La musique au cinéma: la voix de l'inconscient
par Charles de Mestral, Cégep du Vieux Montréal.
La musique de cinéma est un cas spécial de la bande sonore cinématographique qui comporte voix, effets sonores et musique. Il s'agit peut-être de l'élément le plus important des trois, du moins elle a souvent été traitée comme telle. Étonnamment, cette importance remonte probablement à l'époque du cinéma dit muet, souvent accompagné de musique en direct dans la salle, cette ambiance étant familière au public par les spectacles de variétés, de comédie musicale ou d'opéra.
On distingue plusieurs niveaux de cette influence. L'explication la plus fréquente et la plus simple, sinon simpliste, s'énonce en termes d’éléments signifiants codés : par exemple, de la musique chinoise situe des plans en Chine. Au plan émotif, ensuite, des théoriciens pressés et même de grands cinéastes prônent l'usage automatique de musique agitée, paniquée, rapide, lente, romantique, en soulignant le sens et le rythme évidents de la trame visuelle. Sur ce plan, il n'y a pourtant pas de raison absolue qui empêche d'associer une musique lente ou même le silence, à une action visuelle agitée. D'ailleurs, à moins de se limiter à une écoute purement causale ou sémantique, n'importe quel son pourrait accompagner n'importe quelle image.
En fait, l'explication du choix de la musique par association de signifiants simples ne rend pas compte de la force émotive essentielle ni de la musique cinématographique ni de l'ambiance sonore en général. La musique constitue de toute évidence un élément dont l'influence est directe et profonde, d'autant plus qu'elle passe inaperçue la plupart du temps. Si on se met à remarquer la musique, la magie cinématographique est brisée. Généralement la musique ne fait pas partie du souvenir d'une scène puissante, mis à part les mélodies thématiques de certains films à grande diffusion. On conclut que cette invisibilité de la musique est un indice important du mécanisme de son influence.
La fonction musicale s'exerce à un niveau largement inconscient. On pourrait distinguer deux niveaux ici : les ambiances associées au plaisir et ceux qui sont associées au déplaisir. Premièrement, le cinéma crée une ambiance de complicité émotive où le spectateur est bercé par des images sans doute associées aux plaisirs primaires, aux rêves éveillés ou à l'état de demi-sommeil.
À un niveau plus profond, on peut supposer que la musique rejoint certains éléments de l'esprit inconscient, souvent définis comme associés aux expériences douloureuses du contenu inconscient refoulé. À ce moment-là, la musique touche une corde sensible, l'inconscience et l'oubli de cette influence étant tout à fait prévisibles et explicables comme le résultat de l'intervention de mécanismes de défense, d'autant plus que le film nous rejoint au plus profond.1
© CVM, 2004
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1 Pour une analyse complexe des mécanismes de l'influence de la musique au cinéma fondée sur la théorie psychanalytique de Jacques Lacan, voir: Robert Spande, The Three Regimes: A Theory of Film Music (texte en anglais).