Mathieu Giguère

1997

 

La connaissance méconnue

Dans « L’Apologie de Socrate », Platon vient à la conclusion que la sagesse est de reconnaître notre ignorance en tant qu’être humain. En effet, l’oracle de Delphes avait témoigné que Socrate était l’homme le plus sage, considérant même que Socrate ne s’enorgueillissait pas d’un tel qualificatif, se considérant lui-même comme inculte.

Un tel raisonnement me paraît extrêmement logique, ainsi n’ai-je rien à rajouter ou à critiquer. En effet, sur la Terre, nous n'avons aucune preuve de quoi que ce soit, mis à part les informations que nous communiquent nos sens. Et sur ce point il faut rester sur nos gardes, car nos propres sens sont sujets à nous tromper. Le roman de Lewis Carroll, « Alice through the looking-glass and what she found » finit par un long poème dont le dernier vers est (dans une traduction libre) : « La vie, qu’est-ce que c’est sinon un rêve ? ». Puisque dans nos rêves, nous pouvons ressentir – ou croire ressentir – des stimuli de chaud et de froid, nous voyons des objets, entendons des discussions, nous pouvons même ressentir des émotions. Ainsi nous n’avons aucune preuve que la vie n’est pas onirique, d’autant plus que nous pouvons rêver d’être en train de rêver.

Dans son plaidoyer, Socrate mentionne un sage étant spécialiste de la beauté. Dans le « Gorgias » de Platon, Socrate discute avec ce même spécialiste. Après avoir fait approuver par ce spécialiste qu’à la fois une femme, une jument et une marmite peuvent être qualifiées de « belles », Socrate suggère au spécialiste de comparer une belle femme avec une belle marmite. Il lui demande ensuite si la femme est plus belle que la marmite, et sans détour son interlocuteur acquiesce. Socrate apporte donc la conclusion que la marmite est plus laide que la femme et interroge son interlocuteur à savoir comment une chose peut-elle être à la fois belle et laide. La beauté n’existerait donc pas ou alors personne ne saurait ce qu’elle est en réalité.

Ainsi Socrate a raison de se croire plus sage que tout autre croyant avoir quelques connaissances, puisque ces soi-disant savants ne sont en fait que des imposteurs, peut-être même sans le savoir. Puisque la seule connaissance que l’on peut se vanter de posséder est de savoir ne rien savoir d’autre que le fait de ne rien savoir.

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