Goethe et le Sturm und Drang

 Anne-Marie Asselin

La littérature allemande a fortement évolué pendant les XVIIe et XVIIIe siècles. L’auteur Johann Wolgang Von Goethe est l’un des plus importants du vaste mouvement qui devait y naître et bouleverser l’Europe : le romantisme.

Après la réforme et la montée de l’humanisme, l’Allemagne s’ouvrit plus largement à de nouveaux modes de pensée et aux idées littéraires nouvelles. C’est avec la période préclassique que la littérature sentimentale apparut. Le poète et dramaturge Friedrich Gottlieb Klopstock, un génie poétique, en est d’ailleurs un des précurseurs. Il soutenait que l’écrivain avait une mission sacrée. Il eut une grande influence sur l’écriture de Goethe. Par la suite, les pièces de Gotthold Ephraim Lessing fondèrent, par leur style passionné et leurs personnages héroïques, le théâtre allemand moderne. La rencontre de Goethe avec Johann Gottfried Herder fut encore plus marquante. Cette rencontre le mena à devenir plus réticent envers le classicisme français et ses règles. Il lui présenta également le mouvement Sturm und Drang  qui l’influença beaucoup. Ce mouvement mettait l’accent sur l’utilisation d’éléments populaires, sur les émotions incontrôlées et sur la mélancolie introspective. Cette dernière caractéristique est très présente dans Les souffrances du jeune Werther. Son amitié avec Friedwich Von Schiller fut aussi importante. Ce dernier fit découvrir à Goethe un intérêt pour les lettres. Ces critiques et suggestions amenèrent Goethe vers de nouvelles expériences. De plus, il l’encouragea à poursuivre Faust. Finalement, son mariage avec Christiane Vulpius aura aussi été d’une grande importance.

Johann Wolfgang Von Goethe naît le 28 août 1749 à Francfort-sur-le-Main. Son père était fonctionnaire et il reçut une éducation très diversifiée. Il étudia d’abord le droit, sans plaisir, à Leipzig. Durant une convalescence, dûe à une grave maladie, il étudia l’ésotérisme, l’astrologie et l’alchimie. De plus, il approfondit ses connaissances du mysticisme religieux, de la magie et du monde des esprits avec une amie de sa mère. Il étudia également la musique, l’art, l’anatomie et la chimie. Il parlait sept langues. La découverte du Sturm und Drang, synonyme de l’exaltation de la personnalité et du sensualisme, apparût avec la pièce Götz von Berlichgen (1773) fortement influencée par Shakespeare qui fut d’ailleurs son mentor tout au long de sa vie. C’est après cela qu’il publia Les souffrances du jeune Werther (1774) qui le rendit célèbre en quelques mois. Sa période à Weimar vers 1775 marqua un tournant important dans sa vie et dans l’histoire de la littérature allemande. En effet, Charles-Auguste, héritier du duché de Saxe-Weimar, l’invita à venir s’établir à Weimar, centre intellectuel et littéraire de l’Allemagne. Il devenait ainsi conseiller intime d’un roi. Il enrichit sa vie intellectuelle et appris à connaître le monde des affaires. Il composa une ballade, le Roi des Aulnes,  qui fut mise en musique par Schubert en 1815. Aussi, il écrivit une pièce de théâtre, Iphigénie en Tauride (1787). Son séjour en Italie, de 1786 à 1788 fut aussi très important. Goethe ressentait le besoin de se renouveler artistiquement. Il découvrit la grandeur du monde classique. Il s’installa à Rome jusqu’en 1788 où il étudia l’art, l’architecture, la littérature grecque et romaine et découvrit les œuvres de la Renaissance. Il consacra aussi beaucoup de temps et d’énergie sur Faust.  Il se maria tardivement en 1806 avec Christiane Vulpius de qui il eut cinq enfants. Il mourût le 22 mars 1832. Apparaissant comme le sommet de la littérature allemande, Faust est considéré comme un chef-d’œuvre, un authentique monument littéraire.

Goethe apporta de nombreuses connaissances nouvelles sur le plan littéraire et ses œuvres sont considérées comme étant parmi les plus importantes de la littérature mondiale. Plusieurs poètes qui lui ont succédé ont pu s’inspirer de son œuvre. Entre autres, Edvard Friedrich Mörike, Nicolaus Lenau, écrivain très mélancolique qui écrivit aussi un Faust. Le compositeur Richard Wagner écrivit les textes de ses pièces musicales en suivant les grandes traditions de la littérature allemande tracées par Goethe. La grandeur de Goethe et sa personnalité ont influencé beaucoup d’auteurs plus récents. En effet, Nietzsche le comparait au surhomme de sa théorie.  Il est également présent dans le roman L’immortalité de Kundera qui le met en relation avec Napoléon. On peut d’ailleurs faire une analogie entre ces deux auteurs. Effectivement, Milan Kundera reprend avec ironie des thèmes réputés pour être sérieux en y introduisant l’amour comme l’a fait Goethe. Il ne  se soumet pas aux règles ayant des structures de livres éclatées. Tous ses récits sont utilisés comme révélateurs des peurs et des espoirs de ses personnages. Ses romans L’insoutenable légèreté de l’être (1984) et L’immortalité (1990) sont des textes-clés qui révèlent un portrait intime de l’Europe de l’Est. Tout comme Goethe le fit pour la littérature allemande, Kundera a su faire reconnaître l’importance des auteurs d’Europe de l’Est.

On peut dire que l’importance de Goethe dans l’histoire est due à son œuvre elle-même. Elle représente une longue évolution vers la maturité et la sagesse. Elle est le fruit de soixante années de travail. Son importance est aussi liée au fait de la grande influence qu’elle exerça sur les écrivains de son temps, allemands ou non. Il connut la gloire et le succès dès sa trentième année et ce, jusqu’à sa mort en 1832. Il connaît d’ailleurs encore ce succès et cette gloire que Kundera nomma l’immortalité.

Le passé composé, Vol1. No1 (avril 2000)

© CVM, 2004