Le langage audiovisuel
par Charles de Mestral, cégep du Vieux Montréal.
Il s'agit du langage médiatique1 le plus original et puissant, qui a traversé le XXe siècle de ses débuts au cinéma jusqu'à ses formes diversifiées vidéographiques et internétiques contemporaines. C'est le domaine d'une synthèse originale et évolutive d'éléments nouveaux et anciens. Sa pratique engage la totalité de la culture de l'individu.
Le processus de la scénarisation, aboutissant au scénarimage (scénario imagée) et au plan de production, nécessite la définition de tous les éléments narratifs, visuels et sonores, ce langage étant proprement multisensoriel.2 La simple énumération des éléments impliqués, sémantiques et syntaxiques, permet de constater l'ampleur de la synthèse et de l'adaptation culturelles qui s'y déploient. Tous ces éléments sont tributaires de traditions culturelles plus ou moins anciennes.
Dans la narration d'une fiction, laissant de côté les techniques documentaires pour le moment, il faut situer deux éléments, les personnages et leurs actions motivées, sans lesquels il n'y aurait pas de film, du moins pas d'un genre familier. Leur combinaison dans une logique dramatique dynamique implique exposition, déclencheur, développement structuré, culmination et dénouement. Cet aspect est tributaire des traditions littéraire, théâtrale et opératique adaptées au format cinématographique et, éventuellement, télévisuel.
Les éléments visuels sémantiques comprennent les plans, les angles et mouvements de caméra, les cadrages de l'image. Par exemple, un film comme Rêves d'Akiro Kurosawa réfère explicitement à des tableaux de Van Gogh, mais d'autres aspects de l'œuvre du même réalisateur témoignent de son appartenance à la tradition visuelle et théâtrale japonaise. Des éléments d'analyse d'images tels que le cadrage, l'éclairage, l'équilibre des masses visuelles, les lois de la perspective, inscrivent le langage audiovisuel dans ces traditions.
L'enchaînement des plans en séquences est un procédé technique maintenant consacré et précisé par plus d'un siècle de pratique. Par exemple, des liaisons de plans par les regards, les actions, les entrées et les sorties font partie de la syntaxe audiovisuelle familière. Des techniques d'ellipse temporelle sont comprises sans difficulté par un public initié.
Au plan sonore, on traite les voix, les bruits ou les effets et les ambiances sonores, ainsi que la musique, généralement très présente. Au plan sonore syntaxique, mentionnons les fonctions essentielles de ponctuation, d'illustration et de liaison remplies par des éléments sonores.3 Si on accepte bien que le narratif et le visuel encadrent les fonctions des éléments sonores, ces éléments n'en sont pas moins essentiels et déterminants dans l'efficacité de la communication audiovisuelle. Les cinéastes américains, dont plusieurs d'origine européenne aux débuts du cinéma, ont littéralement pillé la tradition orchestrale et opératique d'éléments structurels musicaux familiers afin de marquer le rythme et l'ambiance émotive. La présence de ces fonctions musicales est devenu un lieu commun omniprésent de la tradition du cinéma.4
Le langage audiovisuel se multiplie dans de multiples variantes. Le cadre physique de la télévision ainsi que les genres diversifiés que l'on y pratique, produisent une série diversifiée de variantes et d'adaptations des formes cinématographiques. L'importance primordiale de la télévision en a fait le modèle culturel dominant qui s'impose partout, des journaux aux spectacles et aux valeurs communes. Si l'Administration américaine a pu avoir l'assentiment de la majorité des Américains pour sa deuxième guerre en Irak, c'est grâce à la puissance du langage audiovisuel qui constitue le plus formidable langage médiatique du vingtième siècle et le plus puissant outil de communication, pour le bien ou pour le mal. La jeune Leni Riefenstahl en a révélé toute la force dans le film qu'elle a regretté avoir réalisé, Le triomphe de la volonté (Triumph des Willens, 1935).
© CVM, 2004
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1. Voir l'article : Les langages médiatiques.
2. Voir l'article : La scénarisation du court métrage-fiction. (À paraître sous peu.)
3. Voir l'article : Le champ sonore cinématographique: l'acteur invisible.
4. Voir l'article : La musique du cinéma américain.