Les Salons littéraires
par Jany Boulanger, Cégep du Vieux Montréal.
À la mort de Louis XIV, Versailles, qui fut longtemps le théâtre des plaisirs et le haut lieu de la pensée et de la culture, cède le pas à Paris qui deviendra rapidement le centre de diffusion des Lumières. Là se déploie dorénavant la vie mondaine où l'on aime discuter et débattre des idées souvent défendues dans des ouvrages dont les
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invités des salons seront les premiers critiques. Ces salons, lieux de rencontre de l’élite intellectuelle, seront très courus selon la spécialité à l’honneur — poésie, jeux d’esprit, philosophie, etc. — mais aussi selon l’hôtesse : par exemple, chez Madame Geoffrin, on ne reçoit que des célébrités littéraires et philosophiques, telles que Diderot, Marivaux, Grimm, Helvétius… qui, tous, jouiront de son généreux mécénat1 sans le moindre scrupule. D’ailleurs, l’Encyclopédie n’a-t-elle pas elle-même profité des subventions de cette riche bourgeoise? Parmi les savants qui fréquentent ces creusets de civilisation, on retrouve en effet des femmes qui échangent en toute liberté et en toute égalité des idées révolutionnaires qui visent à mettre fin à l’obscurantisme ambiant. Souvent, celles-ci se plairont à organiser et à animer des joutes2 intellectuelles où l’on rejette toute explication théologique pour mieux nourrir une foi aveugle en la raison humaine. En fait, le véritable objet de ces rencontres est de trouver les moyens de contribuer au bonheur de l’homme, directement tributaire, croit-on, du progrès et du nouvel humanisme naissant. À bas le despotisme! À bas l’intolérance! Vive la liberté de pensée et d’expression! On sait aujourd’hui que les salons ont préparé le terreau de la Révolution française par leur influence certaine sur l’opinion publique : même les ministres écoutaient les discours éclairés des philosophes sur la politique et la culture! Les cafés, qui prolifèrent alors dans la capitale, serviront aussi de tribune à tous ces passionnés des idées. Le café Procope, par exemple, accueillera autant les beaux esprits que les hommes de la rue : Voltaire y est connu pour avoir bu d’innombrables cafés à chacune de ses visites et on raconte même que l’idée de l’Encyclopédie y serait née lors d’un orageux débat entre les philosophes Diderot et D’Alembert! Les cafés succéderont à la gloire et à la popularité des salons vers la fin du XIXe siècle et deviendront officiellement le rendez-vous des élites tant artistique qu’intellectuelle.
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Le
Café Procope a la réputation d’être le plus vieux café de Paris et… du
monde entier! Fondé en 1686 à l’ombre de l’ancienne institution théâtrale,
la Comédie française, il a offert pendant des siècles les meilleurs
boissons et sorbets en ville : on raconte qu’à la veille de la Révolution
française, on pouvait trouver au menu plus de 80 sortes de glaces!
Mais ce qu’on retiendra surtout de cet établissement historique est
la fréquentation des grands génies de tous les temps : La Fontaine,
Molière, Voltaire, Rousseau, Diderot, Balzac, Danton et Robespierre… ne
sont quelque quelques exemples d’hommes illustres qui hantent encore les
lieux. Si on regarde bien, on peut
même y apercevoir Benjamin Franklin appliqué à l’écriture de la
constitution américaine! Encore
aujourd’hui, les nostalgiques peuvent aller s’asseoir à la table de
Voltaire pour y entendre, au milieu du choc des verres et des éclats de
rire, le murmure des fantômes du passé…
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