La communication médiatique
par Charles de Mestral, Cégep du Vieux Montréal.
La notion de la communication renvoie à plusieurs sens différents, même contradictoires. Elle suggère, en premier lieu, le dialogue entre deux ou plusieurs interlocuteurs. Par contre, dans la communication médiatique, cet aspect s'avère problématique: les consommateurs des marchés de masse étant de plus en plus impuissants devant le flot d'idées et d'images.1
Dominique Wolton souligne (dans Penser la Communication, Flammarion, 1997) l'ambiguïté fondamentale de la notion de la communication. Il en énumère deux dimensions ou sources, celle de la « communication normative » et celle de la « communication fonctionnelle ». La première implique « l'idéal de communication, c'est-à-dire la volonté d'échanger quelque chose en commun et se comprendre. » (p. 17.) Elle renvoie à un idéal commun de compréhension mutuelle à travers des « règles, codes et symboles » communs. Par contre, la communication fonctionnelle renvoie aux « besoins de communication des économies et des sociétés ouvertes, tant pour les échanges de biens et services que pour les flux économiques, financiers ou administratifs » et ce « non dans une perspective d'intercompréhension ou d'intersubjectivité, mais plutôt dans celle d'une efficacité liée aux nécessités ou aux intérêts ». (p. 17)
Selon Wolton, il est trop simple de limiter le premier sens du mot aux relations entre individus et le second au niveau social. Depuis des siècles, l'idéal de la modernité propose une société égalitaire où l'individu est doté de sa valeur et de son autonomie propres. Nous ne vivons pas la communication selon n'importe quel modèle, mais selon ce modèle de liberté et d'égalité où la communication est un besoin et un droit. Cependant, les nouveaux moyens de communication ont multiplié et élargi les contextes de la communication de façon spectaculaire, notamment en permettant la communication à distance à tel point que l'on a proposé la notion de « village global ».
Cette évolution a engendré une transformation radicale de la société qui intègre et exploite ces nouveaux médias au point qu'ils en sont devenus des nécessités socio-économiques incontournables. Le danger est alors celui de l'effacement du normatif sous le flot du fonctionnel relié « aux nécessités ou aux intérêts ». On parle de « communication » dans bien des contextes, mais souvent, on ne parle pas de la même chose. Voilà l'enjeu: défendre la liberté et l'égalité en profitant des médias plutôt que d'y être soumis.
© CVM, 2004
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1. Voir l'article : Les médias.