Une femme audacieuse : Hatshepsout

Amélie Allard (Histoire et Civilisation)

Rares sont, dans l’histoire, les femmes qui ont su retenir suffisamment l’attention des historiographes pour que leur nom survive aux temps et époques sans être oubliées.  Cependant, il en existe une qui, par son audace et ses réalisations monumentales, n’a pu se laisser oublier : la reine Hatshepsout.  En effet, cette femme pharaon de l’Égypte ancienne s’est nommée elle-même reine d’Égypte et s’est emparée du trône qu’elle dirigeait jusqu’alors en tant que régente.  Trois aspects importants de la vie d’Hatshepsout seront traités ici, soit le contexte historique dans lequel elle a vécu, sa vie et ses réalisations et finalement, l’héritage qu’elle nous a laissé.

L’Égypte ancienne est gouvernée par un régime politique bien établi : le système pharaonique qui est de type pyramidal.  En effet, au sommet de ce système, c’est le pharaon qui détient le pouvoir absolu.  On le reconnaît comme l’incarnation d’Horus et le fils du dieu Amon.  Il règne par la faveur et la volonté de ce dernier.  Ensuite, c’est l’aristocratie qui domine, puis viennent les scribes, les fonctionnaires et les prêtres.  Au niveau inférieur, se retrouvent les marchands, artisans et soldats et finalement, les paysans, ceux qui se situent au plus bas de la pyramide, c’est-à-dire ceux qui ont le moins de pouvoir.  Toutefois, il ne faudrait pas oublier la présence d’esclaves.

Le territoire de l’Égypte s’étend de l’entrée du delta du Nil jusqu’à la ville d’Assouan.  C’est ce même Nil qui est responsable de la fertilité de cette terre et amène la possibilité du commerce par voie d’eau.  En effet, ce sont ces deux principales activités économiques, l’agriculture et le commerce, qui permettent aux Égyptiens d’étendre et d’affermir leur pouvoir.  Il est la source non seulement de richesses, mais aussi d’une très grande civilisation qui dura pendant plus de trois mille ans.

Même si la religion égyptienne est polythéiste, chaque époque, et surtout chaque ville, est marquée par un dieu différent.  Toutefois, à l’époque d’Hatshepsout (~1510 à ~1482), c’est le dieu Amon qui domine en importance.

Alors qu’en Europe l’âge de bronze bat son plein, qu’en Phénicie on pratique un commerce important dans toute la Méditerranée et qu’en Crète la civilisation minoenne est à la fin de son apogée et à la veille de sa destruction, l’Égypte pharaonique en est à son Nouvel Empire, plus précisément à sa XVIIIe dynastie.  À Karnak, le pharaon Thoutmosis I épouse Ahmosé II et règne des années ~1530 à ~1520.  Le pharaon eut plusieurs enfants reconnus et illégitimes, comme la plupart des chefs politiques de l'époque, mais on connaît au moins trois garçons et deux filles dont l’une est Hatshepsout elle-même.

Il existe une légende décrivant comment Khnumetanum Hatshepsout qui signifie “la première des femmes”  ou “suprême noblesse féminine” naquit des dieux.  Cette légende raconte que le dieu Amon-Rê aurait été conduit par Thot, dieu de la justice, auprès de la Reine Ahmosé.  Il lui aurait déclaré qu’elle enfanterait de lui et que son enfant, Hatshepsout, régnerait sur l’Égypte entière.  Il lui donnerait sa gloire, son autorité, sa couronne et sa protection divine.  Amon-Rê serait ensuite allé voir le dieu Khnoum et l’aurait chargé de créer la future reine lui disant: “Façonne son corps et son esprit d’éléments empruntés aux miens.  Qu’elle soit supérieure même aux dieux”.  Et c’est ainsi que selon cette légende, toutes les divinités furent présentes à sa naissance pour lui conférer la santé, la richesse, la force et le bonheur.

