19 Avril 1998
Doute et progression
Avant démettre quelque thèse que ce soit, le philosophe doit sinterroger, remettre des principes en question, contester des idées, bref, ne rien prendre pour acquis: le doute est donc le propre du Philosophe. Le scepticisme a toujours pris une place importance au sein de la philosophie: Descartes prônait le doute dit méthodique, David Hume le doute sceptique dit modéré et dautres, comme Pyrrhon et Montaigne, préconisaient le doute sceptique extrême, soit la suspension de tout jugement et de toute affirmation. Certes, le doute saffilie avec la raison, car, si il y a une question, cest donc quil y a une incertitude.
Mais jusquà quel point le scepticisme est-il valable, nécessaire?
Évidemment, le doute est essentiel et précieux lors du processus de raisonnement, mais dans une certaine limite, limite que nous justifierons ultérieurement.
Le doute est primordial afin darriver à une conclusion éclairée et réfléchie, puisquil amène à une justification de ses pensées, repoussant la crédulité et lacceptation des idées préconçues. Or, le scepticisme entre opposition directe avec les idées religieuses. Le mot doute, en-soi, est lantonyme de plus immédiat du mot foi; voilà pourquoi les religions sont dites dogmatiques, et pourquoi la philosophie sest heurtée maintes fois, au cours de lhistoire, aux dogmes de la religion, qui glorifient une croyance aveugle, souvent constituées de superstitions, et croient toutes détenir la vérité absolue. Pensons aux guerres de religion, les plus absurdes et malheureusement les plus sanglantes qui soient, toutes dues à la foi et à la conviction de détenir cette vérité absolue... Le doute nous éloigne donc de la naïveté et des conclusions prématurées, ouvre la voie aux idées nouvelles, et démontre une ouverture desprit. Le doute est la preuve de lintelligence humaine, de sa capacité à se questionner et à réfléchir.
Malgré cela, le scepticisme doit avoir une certaine mesure, car, inévitablement, le scepticisme exagéré mène à linaction ou à la stagnation. Le doute ne doit donc pas empêcher lhomme de progresser, car celui-ci, tout au cours de son existence, doit faire certains choix, et donc peser le pour et le contre pour éventuellement se prononcer en faveur de ce qui lui semble valable. Tel est le propre de lhomme, il peut, puisquil réfléchi, choisir entre le bien et le mal, par exemple. Sabstenir de tout jugement, et donc se priver certains choix et décisions importantes, cest donc de nier son existence humaine et nos capacités de raisonnement et de jugement. Le doute doit donc mener éventuellement à une conclusion, sinon quelle serait lutilité du doute? Autant de ne pas douter si lon renie au départ ses facultés de jugement. Se refuser de toute affirmation, suspendre son jugement, cest donc brimer son expression personnelle, ce qui nous caractérise, ce qui fait de nous un être unique et particulier, ayant pris certaines décisions, et aux opinions qui lui sont propres.
Il faut donc douter, pour réfuter les fausses croyances, mais aussi agir, car telle est la chaîne causale idéale. Le "but" du scepticisme est daboutir à une finalité qui doit motiver nos actions et tout le sens que nous donnons à notre vie. Lessence de notre être, de notre personnalité, repose donc sur les jugements que nous posons, des affirmations et des choix que nous faisons tout au cours de notre vie. Sabstenir de choisir, cest sabstenir de vivre.