Mohandas Karamchand Gandhi

par Jade Canapé.

 

Mohandas Karamchand Gandhi naquit en 1869, à Probandar (dans l’État du Gujarãt, en Inde). Appartenant à la caste des Vaïsya (commerçants et marchands), sa famille avait réussi à se bâtir une certaine richesse puisque son grand-père et son père avaient tous deux été premier ministre de Probandar. Lorsqu’il atteint quatorze ans, ses parents le marient à une jeune fille de treize ans, Kastourbaï, et ensemble ils auront quatre enfants. À dix-neuf ans (1888), il part pour l’Angleterre afin de terminer ses études de Droit. Trois ans plus tard, il revient en Inde avec son diplôme d’avocat en poche. Néanmoins, sa timidité et son honnêteté lui posent quelques problèmes dans l’exercice de sa fonction. Il sera appelé à travailler pour une maison commerciale qui l’enverra en Afrique du Sud. Ce serait là que se produisit le tournant majeur de sa vie, celui qui prépare Gandhi à devenir le Mahâtma (« la Grande Âme »), source d’inspiration révolutionnaire pour des millions de gens, autant en Inde que partout à travers le monde.

C’est de 1893 à 1914 qu’il mènera ses premières actions dans une Afrique où les situations économique et sociale sont en plein changement et où la discrimination raciale n’aide en rien à réduire les inégalités et les injustices. Il en est d’ailleurs lui-même victime, de par le traitement qui était réservé aux Noirs et aux immigrés en Afrique du Sud, pour une large part des Indiens. Dès 1894, il commencera à mettre de l’avant ses moyens d’action politiques, avec deux buts essentiels en tête : la lutte politique et l’amélioration de la condition sociale et morale des Indiens. Sa toute première action concerne un projet de loi interdisant aux Indiens le droit de vote. Il fit signer une pétition à 10 000 personnes, ce qui eut pour effet de faire avorter ce projet de loi. Il s’attaqua à plusieurs autres lois qui brimaient les droits des Indiens. C’est ainsi que, cette même année, il fonde le Congrès Indien du Natal.

Durant ses vingt et une années en Afrique, il réussit à redonner une dignité, une confiance et une sécurité aux Indiens et à leur faire comprendre la force de l’union. En 1909, il publie son écrit sur la satyâgraha, combat par la non-violence (Hind Swaraj ou L’Autonomie indienne ). Son opposition aux lois ségrégationnistes lui fera passer plusieurs séjours en prison, ce qui ne diminuera en rien sa détermination. À l’été 1914, Gandhi est de retour en Inde. Deux ans plus tard, il sera reconnu comme le « chef » des Indiens.

Le développement de ses idées s’inspire de certains écrits comme la Bhagavad-Gita, la Bible, des livres de Tolstoï, de Ruskin et de Thoreau, et a donc un caractère autant religieux, politique qu’économique. Sa démarche est empreinte du dévouement religieux de sa mère et est aussi stimulée par Raychandbhai, son ami et conseiller spirituel. Gandhi mènera parallèlement deux combats : l’élimination des injustices sociales et la libération de l’Inde qui est sous la domination anglaise. Pour ce faire, il dirigera plusieurs actions dont celle menée contre les gros industriels britanniques qui exploitaient les paysans planteurs d’indigo et les travailleurs du textile d’Ahmadabad, et celle visant à éliminer l’intouchabilité. Dans le même souffle, il met de l’avant ses théories sur la non-violence, la désobéissance civile et le jeûne, et c’est en 1924 qu’il entreprend deux grèves de la faim pour que les Intouchables obtiennent le droit d’aller dans les temples. En 1932, il est déterminé à jeûner jusqu’à la mort si les dirigeants ne modifient pas les lois sur les Intouchables, qu’il appelle symboliquement Harijans , les enfants de Dieu.

