Jules César le conquérant

Jonathan Livernois (Histoire et Civilisation)

Encore aujourd’hui, le nom de Jules César fait référence à une image de puissance. L’homme politique et militaire intéresse toujours autant les historiens. Dans les prochaines lignes, nous tenterons d’en savoir plus long sur l’illustre Romain. Dégageant le contexte historique où il vécut, nous verrons ensuite le personnage dans ses actions et dans les événements qui marquèrent sa vie. Nous terminerons en examinant l’héritage que nous a laissé le personnage.

Contexte historique

Jules César naît et grandit dans une époque trouble. Les institutions de la République romaine deviennent désuètes suite à l’expansion du territoire. La plèbe urbaine est de plus en plus nombreuse, alors que l’aristocratie gouverne la cité et que la classe des chevaliers s’occupe des affaires. Et des affaires à Rome, il s’en brasse! À mesure que le territoire romain s’agrandit, toujours plus de richesses convergent vers la capitale.  Quand on sait que Rome avait, durant le règne de César Auguste (~27-~14.), une population d’un million d’habitants (chiffre atteint à Londres en 1800 et à Paris en 1850), on comprend l’importance d’un approvisionnement en denrées. C’est donc de cette période, où alternent guerres civiles et troubles, que César saura tirer parti.  

Jules César

C’est par opération qu’est né Caïus Julius César (d’où le nom de “césarienne”), le 13 juillet ~100 ou ~101.  Fils d’Aurélia et de Caïus, qui fut préteur et peut-être gouverneur de la province d’Asie, César, appartenant à la gens Julia, une des plus illustres familles de Rome, voit dans ses ancêtres des origines divines. Grâce à sa mère, il reçoit une éducation patricienne, lui permettant un développement intégral (grammaire, rhétorique, activités physiques, etc.).

Son oncle Marius est un véritable modèle pour lui. Soldat énergique, il sut se faire aimer du petit peuple, tout en étant mêlé au milieu patricien. Réformateur, il dut faire face à son lieutenant Sylla, qui, à partir de ~82, devint dictateur. Pourchassé par la police de ce dernier, César, qui refusait de répudier son épouse, dut s’enfuir en Asie. Après l’épisode Sylla,  il revint à Rome où il occupa, de ~69 à ~60, plusieurs postes politiques comme questeur, édile curule et gouverneur d’Espagne. Il suivait le trajet habituel d’un aspirant au consulat.

César est déjà un fin politique. En ~63, alors que les sénateurs se consultent sur le sort de Catilina, qui avait projeté de tuer Cicéron, il réussit habilement à tirer son épingle du jeu en n’appuyant pas directement la peine capitale. 

En ~60, César pourrait briguer le consulat, mais il ne veut pas renoncer à son triomphe mérité en Espagne. À Rome, Pompée, un brillant militaire, et Crassus, l’un des hommes les plus riches de Rome, sont en désaccord. Le Sénat se mêle de la partie. César, ayant de bonnes relations avec les deux hommes, y voit une chance inespérée. Il sera médiateur entre les deux hommes et ils formeront ensemble le premier triumvirat. En échange, ils devront appuyer sa candidature au Consulat, où il sera élu en ~59.

Mais, pour atteindre la puissance de Pompée, il manque à César la gloire militaire. Exceptionnellement, il se fait nommer proconsul de la Gaule cisalpine et narbonnaise. Son objectif: conquérir toute la Gaule et la gloire militaire s’y rattachant. Ses soldats sont considérés comme les meilleurs au monde et ses stratégies, géniales. Cependant, l’armée romaine ne peut contrôler l’ensemble du territoire gaulois. En ~54, c’est la révolte des peuples gaulois. César sauve la situation mais en ~52, un jeune chef du nom de Vercingétorix unit les différents peuples du territoire et s’attaque aux forces romaines. Après une alternance de victoires et de défaites, César se retrouve face à Alésia où les Gaulois sont retranchés. Après avoir éliminé les renforts, il s’attaque à la ville même. Vercingétorix ne peut que rendre les armes. En moins de sept ans (~58-~51), César a conquis la gloire militaire.

