Par Patrice Gueniffey.
Le terrorisme a pour autre particularité d’être
une stratégie de la communication : la violence y est toujours un message
adressé à la cible visée, même si une parti du public, à commencer par les
victimes, peuvent ne jamais en connaître la teneur.
Il existe d’ailleurs un lien étroit entre
l’histoire du terrorisme et celle des moyens de communication. Depuis la fin du
XIXe siècle, l’histoire du terrorisme accompagne les progrès
techniques qui ont permis, d’abord une diffusion plus large et plus rapide de
la presse, plus tard l’intégration de dessins, puis de photos, qui amplifiaient
l’écho des attentats. L’invention de la télévision, puis du reportage en direct
au début des années 1970, la création, enfin, de networks planétaires n’ont fait que renforcer ce phénomène,
terroristes et médias s’utilisant pour atteindre leurs objectifs
respectifs : une publicité maximale d’un côté, une audience maximale de
l’autre, les deux logiques convergeant vers la recherche de l’effet le plus
spectaculaire possible. L’universalité et l’instantanéité de l’information font
partie intégrante des événements du 11 septembre. Ceux-ci n’ont de sens que
dans un monde où l’attaque peut être vécue en direct, car si l’assassinat de
dix personnes est une tragédie, la mort de trois mille est une abstraction.
L’avènement d’une société de communication mondialisée joue un rôle important
dans la radicalisation actuelle de la violence terroriste. Elle lui apporte les
« relais » dont il a besoin pour atteindre ses cibles. Pis, elle
aggrave les dommages qu’il provoque : le relais médiatique transforme des
tragédies individuelles en tragédie collective et confère au terrorisme sa part
d’efficacité. Dans cette mesure, il est légitime de parler de complicité, au
moins par conjonction d’intérêts.
Patrice GUENIFFEY,
« Généalogie du terrorisme contemporain », Le Débat, no 126 (septembre-octobre
2003), p.159.
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