Spartacus. Un soulèvement d'esclaves peu ordinaire

 Alexandre Lemay (Histoire et Civilisation)

De nos jours, l’esclavage est une activité qui a pratiquement disparu de notre monde occidental. Pourtant, il n’en a pas toujours été ainsi. En effet, les plus grandes civilisations que la terre a vues grandir avaient comme moyen de réussite l’esclavage. Ces esclaves, exécutant les besognes ordinaires, permettaient aux véritables citoyens de s’occuper d’autres choses, dont la guerre, la philosophie, la politique et la science. Cependant, si la vie des maîtres était plutôt agréable, celle des esclaves l’était beaucoup moins. Ce que l’on connaît aujourd’hui sous le  nom des droits de l’homme n’existant pas, à l’époque,  il n’est pas difficile d’imaginer la vie d’un esclave : pensons seulement à notre pire cauchemar! Il n’est donc pas étonnant que ces  civilisations eurent à faire face, à plusieurs reprises, à de nombreux soulèvements de cette masse servile…

Au premier siècle avant notre ère, alors qu’en Asie la culture hellénistique finit de se répandre suite aux conquêtes d’Alexandre, ce qui allait devenir la si grande Rome tremble de l’intérieur, conséquence de guerres intestines. Pourtant, depuis ~509, la République avait conquis de grands territoires : l’Italie péninsulaire, la Sicile et les îles de la Méditerranée, l’Afrique du nord, l’Hispanie et la Gaule, la Syrie et la Judée, l’Asie Mineure ainsi que la Grèce. Suite à ces impressionnantes réussites militaires, le nombre d’esclaves en Italie romaine avait augmenté de manière significative. Seules la discipline et la terreur permettaient de tenir cette vaste population servile. Cependant, cela ne fut pas toujours assez pour contenir les envies de liberté et la frustration des esclaves. En effet, Rome eut à découdre avec plusieurs soulèvements d’esclaves épris, non de gloire, mais de liberté. Parmi les plus importants, notons la révolte de l’esclave Eunous le Syrien, en ~135, qui équipa et arma plusieurs milliers d’esclaves en Sicile. Il fallut trois ans aux Romains pour en finir avec cette véritable petite guerre. Le second soulèvement survenu encore en Sicile et en  Campanie, en ~104 cette fois,  fut levé par deux hommes, Athenion et Salvius, qui réunirent plus de 40 000 parias. Les légionnaires les vainquirent en ~101 et les survivants amusèrent les foules au cirque. La troisième révolte, qui eut lieu en ~73,  est celle qui marqua le plus la société romaine. Pourquoi?  Parce qu’elle était menée par un groupe d’esclaves particulièrement redoutés : les gladiateurs. C’est cette révolte  qui nous intéresse, et ce, plus particulièrement  pour ce qui fit son succès, bien qu’il fut de courte durée. Cette raison, c’est un brillant homme d’exception : Spartacus.

Le personnage

Bien que nous ne sachions que peu de choses sur la vie de Spartacus avant la révolte de 73 avant notre ère, il subsiste encore quelques détail.  Le héros naquit près de Silare, en Thrace, à une date que nous ignorons. De père et de mère inconnus, on ne sait rien de sa jeunesse. Ce que l’on sait cependant, c’est qu’il fut berger en Thrace, terre pauvre et montagneuse qui n’offrait qu’une vie rude aux hommes simples qui y vivaient. Là, on croit aux divinités grecques, dû à la présence de la culture hellénistique. On y pratique l’élevage et l’agriculture malgré la pauvreté des sols rocailleux. On sait aussi qu’il devint soldat auxiliaire dans l’armée romaine. Par la suite, il déserte l’armée mais est capturé puis vendu comme esclave au directeur d’une école de gladiateurs de la ville de Capoue : Lentulus Bentuatus. Là, il deviendra un gladiateur de type mirmillon  (gladiateur armé d’un glaive, d’un bouclier et d’un lourd casque de bronze.) .