En 1919, après ses efforts de revendication auprès des Anglais, et afin de leur montrer le sérieux de ces demandes, Gandhi provoque un énorme soulèvement pacifique au cours duquel des millions d’Indiens manifestent. Pour mater ce mouvement, les Anglais feront plus de 300 morts et 1000 blessés. Devant cette dure réalité, Gandhi décide de cesser toute action.

Un an plus tard, adoptant une nouvelle stratégie, il organise un boycott général des produits textiles anglais dans le but de nuire à leurs exportations et ainsi favoriser la production locale. Suite à divers incidents, il est de nouveau arrêté (en 1922) et purgera le tiers d’une peine de six ans.

Tout ce travail semble colossal, mais l’action la plus impressionnante demeure la « Marche du sel » (en 1930), marche qui s’étale sur 350 km, effectuée en 24 jours par un rassemblement populaire qui grossissait de jour en jour. Le but était de mettre un terme au monopole et à la mainmise des Anglais sur le sel en Inde. Une fois de plus, il sera arrêté par les autorités puis relâché après 10 mois de détention. Des discussions s’amorcent entre Gandhi et le vice-roi Lord Irving. Ce dernier propose que les prisonniers politiques soient également relâchés et que les lois sur le sel soient éliminées si Gandhi consent à mettre fin à la désobéissance civile et s’il se présente à une conférence à Londres. Gandhi accepte. Cependant, le gouvernement britannique n’a pas l’intention de céder aux demandes de Gandhi. En 1932, Gandhi se retrouve donc de nouveau entre quatre murs, en même temps que des milliers d’autres résistants. En 1934, il se désengage du Parti du Congrès, mais continue à mener des actions de désobéissance civile, à travailler pour que les communautés s’assemblent et pour que les conditions de vie s’améliorent. En 1937, l’indépendance est proche. Deux ans plus tard, la Seconde Guerre mondiale mettra l’Inde en conflit avec la Grande-Bretagne, qui veut l’obliger à prendre part à la guerre, alors que pour Gandhi, l’indépendance de l’Inde est nécessaire à sa participation à la guerre contre l’Allemagne.

C’est en 1942 que Gandhi proclame son célèbre slogan Quit India aux Anglais. De 1945 à 1948, des conflits internes empêcheront son désir de voir les hindous et les musulmans unis sur un même territoire que serait l’Inde indépendante. De fait, Jinnah, chef de la Ligue des musulmans dont le but était de créer un Pakistan indépendant de l’Inde au moment de l’indépendance de celle-ci, a attisé la haine des musulmans envers les hindous et, du coup, la haine des hindous envers les musulmans. Pour Gandhi, cette coupure territoriale qui séparerait les communautés était incompatible avec les efforts qu’il faisait pour rallier le peuple et consolider le sentiment nationaliste. Le 15 août 1947, malgré tout le travail de Gandhi, le monde voit naître deux nouvelles nations indépendantes : l’Inde, majoritairement hindoue, et le Pakistan, musulman. Il s’ensuit une lutte brutale et cruelle entre hindous et musulmans qui fera entre un et deux millions de victimes, dont 5 000 morts à Calcutta. Gandhi est profondément troublé par les événements et tente de faire cesser toute cette violence. Il demandera entre autres aux hindous d’être conciliants envers les musulmans et utilisera de nouveau une arme infaillible pour faire cesser la violence: la menace de jeûner jusqu’à la mort s’il le faut. Une fois de plus, son influence et son autorité seront démontrées et, après plusieurs jours de jeûne, une paix relative s’établit.

Malheureusement, son attitude enflammera les passions des extrémistes hindous, dont celle de Naturam Godse qui, le 30 janvier 1948, tire trois balles sur Gandhi.

Certains se sont attardés à la lourde tâche de nous dépeindre l’homme derrière le mythe. Il n’en demeure pas moins que même si Gandhi reste un humain, il mérite d’autant plus notre plus grand respect qu’il aura su dépasser sa condition pour achever une œuvre grandiose.

© CVM, 2004