13 avril 1998
Est-il raisonnable de douter?
L'homme possède cinq sens: le goût, le toucher, l'ouïe, l'odorat, la vue. Parfois, il arrive que ces sens nous trompent par une illusion ou un mirage. La raison peut comme nos cinq sens nous tromper lors d'une décision et nous faire hésiter. À cause de cette hésitation, un doute s'installe. Ce doute est un doute ordinaire qui est un état d'incertitude sur la réalité d'un fait, l'exactitude d'une déclaration ou la conduite à adopter. Le doute philosophique est bien différent du doute ordinaire. Le doute philosophique est une volonté de remettre quelque chose en question. Nous pouvons distinguer trois sens au doute philosophique: le doute sceptique modéré (appelé doute humien), le doute méthodique (appelé doute cartésien), et le doute sceptique extrême (appelé doute pyrrhonnien) qui est préconisé par Montaigne. Le doute pyrrhonnien est assurément la pire des attitudes à prendre, car en ne prenant aucune décision, on contredit les activités de la vie quotidienne. Dans ce texte, nous examinerons dans quelle mesure il est raisonnable de douter.
Montaigne adopte la philosophie du doute sceptique extrême. Il préconise la suspension complète du jugement sur toutes les questions car selon lui pour chaque question qui se présente, deux opinions contraires sont toujours possibles. Il est selon lui, impossible de choisir l'une des deux voies, car pour chacune d'elle il existe de bonnes raisons d'y croire et d'en douter. Il faut donc éviter de prendre position.
Il y a tant de croyances contradictoires et tant de valeurs conflictuelles dans le monde actuel, que chacun d'entre-nous doit faire preuve de prudence et de sagesse. Le doute est un instrument qui nous prévient contre les croyances naïves et les jugements hâtifs. Il a donc sa place dans les sciences comme dans la vie morale et sociale des gens ordinaires. Étant donné cela, il est clair que le doute sceptique extrême n'est pas une façon de voir les choses car en ne prenant aucune décision, il pousse vers l'inactivité. C'est en pesant le pour et le contre qu'il est possible de faire des choix sensés qui auront pour effet de nous permettre d'accomplir des actes en tant que personne. L'esprit humain est limité dans ses actions et dans ses idées. Malgré le fait de passer des jours à réfléchir aux conséquences d'un acte, bien des questions peuvent rester sans réponses. De plus, en mettant une décision en suspend, les résultats risquent d'être plus désagréables que les inconvénients reliés à la première prise de décision.
Il est certain que dans la bonne ligne de pensée, il y a deux opinions contraires qui sont possibles. Il est presque impensable d'imaginer une situation où toutes les réactions seraient positives. Le doute doit être géré avec beaucoup de délicatesse et de justesse. Les décisions sont constituées de bien et de mal. Notre choix doit être fait par rapport au point de vue contenant le plus de bien en opposition à celui contenant le plus de mal. Si on va dans le sens qu'on doute de tout, car on ne peut pas tout expliquer, notre propre existence est remise en question ce qui devient absurde. La science ne peut pas expliquer d'où nous venons ce qui ne l'empêche pas de pouvoir prouver que nous sommes vivants. De ce point de vue, si on doute c'est que nous pensons, alors si nous pensons cela prouve que nous sommes réels, que nous existons. De cette certitude, on parvient au célèbre «Je pense, donc je suis.» Je crois que le doute est important, entre autres pour connaître la vérité, mais dans la limite où il ne remet pas en question tout ce qui nest pas prouvé scientifiquement et où il n'empêche pas d'agir. Je crois qu'on peut constater que le doute permet de nous protéger des multiples croyances à lapparence douteuse comme les suicides collectifs dans les sectes qui croient que l'apocalypse est arrivé.
C'est pourquoi je pense que le doute extrême est absurde. On doit utiliser le doute pour remettre en cause les lieux communs, les préjugés et les conceptions traditionnelles de la réalité. On associe souvent le doute à la sagesse. Ainsi, le sage est-il une personne modérée, équilibrée, qui prend bien son temps et fait preuve d'une grande prudence dans ses jugements comme dans ses actions? Le doute est donc le contraire de la folie, de la précipitation et de l'impulsivité. On voit donc que le doute est une attitude prudente et même pointilleuse, qui porte l'être rationnel à la remise en question des idées que la plupart des gens considèrent comme des évidences.