L’ascension tumultueuse du Parti Communiste Chinois (1915-1949)

Guillaume Dumais (Histoire et Civilisation) 

“Ce qui est profitable à une nation ce ne sont pas les richesses, c’est la justice. ”

Confucius 

                                                                                                        “Longtemps retenue à l’écart du monde occidental autant par ses préjugés traditionnels que par son éloignement, la Chine a abordé l’ère moderne avec le XXe siècle”

Jacques Guillermaz, La Chine populaire

 

Le mode de gestion de la Chine actuelle prend racine dans plusieurs courants de pensée se développant à la fin du siècle dernier et au commencement de celui que nous achevons. En effet, ce pays, perdant son côté autarcique doublement millénaire, laisse place à l’apparition de mouvements idéologiques importants pour son sort futur. Le communisme est une des réponses à la crise sociale, de cette époque, apportées au peuple majoritairement constitué de paysans. Nous verrons, dans ce texte, le déroulement de l’évolution du Parti Communiste Chinois (P.C.C.) jusqu’à la proclamation de la République Populaire chinoise (1949).

Vers 1915, Ch’en Tu-hsiu, un professeur de lettre à l’Université de Pékin qui s’était initié au monde occidental lors de ses voyages au Japon et en France, fonde la revue Jeunesse nouvelle  afin de rénover la langue et la pensée chinoises. C’est cette revue qui rassemblera les premiers intellectuels (Ch’en Tu-hsiu, Li Ta-chao et certains collaborateurs de la revue) qui formeront un nouveau parti révolutionnaire : le PCC. Ce tout jeune parti et cette revue “incarnèrent la conscience nationale”. Ces intellectuels accusent la Chine de retard technique, de manque de modernité, de grandes divisions internes et d’avoir une mauvaise réputation internationale. Au printemps 1918, Li Ta-chao, Chang Kuo-tâo, Mao Tsé-tong et d’autres communistes fondent la “Société pour l’étude du marxisme”. Si les idées communistes arrivent tardivement en Chine c’est que le peuple a la certitude que les théories marxistes ne sont applicables qu’en pays capitalistes industrialisés.

Deux événements majeurs viennent favoriser la diffusion de l’idéologie communiste. Tout d’abord, “le mouvement du 4 mai” (1919), vague de protestations étudiantes en réaction à la “Conférence de Paix” suivant la Première Guerre mondiale qui transfère au Japon les privilèges allemands dans la province de Shanting. Puis, la Révolution d’octobre (1917) accompagnée de la déclaration de Tchitchérine (4 juillet 1918) proclamant le renoncement aux droits particuliers, en Chine, acquis par les tsaristes déchus amènent de nombreux Chinois à admirer le système russe. “La révolution russe [ ...] sembla [ ...] apporter la solution de problèmes analogues à ceux qui se posaient en Chine : féodalisme des généraux, oppression des propriétaires fonciers, émancipation des masses populaires courbées sous le conservatisme et l’ignorance, développement d’une économie moderne”.

Le 1er juillet 1921, dans une concession française de Shanghai, douze membres forment le 1er congrès du PCC organisé par Gregori Voitinsky, délégué du Komintern. Ensuite, plusieurs intellectuels chinois revenant de l’extérieur se lient au parti. En juin 1923, le PCC et ses 300 membres se regroupent pour leur 3e congrès où on acceptera l’alliance, sous réserve (indépendance politique et organisationnelle), avec le Guomindang qui recherche la cohésion dans son parti et l’aide matérielle extérieure (URSS).  Ce sont les Bolcheviks qui montrèrent à Sun Yat-Sen [leader du Guomindang] comment on transforme une idée en révolution. Li Ta-chao, Mao Tsé-tong et plusieurs autres membres du parti communiste occupèrent des postes importants dans l’administration du Guomindang qui devint avec cette fusion un appareil révolutionnaire puissant et discipliné. L’Académie de Whampoa servit à former, avec une part d’instruction et d’équipements soviétiques, une armée révolutionnaire relativement puissante.

De plus, le 30 mai, à Shanghai et le 23 juin 1925 à Canton, l’armée anglaise ouvre le feu sur la foule ce qui attire les masses vers les mouvements révolutionnaires. Pensons par exemple à “l’Expédition du Nord”, sept armées révolutionnaires qui tentent de monter dans les villes et les campagnes du Nord de la Chine, qui remportent un grand succès au niveau militaire et propagandiste. Plusieurs villes sont conquises et les révolutionnaires établissent un gouvernement national à Hankéou. Borodine, conseiller de ce gouvernement, permet à la population de s’accaparer des concessions anglaises et laisse le PCC organiser les masses, les grèves et l’élimination des propriétaires fonciers. C’est le commencement des dissensions entre les modérés du Guomindang (avec à leur tête Tchiang Kai-shek) et les communistes. Le PCC, en 1927, a atteint 57 900 membres. La même année, Tchiang Kai-shek fait massacrer les syndicats communistes armés de Shanghai (12 avril) et installe un gouvernement nationaliste rival à Nankin (18 avril) qui aura comme allié les provinces du Nord-Ouest dirigé par le général Feng Yü-hsiang. Le 1er août 1927, le soulèvement des garnisons communistes, formés à partir du mouvement paysan principalement, marquent la fondation de l’armée de Libération Populaire.

Suit une période où le PCC doit lutter pour sa survie (1927-1937). En effet, les communistes vont avoir à se défendre contre une multitude d’agressions après la réconciliation des deux gouvernements nationalistes (Hankéou et Nankin). Le 1er août 1927, après l’insurrection à Nanchang, le PCC renoncera au prolétariat et deviendra un mouvement nationaliste, démocratique et agraire : “il est impérieux pour vous d’appliquer la théorie communiste en tenant compte du fait que la paysannerie est la classe essentielle dans la masse”. Trois principaux points ou événements leur assureront la continuation de l’appui populaire : ils demandent la révolte contre l’envahisseur japonais, ils exigent la réforme agraire alors que la Longue marche (90 000 communistes partent ; 15 000 arrivent) informera les paysans reculés.

Durant la guerre sino-japonaise(1937 à 1945), l’armée communiste ne cessera de prendre de l’expansion et le Guomindang s’effritera. Les bataillons communistes deviennent essentiels pour contrer l’envahisseur. En 1937, l’Armée de Libération Populaire compte un million de membres; en avril 1945, on estime le nombre de communistes à 95 500 000. Après la guerre contre les Japonais, on entre dans une troisième guerre civile ; le Guomindang, qu’on accuse de libéralisme et qui est aidé par les Américains, affrontera, encore, le PCC, fortement appuyé par les masses paysannes et dont la propagande est très efficace. Plusieurs conflits armés éclateront en Chine (notamment en Mandchourie). Finalement, cette guerre civile s’achèvera par la prise totale de Pékin par l’Armée de Libération Populaire et la proclamation de la République populaire chinoise sur la place Tian’an men par Mao Tsé-tong.

Pour conclure, il est important de mentionner que le PCC a eu une influence terrible sur le développement de ce pays extrêmement populeux et sur les idéologies orientales mais, aussi, occidentales. Ce parti a su amener des réflexions politiques et idéologiques dans la tête d’un peu plus d’un milliard de citoyens chinois et il a réussi à inculquer à son peuple les idées modernes. Son ascension fut d’une vitesse fulgurante et démesurée ; ce qui est de quoi faire trembler les gouvernements les mieux établis. Peut-être était-ce le premier vrai parti paysan!

Le passé composé, Vol.1, no2 (avril 2000)

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