Hippocrate de Cos, père de la médecine

Nicolas Fontaine (Histoire et Civilisation)

On dit de lui qu’il fut l’homme qui a parcouru le plus complètement tout le savoir médical de son époque et qu’il fut également celui qui l’a mise le mieux en pratique. Vingt-quatre siècles après sa mort, il mérite toujours aussi bien le titre qui lui fut donné, c’est à dire celui de “ père de la médecine ”. Hippocrate, ce nom en dit long aux futurs médecins qui doivent prononcer un serment portant son nom avant de se lancer dans la pratique de leur profession. Homme de son époque, les circonstances de sa vie le poussèrent à s’intéresser à la médecine et encore aujourd’hui, nous pouvons constater l’influence qu’il eut sur celle-ci.

L’effervescence intellectuelle et artistique de la Grèce

Originaire de l’île de Cos, en Ionie, Hippocrate fut grandement influencé par la période dans laquelle il est né. Voilà pourquoi, dans un premier temps, nous replacerons l’homme dans son milieu.

Lors de la naissance d’Hippocrate, la Grèce traversait sa période classique (~500-~323).   Cette période était principalement caractérisée par des essors considérables dans les domaines artistique, philosophique et scientifique. De grandes œuvres architecturales furent construites sur l’Acropole d’Athènes (comme le Parthénon : ~447-~438) pour rendre hommage aux dieux du panthéon olympien et le théâtre connut de grands noms tels qu’Eschyle, Sophocle, Euripide et Aristophane. De grands philosophes fondèrent de nouvelles bases d’idées pour la philosophie, tels Socrate avec sa philosophie morale, Platon avec sa Théorie des Idées et La République et Aristote avec sa philosophie du raisonnement. La science connut également des progrès notables en astronomie, en physique et en mathématiques. Grâce au commerce dans les îles, Hippocrate prit connaissance de toute cette montée de rationalité et fut stimulé par celle-ci. L’Athènes de l’époque était gouvernée par Périclès qui raffina considérablement la démocratie permettant ainsi aux citoyens d’être maîtres de leur destin, mais les femmes, les métèques et les esclaves étaient toujours exclus de la vie politique de la cité.

D’autres événements plus malheureux se produisirent à cette époque, tels la guerre du Péloponnèse (~447-~438) et la fameuse pseudo peste d’Athènes en ~430. C’est durant cette période dynamique qu’évolua Hippocrate et dans laquelle s’inscrivirent ses œuvres.

Le médecin Hippocrate

C’est en ~460, à Cos, que naquit Hippocrate. Son père, Héracleidès, faisait partie de la corporation des Asclépiades (prêtres du culte du dieu Asclépios, dieu médecin). Cette implication suppose directement des connaissances médicales élémentaires, dont il fit sûrement part à son fils. Ainsi s’est faite l’éducation d’Hippocrate en médecine ; médecine au sens large du terme car celle-ci  était toujours reliée à une divinité ou à la magie.

C’est d’ailleurs de ces pratiques magiques des devins qu’il voulut s’éloigner. Influencé par la grande période d’effervescence intellectuelle de la Grèce avec ses savants et philosophes qui refusent de considérer certains phénomènes comme étant d’origine divine, Hippocrate élabore les fondements d’une médecine rationnelle. Il se met à la recherche des causes des maladies à l’aide d’observations multiples et recherche l’application de remèdes appropriés.

Ayant une formation en médecine, il voulut en faire profiter d’autres. C’est ainsi qu’il commença à voyager. Il parcourut la Grèce et d’autres régions en dehors de la Grèce en se faisant médecin itinérant. Il fut même pendant un certain temps médecin à la cour du roi de Perse et il mena les derniers jours de sa vie en Thessalie où il mourut en ~377.

À partir de ~430, il écrivit des traités faisant partie du Corpus Hyppocratum. En voici trois qui sont indéniablement de lui : Traité des airs, des eaux et des lieux, Traité du pronostic, Traité des fractures. Selon certaines hypothèses, il aurait aussi mis fin à la “ peste ” à Athènes en ~429. Il fonda également une école de médecine à Cos.

L’apport d’Hippocrate

On ne peut pas dire qu’Hippocrate et les continuateurs de la médecine hippocratique tels Polybe et Alcméon de Crotone fondèrent une véritable science car leur connaissance du corps fut limitée par les a priori culturels et cela eut pour conséquence de limiter la réflexion médicale antique. Elle fut plutôt une première tentative de pratique médicinale qui servit de fondement pour la médecine moderne. Il faut noter que les théories de l’école d’Hippocrate régnèrent sans partage jusqu’à l’aube du XXe siècle.   Cette médecine s’est divisée en deux branches : la chirurgie osseuse et la gynécologie. Elle donna une grande importance à la diététique pour enrayer les maladies. Ce fut Hippocrate qui créa les prognosis et les diagnosis, ancêtres de nos pronostics et diagnostics actuels initiant ainsi l’observation clinique. Il est aussi à l’origine du serment que doivent prêter les médecins avant d’exercer leur art donnant ainsi une certaine responsabilité à ceux-ci.

Hippocrate de Cos nous légua une base de médecine qui fait de lui un grand personnage de l’histoire. Sans ses œuvres, la médecine ne serait pas ce qu’elle est aujourd’hui. Il sut inspirer des siècles de recherches en médecine et plusieurs médecins par son sens de l’éthique dans la pratique médicale. Il reste un immortel de l’histoire.

Le passé composé, vol.1, no1 (avril 2000)

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