Les présocratiques (extraits)

 

Xénophane

Les dieux sont accusés par Homère et Hésiode
De tout ce qui chez nous est honteux et blâmable:
On les voit s'adonner au vol, à l'adultère
Et se livrer entre eux au mensonge trompeur.

(Sextus Empiricus, Contre les mathématiciens, IX, 193)

Cependant si les boeufs, les chevaux et les lions
Avaient aussi des mains, et si avec ces mains
Ils savaient dessiner, et savaient modeler
Les oeuvres qu'avec art, seuls les hommes façonnent,
Les chevaux forgeraient des dieux chevalins,
Et les boeufs donneraient aux dieux forme bovine:
Chacun dessinerait pour son dieu l'apparence
Imitant la démarche et le corps de chacun.

(Clément d'Alexandrie, Stromates, V, 110)

Ce que l'on nomme Iris n'est de par sa nature
Qu'un nuage qui paraît violet, écarlate
Et vert pâle à nos yeux.

(Scolie à l'Illiade, XI, v27)

 

Héraclite

9- Les contraires s'accordent, la discordance crée la plus belle harmonie: le devenir tout entier est une lutte.

46- Il n'existe qu'une seule sagesse: connaître la Pensée qui pilote toutes choses à travers tout.

55 - Nous entrons et nous n'entrons pas dans les mêmes fleuves, nous sommes et ne sommes pas.

58- Le monde est une harmonie de tensions tour à tour tendues et détendues, comme celle de la lyre et de l'arc.

100- C'est même chose que vie et mort, veille et sommeil, jeunesse et vieillesse: ce sont mutuelles métamorphoses.

127- La pensée (logos) est universelle.

130- La connaissance de soi-même et la sagesse sont permises à tous les hommes.

(Fragments d'Héraclite)

Réfléchir: très haute vertu.

Et sagesse: dire la vérité et agir selon la nature

en le sachant.

Penser est commun à tous.

Ceux qui parlent avec intelligence

il faut qu'ils s'appuient sur ce qui est commun à tous.

Stobée, Florilège, III,I, 178-179

Héraclite, parce qu'il croyait encore que l'homme dispose de deux organes pour la connaissance de la vérité, à savoir la sensation et la raison, estimait, commes les philosophes de la nature (...) que de ces deux organes, la sensation est indigne de créance, tandis qu'il posait la raison comme critère. (...) il affirme que la raison est le critère de la vérité: non pas cependant n'importe quelle raison, mais la raison commune et divine. Qu'est cette raison? (...) ce philosophe de la nature se plaît à dire que ce qui nous enveloppe est rationnel et doué d'intelligence.

(Sextus Empiricus, Contre les mathématiciens, VII, 126-127)

Il faut connaître
que le conflit est commun ou universel
que la discorde est le droit
et que toutes choses naissent et meurent selon discorde et nécessité.

(Origène, Contre Celse, VI, 42)

 

Parménide

4- Allons, je vais parler et toi recueille mes paroles.
Deux voies seules s'ouvrent à la quête de ta connaissance:
l'une affirme: il est et il est impossible qu'il ne soit pas.
C'est le chemin de la certitude, la Vérité l'accompagne.
L'autre affirme: il n'est pas et il est nécessaire qu'il ne soit pas.
Route, sentier plutôt, te dis-je, où il n'y a que mensonge.
Car l'esprit ne saurait concevoirle non-étant qui ne peut s'accomplir,
ni les mots l'exprimer.
 
8- Jamais ferme conviction n'acceptera que du non-étant
naisse quelque chose s'ajoutrant à lui.
Aussi Dikê sans relâcher ses chaînes,
ne le laisse-t-elle ni venir à l'existence, ni périr.
Elle le maintient.
L'alternative alors qui se pose à l'esprit est celle-ci:
il est ou il n'est pas.
Il est donc décidé, comme c'est nécessaire,
d'abandonner l'une des routes, impensable, innomable,
car elle n'est pas la vraie cette route!
Si bien qu'on garde l'autre en sa durable et réelle présence.
 
14- Il n'est rien, et jamais rien ne sera
d'autre que l'étant et rien d'extérieur à lui: le Destin
l'enchaîna, continu, pour qu'il soit immuable.
Alors ce ne sera qu'un nom tout ce que les mortels ont nommé, le croyant vrai:
naissance et mort, être ou n'être pas
déplacement ou altération des brillantes couleurs.

(Parménide, De la Vérité)

C'est pourquoi aussi Timon dit de lui:

La force du génial et entier Parménide
Qui, au lieu des erreurs de l'imagination,
Substitua la raison.

(Diogène Laërce, Vies, IX, 21-23)

Aristote critique les disciples de Parménide parce qu'ils estimaient qu'il ne faut pas du tout tenir compte de l'évidence des réalités sensibles et, au contraire, ne prendre pour guide que l'exigence de la raison.

(Jean Philopon, Commentaire sur De la génération et de la corruption d'Aristote, 157,27)

Si l'on désire entendre Parménide énoncer lui-même ses prémisses, et en particulier celle qui énonce qu'outre l'être, il n'y a que le non-être et le néant, ce qui revient à dire que l'être se dit d'une manière univoque, on en trouvera l'expression dans ces vers:

La première, à savoir qu'il est (...)
Et reste inexprimable.

