sens, comme on le disait tantôt et à ses capacités innées d'"automatisation" de ses expériences. En effet, la nature a doté Raoul de cinq sens destinés à déchiffrer le réel dans ses aspects sensibles. L'expérience sensible de ce réel fait en sorte qu'une image sensible des objets s'enregistre dans la tête de Raoul, lui permettant la "reconnaissance" ultérieure de ces mêmes objets. Et si au début, fréquenter les objets de la nature et savoir agir sur eux nécessite un effort, une concentration, une discipline, ça ne prend pas trop de temps pour que Raoul automatise son rapport avec les objets du réel.

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Dernière modification: le 13 février 1998