09/03/98
L'injustice
De tous temps, la question de justice et d'injustice a été fort controversée. Que ce soit au nom d'un Dieu, d'une morale collective ou d'une morale individuelle, les humains se sont questionnés et se sont battus au nom de cette Justice. Au coeur des différentes facettes du problème de la Justice, une question demeure: Socrate, en argumentant qu'on ne doit pas combattre une injustice par une autre injustice, a-t-il raison de ne pas s'évader de prison?
À mon avis, il a tort, car en s'enfuyant, il fait respecter l'esprit des Lois. De plus, il est nécéssaire, pour l'avancement des causes nobles, de commettre des injustices. Enfin, parce que ce serait un très bon exemple pour l'avenir ainsi que ses enfants.
Socrate, pour justifier le fait qu'il ne devrait pas s'évader, explique à Criton que sa fuite serait un manque de respect envers les Lois du ciel des Idées et que ce geste détruirait la Cité. Cependant, en enfreignant les lois terrestres mal appliquées par les hommes, il n'agit, au contraire, que selon l'esprit des Lois. Ce faisant, il les enfreint pour une cause plus juste qui est dans le ton des Lois du ciel des Idées. Ne se bat-il pas pour le rayonnement de la Justice? La notion pure de la Justice ne change pas au gré des modifications législatives; les Lois ne seront pas affectées parce qu'un humain remet en cause leur interprétation fautive.
En fait, non seulement je juge que Socrate devrait s'évader, mais j'attaque son argument principal. Il est, selon moi, indispensable de commettre des injustices contre d'autres injustices. C'est par de telles actions que la société avance et a toujours avancé. Historiquement, c'est en commettant des injustices que les mouvements sociaux ont pris leur essor. Que ce soit lors des évènements de Stonewall, lorsque des homosexuels et des travestis, las de la répression policière, sont descendus dans la rue pour riposter aux policiers, créant le mouvement de militantisme gai et lesbien, ou bien à la façon de Malcom X le leader noir américain, cette stratégie proactive a souvent été utilisée, avec succès. Plus près de nous, le commando-bouffe, composé de personnes assistées sociales, qui s'est emparé de plats du buffet du chic hôtel Reine-Élizabeth en signe de protestation envers l'écart économique grandissant, a aussi utilisé cette méthode. Sans ces injustices, qui sont des affronts aux lois injustes, jamais il n'y aurait d'évolution. Ce serait la stagnation, car personne ne contesterait l'ordre établi.
Un autre argument que Platon émet par la bouche de Socrate, est que cela nuirait à ses enfants. Il me semble plutôt qu'ils auraient l'image d'un père qui a le courage de se battre pour ses convictions, malgré la multitude qui le condamne. Plus encore, ils auraient un père vivant, ce qui n'est pas à négliger. Cependant, il n'y a pas que pour ses enfants que Socrate devrait accepter l'offre de Criton. Il lui faut voir loin, et réaliser l'impact de cet acte sur les générations futures, qui verront que des hommes justes ont su affronter l'injustice.
Finalement, nous voyons bien combien est relative la notion de justice et d'injustice. Socrate, au nom de la primauté de la Justice, croit qu'il est préférable de subir son sort. Moi, au nom du respect de l'essence des Lois, je dis qu'il faut combattre l'injustice par l'injustice, pour le bien de la société, de de nos enfants, et des générations à venir. Il faudrait cependant se demander jusqu'où serions-nous prêt à aller, au nom de l'injustice commise. À cette époque où les guerres civiles et religieuses pullulent, cette question mérite qu'on s'y attarde.
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