Roxanne Guévin

1997

 

Montaigne et ses idées !

« L’attitude la plus sage consistera à s’abstenir de toute affirmation gratuite, à suspendre son jugement. »

Ainsi, selon Montaigne, mieux vaux ne pas prendre position, mieux vaut ne rien affirmer. En effet, selon lui, puisque nous ne pouvons ni nous appuyer sur nos sens, puisqu’ils nous trompent parfois, ni sur notre raison puisqu’elle ne nous guide pas toujours adéquatement, rien ne peut ni ne mérite d’être affirmer, si ce n’est l’ultime "Que sais-je ?"Cependant, on peut se demander si ce procédé de réflexion est réellement valable, s’il est applicable à l’être humain. Au fond, le pyrrhonisme décrit par Montaigne n’est-il pas utopique, irréalisable?

Selon moi, la réponse est oui. Je ne crois pas que ce procédé ait une très grande valeur. Ses conclusions sont nulles et ne tiennent aucunement compte des besoins de l’être humain. C’est ce que je tenterai de démontrer au cours des prochaines lignes.

Tout d’abord, il est évident que l’être humain a besoin de certitudes pour mener son existence " normalement ".Sans certitudes, il se retrouve perdu dans ses trop multiples questions. D’ailleurs, les nombreuses religions édifiées par l’homme au cours des siècles démontrent bien ce besoin. De plus, des études anthropologiques rapportent que la grande majorité des peuples ayant vécus depuis la formation de l’homme avaient développés une forme de croyance. Finalement, l’histoire rapporte que quand un groupe de gens essai de faire taire ce besoin naturel à l’humain, il ne tarde pas a réapparaître ensuite, et ce d’une manière encore plus intense. Nous n’avons d’ailleurs qu’à penser au régime de terreur instauré en ex-U.R.S.S pour nous en convaincre. Maintenant que la situation y est changée, on y voit naître plus de mouvements religieux que partout ailleurs…

Deuxièmement, les résultats de la démarche de Montaigne s’avèrent, selon moi, pratiquement nuls. En effet, il n’arrive a aucune affirmation, aucune certitude, et cette situation ne peut, à cause des raisons mentionnées plus haut, convenir à l’être humain. D’un autre côté, ce procédé de réflexion n’amène pas non plus la moindre évolution en philosophie (ces idées avaient été préalablement développées par Pyrrhon), et si l’on s’y fie, aucune évolution n’est possible. Or, une certaine forme d’avancement est tout de même notable dans ce domaine. Finalement, ces idées me paraissent mener à des conclusions faciles car elles ne nécessitent aucun engagement . Camus a dit que la conscience de l’absurdité du monde devait mener à la lutte, non au nihilisme, or Montaigne prône plutôt cette dernière idée. Comment, alors, en arriver à faire changer les choses?

Par ailleurs, la complexité de l’être humain nécessite selon moi plus d’une vérité. Effectivement, Montaigne se désole de constater qu’aucune vérité absolue ne lui est accessible. Mais en observant l’être humain et ses multiples personnalités, comment peut-on penser qu’une seule affirmation pourrait nous convenir à tous? L’étonnant nombre de sectes et de groupes religieux nous prouvent bien que chaque personnes a besoin d’une croyance différente. Ainsi, je considère que la méthode de Montaigne (qui n’arrive a aucune affirmation ) n’est pas du tout valable puisqu’elle ne peut convenir a aucun être humain. Or, s’il avait au moins émis une hypothèse, celle-ci aurait pu convenir à certaine personnes. Bref, en considérant que la philosophie se doit d’être appliquée à l’être humain, je crois que les philosophes devraient, à l’encontre de Montaigne, tenter de trouver des réponses, aussi incertaines soient-elles.

En conclusion, j’ai tenté de démontrer au cours de ce texte que le pyrrhonisme développé par Montaigne n’est pas du tout valable car il ne tient compte ni des besoins, ni de la complexité de l’être humain, et aussi parce que ses résultats s’avèrent pratiquement nuls. Maintenant, reste à savoir si les autres idées développées par Montaigne valent autant que celle-la…

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