Jean-Nicolas Tétreault

1997

 

Le devoir du philosophe

Dans son "allégorie de la Caverne", Platon exige du philosophe qui a eu accès au monde des Idées qu'il retourne à l'intérieur de la caverne afin de faire profiter le monde matériel de ses connaissances. Mais est-ce possible, ou même souhaitable, pour le philosophe de revenir à l'endroit et à la condition qui l'a si longtemps emprisonné ? C'est cette question qui guidera la rédaction du prochain travail.

Avant d'exprimer une opinion sur le sujet, il me semble nécessaire de se rappeller le cheminement qui a conduit le philosophe du monde matériel jusqu'à celui des Idées. Nous retrouvont tout d'abord un homme semblable à tous les autres, enchaîné lui aussi aux limites du monde sensible. Cet homme, par une démarche plus ou moins explicable, aboutira à une prise de conscience et à la conclusion qu'il pourrait exister un autre monde, infiniment plus parfait que celui dans lequel il évolue. À partir de ce point, il tentera de découvrir ce monde, et bien que cela lui sera difficile au commencement, il parviendra finalement à atteindre un certain niveau de compréhension du monde des Idées. Nous avons donc un homme qui vint de découvrir le monde du Bien et les plaisirs de la contemplation de ce monde nouveau; cet homme peut-il, et doit-il, trouver le courage de revenir dans la caverne et d'y faire fructifier le fruit de ses découvertes?

Il ne fait aucun doute dans mon esprit que le philosophe se doit de partager le savoir qu'il a obtenu au-delà du monde matériel. Le seul plaisir de la contemplation me semble aboutir à une fin stérile; le philosophe, peut-il, à lui seul et par la contemplation, parvenir à une compréhension de ce monde approchant la perfection? Je ne crois pas. Je crois plutôt que pour atteindre cet absolu de connaissances, il devra être stimulé par des sources extérieures à sa pensée. Cette forme de stimulation ne pouvant venir que de la pensée d'un autre philosophe, le premier homme arrivé à une compréhension quelconque du monde des Idées devra dès lors partager son savoir avec les autres et pourra ainsi échanger avec eux. Ils pourront alors, tous ensemble, tenter d'approcher le but ultime du philosophe c'est-à-dire la connaissance parfaite du monde des Idées. Mais est-ce que le philosophe pourra trouver le courage de retourner dans ce monde duquel il s'est si durement arraché ? Je crois qu'il le pourra puisque que plus il s'approchera du Bien plus ce dernier lui dictera de partager son savoir. Il reste à savoir s'il n'approchera jamais assez le Bien pour en ressentir l'influence. Il me semble qu'arrivé à un certain niveau de connaissances, l'obligation pour le philosophe de se consacrer à l'enseignement de ses découvertes n'en sera plus une. Elle sera plutôt pour lui l'occasion d'étendre son savoir.

 

 

À la lumière du processus de rédaction de ce travail, j'en viens à la conclusion que la recherche des connaissances du monde des Idées et l'enseignement de ces mêmes connaissances vont de pair. L'un permet l'autre et vice versa : l'enseignement permettra au philosophe de se questionner sur l'état des connaissances qu'il propage ; il donnera également la chance à ses disciples d'amener leurs propres réflexions sur le monde des Idées. Le savoir s'en trouvera à chaque fois approfondi.