Cependant, à Rome, la situation n’est pas au beau fixe pour César. Alors que Crassus est mort durant la guerre contre les Parthes (~53), Pompée trame contre lui avec le Sénat. On lui interdit de quitter sa province. “Le sort en est jeté!” s’écrit-il lorsqu’il traverse avec son armée le Rubicon, fleuve séparant la Gaule de l’Italie, pour ensuite marcher sur Rome. Surpris, Pompée se réfugie en Grèce et ensuite en Égypte où il est assassiné sur les ordres du roi Ptolémée XIV, qui voulait ainsi s’assurer les bonnes grâces de César. C’est d’ailleurs en Égypte que César aurait eu cette relation amoureuse avec Cléopâtre, nouvelle reine d’Égypte, à qui il imposa le protectorat romain. Néanmoins, il poursuit la lutte afin d’éliminer les derniers bastions de résistance pompéienne, ce qui sera chose faite le 5 avril ~45 à Munda.  César était dès lors LE maître du territoire romain.

Simple dictateur durant 4 ans, il devint dictateur à vie à partir de ~45. Ses pouvoirs étaient extraordinaires: faire les lois, juger sans appel, nommer les principaux magistrats, etc. Une vaste réorganisation de l’État fut mise en marche. Redonner du travail à la plèbe urbaine fut une préoccupation constante (obligation pour les propriétaires d’employer au moins un tiers de travailleurs libres, etc.). D’immenses travaux publics furent instaurés (routes, améliorations portuaires d’Ostie, assèchement de marais, etc.). Il introduisit aussi le calendrier julien, outil indispensable pour compter le temps. Tout cela fut réalisé en 15 mois! Parallèlement, il avait déjà écrit deux oeuvres: Commentaires sur la guerre des Gaules ( ~52-~50) et Commentaires sur la guerre civile (~44)

Bien qu’apprécié par le peuple (perçu comme une sorte d’idole), il fut accusé par plusieurs nobles d’aspirer à la monarchie, dont Rome avait gardé un très mauvais souvenir. Une conspiration se mit en place, dont le principal meneur fut Gaius Cassius, un ex-partisan de Pompée. Brutus, le fils adoptif de César (et peut-être son fils illégitime), finit par joindre les conspirateurs. C’est aux Ides de mars, le 15 mars ~44, au Sénat, que César est poignardé. Il se serait débattu mais aurait cessé de lutter lorsqu’il vit Brutus. Il aurait déclaré: “Toi aussi, mon fils!” C’est ainsi que César rendit l’âme.

L’héritage

César marquera le commencement de la fin. Après lui, la République ne renaîtra pas comme prévu, mais mourra. Un second triumvirat sera formé par Antoine, un général de César, Octavien, son fils adoptif, et Lépide. Après s’être débarrassé de ses deux triumvirs, Octavien, prenant le nom de César Auguste, deviendra l’Empereur du nouvel Empire romain (~27). À plus long terme, l’héritage de César est tout aussi impressionnant. Il est LA référence de l’homme politique génial doublé d’un parfait stratège. Il marque encore notre société par ses actions ( le calendrier julien, des expressions comme “césarienne”, “franchir le Rubicon”, les stratégies militaires, etc.). Mais, surtout, son principal apport fut la notoriété et la grandeur qu’il donna à l’Empire romain. Faut-il rappeler que tous les empereurs romains faisaient précéder leur nom par César?

Est-il possible de faire un parallèle avec d’autres hommes politiques contemporains? Difficile de trouver un homme de cette stature. À certains égards, le président yougoslave Slobodan Milosevic pourrait être considéré, essentiellement pour être, comme César, un conquérant ambitieux.   Voilà donc la vie de Caïus Julius César. Bien que sommaire et partielle, cette biographie aura permis, espérons-le, de dégager les traits essentiels qui firent de cet homme l’une des figures les plus marquantes de l’Antiquité. 

Le passé composé, vol.1 no1 (avril 2000)

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