(Simplicius, Commentaire sur la Physique d'Aristote, 116,25)

 

Pythagore

Selon la tradition, les sciences que les pythagoriciens honoraient le plus étaient la musique, la médecine et la divination. C'étaient des gens silentieux et toujours prêts à écouter les autres, au point que savoir écouter était pour eux un motif d'éloge.

(Jamblique, Vie pythagorique, 163-166)

Après eux vient Pythagore qui a donné à la philosophie géométrique la forme d'une culture libérale, en reprenant les choses au commencement pour découvrir les principes par un examen des théorèmes mettant en oeuvre une méthode non empirique et purement intellectuelle; c'est précisément lui qui découvrit la théorie des proportions et l'existence d'une structure des formes de l'univers.

(Proclus, Commentaire sur le premier livre des Éléments d'Euclide, 65, 11)

 

Démocrite

La mule n'est nullement un produit de la nature, mais plutôt, pour ainsi dire, une invention audacieuse de l'homme et une sorte de produit bâtard dû à son ingéniosité. D'après moi, dit-il un âne a dû un jour engrosser de force une jument, et les hommes ayant constaté cette violence faite à la nature conçurent ensuite le projet d'institutionnaliser ce mode de reproduction.

(Élien, De la nature des animaux, XII, 16)

Pour les gens sans intellect, mieux vaut être commandé que commander.

(Stobée, Florilège, IV,II,13)

 

Antiphon

La justice consiste à ne pas transgresser la loi de la cité où l'on exerce ses droits de citoyen. (...) Car les prescriptions de la loi sont d'institution, alors que celles de la nature sont nécessaires. Celles des lois qui résultent d'un accord mutuel ne sont pas naturelles, mais celles de la nature, qui sont naturelles ne résultent pas d'un accord. Donc celui qui transgresse la loi, si c'est à l'insu de ceux qui ont établi l'accord, échappe à la honte comme au châtiment. (...) Ce qui est posé par les lois comme utile est un lien pour la nature; au contraire, ce qui est posé tel par la nature est liberté. Donc, à bien raisonner, la nature ne profite pas plus de nos souffrances que de nos joies. Ainsi, ce qui cause de la douleur ne sera pas plus utile que ce qui cause du plaisir. Car ce qui est utile en vérité ne doit pas nuire mais servir.

(Papyrus d'Oxyrhyncos, XI, 1364, éd. Hunt, Antiphon le Sophiste, fr. A)

 

Protagoras

Protagoras a dit: "Peine, travail, instruction, éducation et sagesse sont la couronne de gloire tressée par les fleurs d'une langue éloquente et que l'on pose sur la tête de ceux qui l'aiment. L'éloquence en effet est difficile; cependant ses fleurs sont riches et toujours nouvelles, et les spectateurs, ceux qui applaudissent et les maîtres se réjouissent, et les élèves font des progrès et les fous s'irritent; ou peut-être ne s'irritent-ils pas, parce qu'ils manquent de perspicacité."

(Sentences gréco-syriaques)

Protagoras a été rangé, lui aussi, par certains auteurs dans le choeur des philosophes qui ont détruit le critère de la vérité: il affirme, en effet, que toutes les représentations et les opinions sont vraies, et que la vérité est de l'ordre du relatif puisque tout ce qui est objet de représentation et d'opinion pour quelqu'un est immédiatement doté d'une existence relative à lui. C'est ainsi (...) qu'il a proclamé: l'Homme est la mesure de toutes choses, pour celles qui sont, de leur existence; pour celles qui ne sont pas, de leur non-existence.

(Sextus Empiricus, Contre les mathématiciens, VII, 60)

 

Anaximandre

Anaximandre a dit que l'Illimité est le principe des choses qui sont (...) Ce dont la génération procède pour les choses qui sont, est aussi ce vers quoi elles retournent sous l'effet de la corruption, selon la nécessisité; car elles se rendent mutuellement justice et réparent leurs injustices selon l'ordre du temps.

(Simplicius, Commentaire sur la Physique d'Aristote, 24,13)

 

Anaxagore

Anaxagore dit que: nulle chose n'existe d'une manière totalement discriminée d'une autre chose parce que toute choses sont en toutes choses, et ailleurs: Elles ne sont pas séparées d'un coup de hache, le chaud séparé du froid et le froid du chaud.

(Simplicius, Commentaire sur la Physique d'Aristote, 175, 11)

 

Eschyle

Le Choeur: Il est des cas où l'Effroi est utile et, vigilant gardien des coeurs y doit siéger en permanence. Il est bon d'apprendre à être sage à l'école de la douleur. Qui donc, homme ou cité, s'il n'est rien sous le ciel dont la crainte habite en son âme, garderait le respect qu'il doit à la Justice? Ne consens pas plus à vivre dans l'anarchie que sous le despotisme. Partout triomphe la mesure: c'est le privilège que lui ont actroyé les dieux, le seul qui restreigne leur pouvoir capricieux. Et n'est-il pas à propos de le répéter ici? s'il est avéré que la démesure est fille de l'impiété, la saine raison au contraire a pour fils le bonheur aimé qu'appellent tous les voeux humains.

(Les Euménides, 517-536)