Jean-François Désilets

1998

 

Le malheur de Criton ; la justice de Socrate.

Criton voit, dans la mort de Socrate, son ami de toujours, un grand malheur pour lui. Il exprime à Socrate en deux arguments son désarroi face à sa mort éventuelle. Premièrement, il y perd un ami irremplaçable de par sa vision du monde et de son enseignement. Deuxièmement, Criton craint que le refus de Socrate de se laisser sauver par lui et ses amis soit perçu dans la société comme un geste de lâcheté ou d’avarice.

Pour Criton la perte de Socrate signifie la perte de son maître puisqu’il parle de "disciples". Dans de telles circonstances on peut comprendre qu’il est prêt à investir toute sa fortune pour le sauver puisqu’un disciple riche, sans maître n’est t’il pas plus pauvre d’esprit qu’un pauvre ayant un maître qui forme son esprit ?

L’opinion des tiers personnes, même des vulgaires semble très importante pour Criton, il argumente en ce sens pour convaincre Socrate de se laisser sauver. Je suis d’avis avec Socrate lorsqu’il se prononce sur la valeur du jugement du vulgaire que j’interprète comme étant les hommes ayant peu de connaissances et donc peu de jugement valable. Il en est de même aujourd’hui, ne favorisons nous pas le jugement des hommes de savoir comme les juges, les docteurs et les professionnels en général au détriment de gens simples et moyens ? Quand nous disons "le médecin l’a dit " ou "c’est l’ingénieur qui m’a conçu cela ", ces genres d’expressions ne reflètent-ils pas notre respect des gens ayant des connaissances ? Bien sûr, il n’est pas toujours approprié de fonctionner comme cela, mais n’est-ce pas là le moyen pour obtenir la justice qui reflète le mieux la cité idéale ?

Par ses affirmations, Socrate explique à Criton que seul les hommes sensés comprendraient pourquoi il ne s’est pas enfuit, que sa justice lui a dicté de ne pas le faire. Pour moi, cette explication est sensée mais pas valable, car je favorise la vie à la mort, quelle que soit la valeur qu’elle représente à nos yeux. Pour moi la loi des hommes ne doit pas avoir raison de la vie. Par conséquent si ces lois sont approuvées par des gens de savoir et que se sont leurs opinions ou jugements que nous favorisons et admettons comme étant les plus justes, alors nul n’a droit de jugement de vie ou de mort. Ici, selon mon opinion, Socrate aurait dû s’évader car même lui n’a pas eu de jugement valable face à la vie.