Pierre le Grand

Le fondateur de la Russie moderne

Anton Ianovski (Sciences humaines) 

On est en Russie au XVIIe siècle. Une société très conservatrice, basée sur les traditions anciennes, est bien établie. Il n’y a pas eu de réformes depuis longtemps. De sorte que la Russie est refermée sur elle-même et souffre d’un retard considérable sur le reste de l’Europe, autant sur le plan politique qu’économique. C’est la monarchie qui est en place et le pouvoir est entre les mains de la dynastie des Romanov. Les monarques n’ont cependant pas seuls leur mot à dire dans les affaires de l’État. L’église orthodoxe a également des pouvoirs aussi flous qu’étendus. Durant cette période, l’agriculture est la principale activité économique de la Russie, les paysans forment l’immense majorité du pays et sont soumis à des boyards impitoyables.

Pierre 1er de Romanov est né le 30 mai 1672 à Moscou, d’Alexei Mikhailovich, le tsar de Russie, et de sa deuxième épouse Natalia Naryshkina. Le père de Pierre meurt quand il n’a que quatre ans. Le trône est légué au fils du premier mariage d’Alexei, Fedor III, un garçon très malade qui meurt en 1682. À partir de ce moment, Pierre partage le trône avec son demi-frère retardé Ivan V, mais c’est sa demi-sœur Sophia qui détient le vrai pouvoir. Pendant ce temps, Pierre habite en banlieue de Moscou.  C’est là qu’il développe son goût pour la technologie de l’Ouest, telles que l’ingénierie militaire, l’artillerie, la navigation et la construction de navires. Pierre est un vrai géant d’environ deux mètres. En 1689, Sophia tente pourtant de le faire assassiner, mais échoue et est enfermée dans un couvent. Ivan meut pour sa part en 1696 faisant de Pierre le seul tsar de toutes les Russies.

La guerre a occupé une grande partie de son règne. En premier lieu, il veut protéger la frontière du sud contre les Tatars et les Ottomans. En1696, il prend possession du port d’Azov.  Une année plus tard, il part pour l’Europe occidentale à la recherche d’alliés éventuels.  C’est le premier tsar à effectuer un tel voyage.  Il visite Brandebourg, la Hollande, l’Angleterre et Rome. Il revient en Russie avec des centaines de spécialistes européens. Voyant qu’il peut donner à son empire un accès à la mer Baltique, Pierre le Grand signe la paix avec l’Empire ottoman et s’attaque à la Suède. Il est cependant défait par le roi Charles XII qui, heureusement pour Pierre, décide de ne pas contre-attaquer. Ce répit permet au tsar de faire construire une nouvelle  flotte, armée sur le modèle occidental. La deuxième rencontre entre les deux empires sera victorieuse pour la Russie. C’est à ce moment que la guerre éclate de nouveau avec l’Empire ottoman. Finalement, le port d’Azov est retourné aux Ottomans en 1711. La guerre du Nord continue jusqu’à 1721, quand la Suède signe le traité de Nystad qui cède à la Russie ses provinces baltiques : Estonie, Lituanie et Lettonie. Avec ces acquisitions, Pierre est en contact direct avec l’Europe de l’Ouest. Cette même année, il reçoit le titre d’empereur.

L’héritage de Pierre le Grand a été énorme pour la Russie. Il a complètement  réformé ce pays en y apportant des innovations majeures. Il a établi la force navale de la Russie, réorganisé l’armée selon le modèle européen, rationalisé le gouvernement et mobilisé les ressources économiques et humaines de ce pays. Il a mis en place un nouveau système de classement social qui déterminait  le statut de la personne non par sa famille ou son ancienneté, mais plutôt par le service qu’il rendait au tsar. Également, il a créé un sénat pour coordonner la politique du gouvernement. De plus, il a réuni le gouvernement et l’Église en incorporant cette dernière à la structure administrative du pays. Il a aboli le patriarcat, l’équivalent orthodoxe de la papauté, en le remplaçant par un corps collectif. Ce n’est pourtant pas tout.  Pierre a aussi triplé le revenu national à travers une variété de taxes. Il taxe ainsi chaque mâle sauf les membres du clergé et les nobles et a imposé une multitude de taxes indirectes sur l‘alcool, le tabac, le sel et même les barbes. Pour fournir des uniformes et les armes à son armée, Pierre a développé des industries textiles et métallurgiques, utilisant les paysans comme main-d’œuvre. Pierre voulait introduire en Russie des technologies, des institutions et des idées modernes. Il a donc organisé une éducation de style occidental pour tous les nobles et les études de base pour tous les autres. Tout ceci a mené à la fondation en 1725 de l’Académie des Sciences de Moscou.

Ce qu’il voulait, en gros, c’était occidentaliser la Russie.  Il demandait à l’aristocratie d’acquérir les habits, les goûts et les habitudes de l’Ouest.  Le plus bel exemple de “l’occidentophilie” de Pierre fut le déménagement en 1703 de sa capitale de Moscou, une vielle ville asiatique, à Saint-Petersbourg, une ville jeune, esthétiquement plus moderne et, à tous les points de vue, plus près de l’Ouest.

Le passé composé, vol 1, no1 (avril 2000)

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