Les Croisades

Patrick Ellyson (Histoire et Civilisation)

 

On remarque, de nos jours, de nombreuses tensions entre l’islam et le monde occidental. La montée des mouvements intégristes religieux comme Al-Qaïda démontre chez eux une grande haine pour les Occidentaux. Bien qu’il y ait eu plusieurs événements qui peuvent expliquer ces mouvements au XXe siècle, la raison de cette aversion ne pourrait-elle pas avoir des racines beaucoup plus profondes? Ainsi, en 1095 de notre ère, le pape Urbain ІІ lançait un appel aux chrétiens afin de délivrer la Terre sainte des mains des Infidèles. Un événement aussi important et aussi violent ne peut que créer un différend entre deux civilisations. Nous verrons donc, dans un premier temps, ce que fut la première croisade pour ensuite identifier les causes de cet événement et enfin, constater l’ampleur et les conséquences des croisades.

 

Tout d’abord, les croisades, qui se déroulent de 1096 à 1291, opposent les chrétiens aux musulmans. En effet, c’est le 27 novembre 1095, au concile de Clermont, que le pape Urbain ІІ lance un appel aux chevaliers et aux princes pour reconquérir la Terre sainte et venir en aide aux chrétiens d’Orient menacés. « Dieu le veut », lance-t-il à ses auditeurs en guise de motivation. L’enthousiasme s’empare alors rapidement des fidèles à la suite de la tournée de propagande du pape dans le Midi de la France. Urbain ІІ fixe la date de départ des expéditions au 15 août 1096. Malheureusement pour les chrétiens, le manque d’organisation provoque la mort de milliers de pèlerins. En effet, des milliers de gens laissent tout derrière eux et partent en direction de Constantinople, première étape de la croisade, sans armes ni vivres. Ce premier contingent, qualifié de croisade populaire, se fera massacrer par les Hongrois, et les survivants subiront le même sort, cette fois aux mains des Turcs. C’est ensuite que partiront les quatre principales armées princières : la France du Nord et la Basse-Lorraine sous le commandement de Godefroy de Bouillon, la France du Midi avec le compte de Toulouse et le légat du pape, Adhémar de Monteil, l’Italie méridionale sous la direction du prince normand Bohémond et enfin la France centrale avec Étienne de Blois et Robert de Normandie. Ces quatre armées prennent des chemins différents pour se rencontrer à Constantinople, où elles vont signer à contrecoeur avec l’empereur Alexis Comnène un traité qui stipule la restitution à l’Empire byzantin des villes reprises aux Infidèles en échange de sa participation et de son aide au ravitaillement. Les Croisés s’emparent alors de Nicée, de Dorylée et d’Édesse(1097) pour parvenir à Antioche, dernière place forte avant Jérusalem, qu’ils assiégeront pendant plus de neuf mois dans des conditions exécrables. C’est alors que l’empereur Alexis se retire et fait demi-tour. Les chrétiens parviennent enfin à prendre Antioche avec, d’après les chroniqueurs, « l’aide de Dieu qui envoie des guerriers célestes aux premiers rangs de la bataille ».  Les visions semblent avoir eu un rôle important dans les Croisades en donnant espoir et confiance aux combattants chrétiens.  Suite à la prise d’Antioche, plusieurs princes chrétiens décident de ne pas restituer les terres en raison de la défection de l’empereur Alexis. On voit donc apparaître certaines rivalités entre les princes, lesquels s’éloignent quelque peu de leur objectif premier : la prise de Jérusalem. Les chevaliers et le peuple se remettent toutefois en marche pour reconquérir la ville sainte. Le 15 juillet 1099, Jérusalem est assiégée par les chrétiens qui envahissent la ville et massacrent les habitants. La première croisade se termine enfin le 12 août 1099, avec la bataille d’Ascalon. Les chrétiens éliminent une immense armée égyptienne venue au secours de Jérusalem. Ils retournent alors à la ville sainte où ils peuvent, sans danger, accomplir leur pèlerinage.  La plupart des gens  retourneront ensuite chez eux laissant une petite armée aidée de contingents venus par la mer pour défendre Jérusalem et les nouveaux États latins. 

