Jano Bourgeois

1997

 

L'apprentissage d'une illusion

Le philosophe doit, selon Platon, sortir de la caverne pour faire l'apprentissage de la vérité, pour connaître les formes plutôt que les ombres. Sur quoi se base cette théorie ? et surtout est-ce que ce processus apporte une véritable connaissance ou plutôt l'illusion de comprendre le monde ?

L'étude de l'idéalisme et du dualisme présentés dans l'allégorie de la caverne de Platon nous permet de mieux saisir ce que l'on entend par sortir de la caverne pour observer les formes. La théorie de Platon stipule qu'il existe deux mondes, la caverne, ou monde sensible, accessible seulement à l'âme d'un philosophe par la réflexion et l'extérieur de la caverne, ou monde intelligible, accessible au plus commun des mortels par ses sens. Toujours selon Platon, le monde sensible n'est que l'ombre de la réalité qui est le monde intelligible des idées. Si on veut comprendre la vraie nature des choses, et non pas leur ombre, on doit s'aventurer dans le monde des idées. La connaissance ainsi acquise nous rapprocherait de la sagesse la plus pure sans toutefois nous y faire goûter puisqu'on ne peut l'atteindre avant que notre âme se libère de notre corps lorsque nous décédons. Une connaissance beaucoup plus poussée que la connaissance empirique y serait donc acquise.

On ne peut pas juger des apprentissages faits dans le monde des idées puisqu'il n'y en a pas de véritables. Le monde intelligible ne se rapporte à rien de concret, il ne représente pas un véritable monde, mais plutôt un exercice d'introspection intellectuelle avec pour carburant les expériences que nous ont procurées nos sens. La connaissance des formes est donc une illusion puisqu'elle ne se base sur rien d'autre que sur le monde intelligible. Il serait donc question d'explorer, afin de mieux le comprendre, un monde qui n'existe que dans l'imagination fertile de certains philosophes. Le débat qui oppose les tenants de la raison aux empiristes n'a pas sa raison d'être parce que chacun dépend, en un certain sens, de l'autre pour comprendre le monde. Un autre point faible dans la théorie de l'apprentissage dans le monde des idées est que les connaissances acquises ne peuvent en aucun cas servir à mieux expliquer le monde sensible alors qu'elles devraient nous permettre de le comprendre beaucoup mieux. En effet, la connaissance du moule qui a permis de former un objet, sa forme parfaite selon Platon, devrait nous aider à beaucoup mieux comprendre la chose ainsi créée puisque nous saurions comment elle devrait être et nous pourrions donc la faire tendre vers cet état. Si vraiment nous explorions le monde des idées, la vision de la forme parfaite ne pourrait que nous mener à la compréhension parfaite de son ombre, mais n'ayant que nos sens pour nous informer, nous ne pouvons qu'avoir l'impression d'avoir vu une forme parfaite.

On peut donc dire que l'apprentissage dans le monde des idées est une illusion puisque les connaissances acquise lors d'une exploration dans ce monde sont entièrement basées sur des éléments du monde sensible qui, même si ce monde existait, ne mènent en aucun cas à une meilleure compréhension des ombres d'ici bas... même si elles le devraient !

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