Alexandre le Grand

Destin divin ou malheur terrestre?

 

Renaud Saint-Cyr (Histoire et Civilisation)

 

Depuis la nuit des temps, l’homme n’a eu qu’un rêve : gouverner, conquérir le monde connu, unifier l’Orient et l’Occident. Plusieurs ont essayé mais peu ont réussi. Le premier à l’avoir fait est Alexandre III de Macédoine, dit le Grand (~356-~323).

 

Qui est cet homme ? Comment a-t-il réussi ses nombreuses conquêtes ? Pour comprendre, regardons le contexte historique de l’époque et sa vie. Résumons son héritage en dégageant l’influence qu’il a eue et l’importance qu’il a aujourd’hui.

 

Durant la période classique, la Grèce est en plein bouleversement. En ~497, les Hellènes ont perdu leurs colonies d’Asie Mineure aux mains de Darius I, roi des Perses. Puis, lors des guerres médiques (~490-~479) Xerxès s’en prend à la Grèce et détruit l’acropole d’Athènes. Enfin, la  guerre du Péloponnèse (~431-~404) finit de miner la cohésion des cités grecques déjà affaiblies, ce qui permit  à la phalange de Philippe II, roi de Macédoine (~382-~336), de conquérir et d’unifier la Grèce . En effet, en ~338, toute la Grèce, sauf Sparte, est passée sous domination macédonienne grâce à la ligue panhellénique de Corinthe. C’est à cette même époque, soit en ~335, qu’Aristote fonde le Lycée à Athènes. Les philosophes, comme Platon et Aristote, inspirent la pensée grecque et sont les piliers des changements idéologiques de l’époque. C’est dans ce climat que grandit Alexandre, climat de guerres et en même temps, de débats intellectuels.

 

Alexandre est né à Pella, capitale macédonienne, en ~356. Selon la légende, il descendrait d’Hercule, par son père, Philippe II de Macédoine et d’Achille, par sa mère, Olympias, fille du roi de Molosses. Très tôt, il est éduqué pour devenir roi. Son mentor n’est nul autre qu’Aristote, qui l’initie à la littérature, à la philosophie et aux sciences grecques. En ~338, Philippe lui confie le régence de la Macédoine. Un peu plus tard, il remporte sa première victoire sur Thèbes et sur Athènes, à Chéronée.

 

Suite à l’assassinat de son père, Alexandre, qui n’a que 20 ans le remplace sur le trône de Macédoine. Ayant consolidé son pouvoir en Macédoine, Alexandre concentre ses efforts sur l’insurrection grecque. La destruction de Thèbes arrête les soulèvements grecs et la ligue de Corinthe officialise son pouvoir. En ~334, il poursuit la reconquête des colonies grecques. Il passe l’Hellespont avec 35 000 hommes.

 

Avec sa victoire du Granique sur Darius III, Il prouve au monde entier sa supériorité stratégique. À Gordion, il coupe le fameux nœud gordien, un exploit qui, selon les oracles, lui promet la possession du  monde. Sa conquête de l’Asie Mineure lui ouvre les portes de l’Égypte, où il est accueilli en libérateur et reconnu comme un dieu. Tour à tour, les grandes villes perses - Suse, Babylone et Persépolis - tombent les unes après les autres sous son emprise.

 

Après avoir soumis la Perse orientale,  suite à une dure guérilla de trois ans, il instaure son pouvoir en épousant Roxane, une princesse perse. Il inclut des Perses dans son armée et il adopte le rituel de prosternation perse. En ~327, il se tourne vers l’Inde.  Il traverse l’Indus et rencontre l’armée du roi Poros (~326); c’est une bataille difficile mais Alexandre triomphe.  Il décide de poursuivre son avancée au-delà du Gange mais, épuisés par le climat et la rudesse des combats, ses soldats refusent de continuer. Alexandre n’y peut rien, il doit rebrousser chemin. Arrivé à Suse en ~324,  il applique sa politique de fusion  gréco-perse en mariant 10 000 de  ses officiers et soldats à des femmes perses. C’est là qu’il prononce son célèbre discours d’Opis, suite à la mutinerie de son armée. De retour à Babylone, il meurt de la malaria le 13 juin ~323.

 

Son œuvre la plus grandiose n’est pas la conquête de l’empire perse, mais bien l’unification de son empire. En effet, il veut effacer toute distinction entre les Grecs et les  “ barbares ”; il vise l’unification de tous les peuples de l’empire. Pour ce faire, il utilise quatre méthodes: la fusion des peuples macédoniens et perses par des mariages massifs, la réunion de la cavalerie perse et macédonienne; il se fait diviniser pour donner des bases sacrées à son pouvoir et il adopte la satrapie, plutôt que la Cité-État, en donnant la pouvoir militaire à des Macédoniens et le pouvoir civil à des Perses. Il développe les échanges commerciaux à travers tout l’empire en créant une monnaie commune (le tétradrachme), des routes et des ports. Il a un très grand respect des coutumes et croyances des peuples conquis, leur laissant la liberté religieuse. Pendant son règne, Alexandre a essayé d’unifier son empire sous une bannière commune : la sienne. C’est ce qui explique ses réformes. On peut comparer cet effort à celui de Martin Luther King, qui essaya d’unir les Blancs et les Noirs des États-Unis sous la bannière du respect et de la tolérance.  Alexandre est à l’origine de deux principes qui sont parvenus jusqu’à nous: l’impérialisme et la mondialisation.

 

De son rêve utopique d’un monde réuni sous sa gloire, Alexandre nous laisse un héritage non négligeable. Son influence sur les conquis, l’impact qu’il a eu sur l’Orient et l’Occident ont provoqué les débuts de la tolérance religieuse et du partage culturel. Il est responsable de la fusion de l’humanisme grec et de l’humanisme indien. On peut voir dans son accomplissement les prémisses de la mondialisation et du village global comme nous le connaissons aujourd’hui. On pourrait résumer son œuvre en quelque mots: unifier pour mieux régner.

 

Le passé composé, vol.1 no1 (avril 2000)

 

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