La date de sa naissance est incertaine, mais on pourrait estimer qu’elle vit le jour vers ~1510.  Durant son enfance, elle fut témoin de la mort de deux de ses frères et de sa  soeur.  Étant fille de roi, elle reçut la même éducation qu’un garçon.  À la mort de son père Thoutmosis Ier (~1520), Hatshepsout, selon la tradition, avait déjà épousé son demi-frère Thoutmosis II qui était alors âgé d’environ 13 ans.  Celui-ci n’aura la chance de gouverner que 16 ans avant que la mort ne le frappe en ~1504. À ce moment, le futur roi, Thoutmosis III, neveu d’Hatshepsout, était encore trop jeune pour régner ; c’est donc Hatshepsout qui prit le pays en charge en tant que régente du prince. 

Mais, à un certain moment de sa régence, Hatshepsout, avec l’appui et l’aide du puissant clergé d’Amon, décida de se couronner elle-même pharaon et d’obtenir les titres dus à une telle fonction. Les raisons de cette décision demeurent inconnues, mais les hypothèses suggèrent qu’elle aurait soudainement senti que son pouvoir lui glisserait entre les mains quand Thoutmosis III aurait atteint l’âge de régner en personne, et qu’elle devrait alors abandonner sa régence.  Une autre hypothèse se rapporte à la nature divine de sa naissance.  Un jour de cérémonie, elle aurait été témoin d’un oracle d’Amon, celui-ci ordonnant la mise d’Hatshepsout sur le trône.  À partir de ce jour, elle revêtit les vêtements et les titres d’un pharaon mâle, représentation d’un Osiris barbu.

On ne connaît pas grand-chose du côté humain de la grande Hatshepsout.  On sait toutefois qu’elle enfanta une fille du nom de Neferure, elle-même revêtant le titre de prince et non de princesse. Hatshepsout confia l’éducation de sa fille unique à un fidèle conseiller et trésorier du nom de Senenmout, ce dernier bien connu pour avoir été désigné architecte du temple de Deir el-Bahari.  Malheureusement, la jeune princesse décéda vers l’âge de 12 ans, de façon inconnue.  Quant à l’amour, certains suggèrent qu’Hatshepsout aurait eu une liaison avec le tuteur de sa fille Senenmout, mais personne ne sait si cette rumeur s’est avérée vraie ou fausse, car on connaît très peu de choses sur la vie privée d’Hatshepsout.

C’est au tout début de son règne qu’Hatshepsout entreprit la construction de deux grands obélisques pour ajouter au grand temple d’Amon à Karnak.  Également, une autre réalisation importante fut la construction de son temple funéraire par l’architecte et meilleur conseiller (certains disent également amant) de la reine, Senenmout à Deir el-Bahari (~1470).  La dernière de ses plus grandes réalisations fut l’expédition entreprise vers ~1481 vers le Pays de Pount, près de l’Éthiopie, duquel elle rapporta de multiples objets de valeur.

Elle décéda après environ 20 ans de règne de paix, d’harmonie et de prospérité.  C’est son neveu Thoutmosis III qui lui succéda et continua de donner à l’Égypte splendeur et magnificence, tout comme tous les autres pharaons du Nouvel Empire.

On ne sait pas trop quelles étaient les perceptions que l’on avait d’une femme pharaon à cette époque.  Toutefois, certains historiens disent que son successeur Thoutmosis III aurait fait effacer le nom et toute représentation graphique de sa tante parce qu’elle était une femme et qu’elle avait osé lui voler sa couronne.  Cependant, cette hypothèse est très controversée et plutôt mal considérée de nos jours.  On peut alors se demander pourquoi elle a passé sa vie déguisée en homme?  Était-ce par stratégie politique pour bien s’assurer le support de l’aristocratie et du clergé?

Bien sûr, son héritage est considérable en matière de monuments historiques, mais elle a laissé bien plus que cela. C’est-à-dire son audace face à son couronnement et à Thoutmosis III tout en étant une femme.  En montant sur le trône, elle nous a laissé bien plus qu’un règne de prospérité; elle nous donne un exemple de la capacité des femmes à prendre leur place dans l’histoire tout comme Élisabeth 1ère, Catherine de Russie ou plus récemment Indira Ghandi en Inde.

Le passé composé, Vol. 1 no1 (avril 2000)

© CVM, 2004