Le professeur Guillaume - 12

L'Apologie de Socrate

par Jean Laberge, du cégep du Vieux Montréal

 

Pour clore ce cours, je vous propose la lecture d'un extrait de l'Apologie de Socrate. Dans ce texte, Platon reconstitue la plaidoirie que Socrate présenta pour sa défense à son procès. Platon écrit comme quelqu'un qui, parce qu'il a assisté au procès (Apologie 34a et 38b) a eu directement accès aux événements qu'il relate. Diogène Laërce rapporte que pendant le procès de Socrate Platon aurait monté à la tribune pour dire: "Bien que je sois le plus jeune, citoyens d'Athènes, de ceux qui sont montés à la tribune...", mais les juges lui interdirent de prendre la parole. Et, en raison de sa grande amitié avec Socrate, il a dû écouter avec beaucoup d'attention chacun des mots prononcés par Socrate. Ce procès a sans doute eu un retentissement considérable. Sur ce point, on pourrait le comparer au récent procès d'O. J. Simpson. Le jury ne comptait pas moins de cinq cent un Athéniens; l'audience devait compter bien davantage... Si l'intention de Platon en rédigeant par la suite, quelques années plus tard, l'Apologie de Socrate, était bien de disculper son ami des accusations portées contre lui, il va de soi que Platon devait tenir compte qu'un très grand d'Athéniens avaient entendu la plaidoirie de Socrate. En d'autres termes, Platon ne pouvait pas "broder" comme il le voulait le discours de Socrate, sous peine de ne pas être crédible aux yeux de ses lecteurs Athéniens. C'est là, selon moi, un argument qui plaide en faveur de l'authenticité des propos tenus par Socrate dans l'Apologie et également dans les autres dialogues de la première série.

Pour conclure ce cours, prenez connaissance de cet extrait de l'Apologie.

Extrait de l'Apologie de Socrate

SHILAN - Socrate était quelqu'un de vraiment spécial. Passait-il réellement ses journées à ne rien faire? De quoi vivait-il? Avait-il une femme et des enfants?

GUILLAUME - Si. Il avait une femme du nom de Xanthippe. La tradition la présente comme acariâtre. Il semble même que c'est parce que Socrate a pu vivre avec sa femme que l'oracle de Delphes déclara qu'il était l'homme le plus sage... D'autre part, comme le rapporte Platon dans l'extrait de l'Apologie que vous avez lu, Socrate était très pauvre; il ne travaillait pas. Il disait que tout le monde vivait pour manger, mais que lui mangeait pour vivre... Il se vouait entièrement à ce qu'il appelait le "service divin", c'est-à-dire à la philosophie.

ARSENE-LOUIS - On dirait un apôtre prêchant la Bonne Nouvelle de Jésus!

GUILLAUME - Oui et non. Oui, car il y a d'autres passages de l'Apologie qui ont les mêmes accents "évangéliques". Par exemple, à chacun qu'il rencontrait, Socrate l'exhortait à la philosophie en ces termes: "Comment toi, excellent homme, qui est Athénien et citoyen de la plus grande cité du monde et de la plus renommée pour sa sagesse et sa puissance, comment ne rougis-tu pas de mettre tes soins à amasser le plus d'argent possible et à rechercher la réputation et les honneurs, tandis que de ta raison, de la vérité, de ton âme qu'il faudrait perfectionner sans cesse, tu ne daignes pas en prendre aucun soin ni souci?" (Platon, Apologie de Socrate, p. 41). Ne croirait-on pas entendre les évangiles où il est dit: "À quoi te sert-il de gagner le monde si tu perds ton âme? "?

D'autre part, Socrate n'était certainement pas chrétien pour la bonne et simple raison qu'il a vécu environ quatre cents ans avant Jésus! Par ailleurs, dans l'Apologie de Socrate du moins, Socrate ne sait pas s'il existe une vie après la mort, bien qu'il croit en l'existence de l'âme. Il est donc bien loin de croire en la résurrection des morts qui est la croyance centrale des chrétiens. La seule chose qui ait de l'importance dans cette vie aux yeux de Socrate c'est le perfectionnement de l'âme; selon lui, c'est à cette seule condition qu'on peut parvenir au bonheur. Tous, sans exception, citoyen ou étranger, homme ou femme, la perfection de l'âme doit avoir le pas sur tout autre sujet de préoccupation: l'argent, pouvoir, prestige social, etc. Vous pouvez faire faillite, perdre votre famille ou vos amis, mais, selon Socrate, ce n'est rien comparé à mener une vie injuste. Si tu veux être heureux soit juste, dit Socrate. Mais qu'est-ce que la justice? Aux yeux de Socrate, il paraît impossible d'être juste sans savoir ce qu'est la justice.

© CVM, 1997