Avril 1997
Dans quelle mesure est-il raisonnable de douter?
Tous les êtres humains ont doutés et douterons probablement d'un individu, d'une idée ou d'un événement par exemple, car la méfiance et l'interrogation caractérisent notre comportement. Le doute philosophique est tout autre chose: il est amené lors du raisonnement d'un principe philosophique. Il est donc "voulu", afin d'apporter des changements ou des oppositions au principe en question, mais jusqu'où doit ou peut douter le philosophe?
La raison est "l'engrenage" qui démarre le "procédé" du doute. Elle nous aide à résoudre des problèmes logiques et c'est cette faculté qui joue le rôle du juge en chacun de nous: c'est-à-dire qu'elle nous fait différencier ce qui est vrai de ce qui est faux et ce qui est bien de ce qui est mal. La raison se développe avec nos expériences et à mesure que notre culture s'enrichit. Comme les philosophes sont des êtres rationnels, leur but est de tenter de trouver des réponses satisfaisantes à des questions par exemple, par un raisonnement logique. Pourtant, il est normal que certains obstacles, possiblement, obstruent ce raisonnement. Lorsqu'un pépin se présente, le doute philosophique va certainement s'installer. Le doute dont on parle ici est généralement divisé en trois types: le doute sceptique extrême, le doute sceptique modéré et le doute méthodique. Le doute sceptique extrême était prôné par Pyrrhon. Celui-ci pensait qu'il ne fallait jamais être pour ou contre quelque chose, parce qu'il y avait toujours de bons arguments des deux côtés qui se démolissaient l'un et l'autre. Donc, pour se sentir "dégagé" mentalement, il ne fallait pas prendre position. Le doute sceptique modéré fut introduit par David Hume. Il contesta le doute extrême de Pyrrhon en affirmant que nos actions habituelles ne devaient aucunement être remises en question. D'après Hume, le doute devrait s'imposer face aux croyances qu'il croyait superflues. Pour lui, seul les mathématiques et les sciences expérimentales étaient véritables. Le doute méthodique fut élaboré par Descartes. Dans cette théorie, il était préférable de douter de tout, tout en parvenant à trouver des vérités dites indubitables telle: "je pense, donc je suis". Le doute, est donc essentiel dans la vie courante et dans la philosophie, afin de raisonner et de juger correctement.
Le doute et la raison sont essentiels à la philosophie, je suis d'accord, mais dans leurs écrits, les philosophes en général semblent croire qu'il n'y a que la raison qui est importante chez l'être humain. C'est sur ce point que je ne suis aucunement d'accord avec eux. L'être humain naît avec plusieurs facultés qui lui seront essentielles dans la vie courante telles la partie rationnelle ( la raison, le doute, le jugement) et la partie sensible ( les sentiments, les pulsions). À mon avis si ces deux facultés sont présentes, c'est qu'elles doivent être utilisées. Il est vrai que la majorité des individus fonctionnent, la plupart du temps, avec leur côté sensible, mais il est très probable qu'il n'aient pas appris à utiliser leur raison correctement. Pourtant, les philosophes sont portés à "rabaisser" le côté sensible lorsqu'il est évident que les sentiments font vivre notre espèce. Il doit y avoir un équilibre entre les deux côtés, ce qui est mentionné rarement par les philosophes. Comme les êtres humains ne sont pas des cerveaux ambulants, je crois que l'on doit prôner la raison à sa juste valeur, sans écraser le côté émotionnel et à cet instant, à mon avis, les individus s'ouvriront davantage à la philosophie. De plus, le doute doit être utilisé intelligemment pour avantager le raisonnement. D'après moi, Descartes et Pyrrhon l'on exagérément utilisé et ils ont probablement passé à côté de plusieurs découvertes en se fermant les yeux ainsi. Par exemple, prenons Descartes avec sa célèbre phrase: "je pense, donc je suis": c'est une phrase géniale et il est vrai qu'elle est difficilement contestable, mais imaginez quelles autres théories comme celle-là il aurait pu trouver en atténuant son doute... La vie, selon moi, est faite pour être vécue pleinement sans s'acharner sur ses composantes qui existent évidemment, et il est triste que certains doutent même de son existence: ils ratent, à mon avis, la chance de savourer le temps qui leur reste. Berkeley fut, d'après moi, l'être qui a laissé la plus belle philosophie sur le doute. Je considère que c'est lui qui avait la plus grande ouverture d'esprit, car il a su fondre le côté rationnel et le côté sensible de l'homme en affirmant que ce que nos sens percevaient existait. Il en disait de même pour les idées, qui, d'après lui, existaient puisqu'elles se formaient dans notre intelligence. Ce que j'apprécie chez Berkeley, c'est qu'il ne s'est pas compliqué la vie avec le doute philosophique. Il doutait sur ce qui était susceptible de faire douter. D'ailleurs cette phrase qu'il a renvoyé à Descartes démontre très bien sa philosophie réaliste: " Je pourrais aussi bien douter de ma propre existence que de l'existence de ces choses que je vois et que je touche actuellement".
Tout compte fait, il est évident que la raison et le doute sont de mise en philosophie et dans la vie courante, afin de réfléchir correctement et de poser des jugements réfléchis, mais il ne faut pas en abuser. Il est important de vivre sa vie comme elle est sans être constamment dans la suspicion et obsédé par le raisonnement. De plus, il est important de montrer son côté sensible tout en sachant utiliser sa raison comme il faut. Ainsi, nous aurons amélioré les deux côtés de la médaille...
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