Après un combat ad gladium ( homme versus homme ), le bruit court que le public désirerait voir les vainqueurs dans un combat ad bestiarum, c’est- à- dire contre les fauves. Entendant cela, les gladiateurs furent pris d’une violente colère et la nuit même, environ soixante-dix d’entre eux s’évadèrent.  La police de Capoue, envoyée pour rattraper les fuyards, est taillée en pièces par les gladiateurs. À leur tête, deux hommes : Crixus, un Gaulois, et Spartacus, un Thrace. La troupe s’agrandit de jour en jour par la venue de brigands, d’esclaves en fuite et de paysans pauvres, si bien qu’elle compte plus de 300 hommes. Lorsque Spartacus se décide à se diriger vers le Vésuve pour s’y retrancher, sa horde dénombre environ 400 hommes et 100 femmes. Pour contrer ces rebelles, Rome envoie 3 000  légionnaires commandés par le propréteur Clodius Glaber. Son armée est battue ainsi que celle du préteur Varonius. Suite à cela, Spartacus se retrouve avec 40 000 hommes sous sa gouverne en Campanie. L’Italie du sud est complètement mise à sac par la troupe. Notre héros, n’étant pas entièrement en accord avec les agissements de son groupe, croit préférable de franchir les limites du territoire de la République pour permettre à ses protégés de rentrer dans leur pays d’origine. Une discorde survient alors entre Crixus et Spartacus car le premier désire continuer les pillages. La troupe se scinde donc en deux : 10 000 hommes avec Crixus et 40 000 avec Spartacus.

L’année suivante, l’armée du  consul Publicola écrase les imprudents de Crixus. Fier de sa victoire, il décide d’attaquer la troupe de Spartacus. Peine perdue. L’armée est décimée et Spartacus ordonne à 400 soldats faits prisonniers de s’entre-tuer en un gigantesque combat de gladiateurs. Spartacus et sa horde franchissent ensuite le Rubicon ( géographiquement parlant ) mais ils se voient contraints de revenir sur leurs pas, faute de vivres et regagnent la Lucanie. Alors que les murailles de Cilicie tremblent sous les coups des Romains, Rome elle-même tremble devant Spartacus, en marche vers l’Italie péninsulaire.

Cependant, à Rome, un homme à décidé, pour satisfaire ses ambitions politiques, d’en finir avec Spartacus. Marcus Licinius Crassus Dives, richissime préteur, se voit accorder par le sénat  dix légions; cela signifie 50 000 soldats dont 30 000 à ses frais! Il débute l’offensive en ~72 en poussant les insurgés dans l’isthme de Reggio de Calabre où il les isole en élevant une palissade, doublée d’un fossé ( le tout mesurant 55 kilomètres de long). Spartacus tente plusieurs sorties et négociations mais Crassus refuse toujours de lever le blocus. En ~71, Spartacus réussit une percée, mais c’est le début de la fin. En mars, Spartacus trouve la mort au plus fort du combat et sa troupe est écrasée. Crassus fit crucifier les survivants le long de la route de Capoue en guise d’avertissement… 

Pour conclure, il est désolant qu’à cette époque , on réprimait les cris de désespoir lancés par le peuple, car la révolte de Spartacus était bien un appel au secours face aux inégalités de la société romaine. Spartacus est l’un des premiers êtres humains à s’être levé de sa misérable condition pour en revendiquer une plus juste, mais aussi à défendre un concept qui n’existait pas encore : les droits de l’homme. En cela, c’était un grand homme et non pas un vulgaire brigand sans génie comme l’ont décrit certains auteurs. Un homme vaillant, courageux, réfléchi : voilà ce qu’était Spartacus. On a pu voir cette même volonté de s’en sortir et d’aider son prochain chez des gens comme le Mahatma Gandhi et plus près de nous, Nelson Mandela. Il existe aussi des organisations qui perpétuent cette œuvre d’humanisme comme “Amnistie internationale”. Mais il ne faut pas oublier qu’il y a encore aujourd’hui des endroits où l’on bafoue les droits et les vies d’humains comme nous. Les grandes puissances se vantent d’être arrivées au stade de la mondialisation; et pourtant, sont-ils aveugles ces dirigeants qui passent à côté des problèmes sans les voir…?

Le passé composé, vol 1, no1 (avril 2000)

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