1 Février 1998
Bienveillance et subjectivité
Le vrai philosophe - celui qui renie tous les sophismes et qui est constamment à la recherche du Beau, du Bon et du Vrai-, tente, et ce depuis toujours, d'apporter, dans son argumentation, la vérité, l'objectivité et la vraisemblance dans son discours. Or, Criton, jeune disciple de Socrate, qui est condamné à mort pour avoir "corrompu la jeunesse", tente de convaincre son maître de s'évader en utilisant des arguments qui lui semblent plausibles et valables. Criton, fougueux et impulsif, soutient que Socrate doit s'enfuir puisque sa mort lui causerait un immense chagrin. L'élève renchérit en déclarant que cette condamantion lui causerait la perte d'un ami irremplaçable, qu'il serait négligence de ne pas le sauver, qu'il est ignoble et avilissant de préférer l'argent à un ami et que personne ne croira que Socrate ait refusé de s'enfuir.
Si bienveillant soit-il, l'exposé de Criton fait appel à ses propres sentiments, ce qui entraîne nécessairement une part de subjectivité. Il affirme en effet que la mort de Socrate est un grand malheur pour lui, alors que plusieurs personnes la voit comme une grande délivrance. Il se met au centre du problème en déclarant que ce serait une négligence de sa part de ne pas sauver Socrate. Tout s'en remet à lui et il regarde la question avec un certain égocentrisme. Criton dit aussi qu'il est honteux d'aimer mieux l'argent qu'un ami, sans justifier outre-mesure cette affirmation. Il s'agit ici d'un jugement de valeur. Nombreuses sont les personnes qui, - et justement, le cas du procès de Socrate en fut un exemple flagrant- préfèrent l'argent à la vérité et pour qui l'injustice est loin d'être honteuse si elle est "capitalisée". De plus, Criton se soucie énormément de ce que les autres pourraient bien penser de lui; il est donc quelque peu guidé par l'idée de bien paraître et de montrer au reste de la population qu'il est un ami fidèle et dévoué. Finalement, l'attachement que Criton portait à son maître était indiscutable, cependant, si ses arguments l'avaient été tout autant, l'histoire de Socrate aurait peut-être pu prendre un tout autre chemin, qui sait...