 

Nous verrons maintenant que plusieurs causes sont à l’origine du lancement de la première croisade.  L’idée du pape Urbain ІІ n’était pas sans précédent; le pape Grégoire VII avait monté, en 1074, un projet visant à reconquérir les terres chrétiennes. Les récits de témoins racontent les malheurs subis par les chrétiens à la merci des musulmans en terres chrétiennes : atrocités commises sur les prêtres et les pèlerins, églises transformées en mosquées, Lieux saints profanés, etc. Les Turcs commençaient à gagner beaucoup de terrain et s’approchaient dangereusement de Constantinople. Le but des croisades était donc essentiellement de porter secours aux chrétiens d’Orient et de reconquérir la Terre sainte. Mais pourquoi une si grande participation du peuple et des chevaliers? La promesse de salut faite par l’Église y est pour beaucoup. Les chevaliers pouvaient se faire pardonner d’avoir fait couler le sang des chrétiens en se  tournant vers une noble cause  qui leur permettait de plaire à Dieu. L’appel d’Urbain ІІ, principalement lancé aux princes, aux seigneurs et aux chevaliers, n’était pas seulement fait pour reconquérir Jérusalem; il visait également à empêcher les seigneurs et chevaliers de se combattre entre eux en les invitant à se tourner vers des ennemis musulmans : les Infidèles. On veut repousser la guerre hors de l’Occident qui est soumis aux nombreuses querelles entre seigneurs. Aux yeux de l’Église, la guerre contre les hérétiques n’est pas simplement une guerre juste, mais une guerre sainte, une action sacrée récompensée par Dieu lui-même. C’est pourquoi des milliers de fidèles joignent les rangs de l’armée chrétienne afin d’effectuer le pèlerinage sacré qui leur permettra d’expier leurs fautes. En cette période de domination du christianisme en Occident, la peur de ne pas accéder au Royaume de Dieu est grande, et l’on n’hésite pas à suivre les recommandations de l’Église.

 

Enfin, voyons les conséquences engendrées par l’appel du pape Urbain ІІ  à la première croisade. À la suite de la prise de Jérusalem, on verra naître sept autres croisades qui se succéderont jusqu’en 1291. À court et moyen terme, on constate, entre 1099 et 1489, la création de nouveaux États latins d’Orient couvrant une grande partie de la côte asiatique. On retrouve alors le comté d’Édesse (1098-1146), la principauté d’Antioche (1098-1268), le royaume de Jérusalem (1099-1229), le comté de Tripoli (1102-1288), le royaume de Petite-Arménie (1138-1375), et le royaume de Chypre (1192-1489). En Occident, les Croisades apparaissent comme un mouvement de paix, car elles ont permis une baisse importante des tensions entre princes, seigneurs et barons, en attirant leur attention ailleurs.  C’est avec la première croisade que les premiers grands pogroms d’Occident  font leur apparition avec quelques fanatiques comme Emich de Leiningen, Volkmar et Gottschalk. On incite alors les juifs à se convertir ou à mourir.  À long terme, on remarque d’importantes tensions entre l’Occident et le monde musulman; ce qui donne souvent lieu à l’incompréhension et aux différends entre ces deux cultures. On constate donc l’immense ampleur de la première croisade.

 

En conclusion, l’importance de la première croisade sur l’Occident est capitale. Il en résulte un important différend qui subsiste depuis trop longtemps. La question de la possession de la Terre sainte est encore aujourd’hui, plus de dix siècles après la première croisade, au centre de l’actualité avec le conflit israélo-palestinien. L’ethnocentrisme, qui se retrouve au cœur des Croisades, influence encore et toujours notre civilisation occidentale.

 

Le Passé composé

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