La Pyramide de Khéops

 

Annelise Carle (Histoire et Civilisation)

 

 

Dans l’Antiquité, la civilisation égyptienne fut une des plus grandes puissances du ce monde. Elle apparaît dans l’histoire comme étant la première à avoir érigé une constitution civile, politique, religieuse et architecturale.  La période de l’Ancien Empire, aussi connue sous le nom de l’Âge des Pyramides, s’est épanouie sous la période des dynasties III  à VI .

 

La plus imposante de toutes est la Grande pyramide ou la Pyramide de Khéops, qui fait partie, depuis l’époque grecque, des Sept merveilles du monde.  Elle nécessita 2 300 000 blocs de calcaire pour bâtir sa structure pyramidale de 210 mètres de côtés par 136 mètres de hauteur.

 

Quoi qu’il en soit, la légende de Khéops n’est pas morte puisqu’elle attire toujours les touristes.   Mais alors, pourquoi une pyramide érigée dans la Vallée des Rois a-t-elle autant fasciné les hommes ?  Pour ma part, je crois que c’est sa beauté et son côté mystérieux qui ont fasciné et qui continuent toujours d’attirer notre curiosité et ce, à travers son architecture, les mystères entourant sa construction ainsi que tous les aspects mystiques relatifs à ce monument.

 

 

Le groupe de Gizeh

 

La forme pyramidale  provient des grands monuments en gradins appelés «pyramides à  degrés».  Dans les Textes des pyramides, elle figurait  l’escalier qui, selon les croyances de l’époque, facilitait l’ascension de l’âme royale, en longeant les pentes vers le ciel, permettant ainsi au roi décédé de rejoindre son père Rê, le dieu solaire.

 

Le pharaon Snéfrou fit construire la pyramide de Meïdom, que l’on qualifia de «vraie» pyramide et qui  servit d’exemple pour celle de son fils Khéops.  Celui-ci fit construire sur le site de Gizeh la tombe la plus célèbre au monde : la Grande Pyramide.  Son cousin le vizir Hémon, qui était chef des travaux du roi, fut l’auteur de cet énorme monument.

Pour construire la nécropole, on fit appel à plusieurs corps de travail : les carriers, pour extraire le calcaire, le granit et la diorite, les scribes pour les cahiers de charges, des milliers de cuisiniers et de prêtres pour attendre les autorisations des dieux.  On transportait ensuite les pierres jusqu’au lieu de construction où les architectes dirigeaient une armée d’artisans qui étaient payés sous forme de céréales, soit environ cinq sacs par mois.  Ce qui est étonnant, c’est qu’aucun texte ancien ne fait mention que ces travailleurs aient été des esclaves.

 

Dans les écrits d’Hérodote, des témoignages rapportés des prêtres racontent que Khéops serait devenu un tyran à cause de son obsession à vouloir finir la grande pyramide avant sa mort.  Il aurait ainsi dépouillé des temples et même obligé sa propre fille à se prostituer, pour ramasser les fonds requis par cette entreprise.

 

 

Les mystères entourant la construction de la pyramide

 

Comment construire une pyramide de 2,3 millions de blocs en moins de trente ans telle que celle de Khéops ?  Comment ont-ils fait pour ériger un tel monument ?  Voilà autant de questions auxquelles l’homme a cherché, à travers le temps, à répondre de mille et une façons.  Je crois que c’est le mystère autour de sa construction qui a donné lieu à autant d’admiration pour elle.  En fait, la façon dont fut construite la Grande Pyramide a suscité de nombreuses hypothèses.

 

Dès  l’époque de  l’Antiquité, le mystère des pyramides inspirait déjà l’imaginaire des gens.  Hérodote fut l’un des premiers à traiter le sujet dans ses œuvres.  D’après sa théorie, les   Égyptiens se seraient servis de machines faites de bois court pour hisser les blocs et ainsi bâtir progressivement la pyramide de gradins en gradins.

 

Les explications les plus convaincantes viennent de Diodore de Sicile.  Il ne croyait pas que les  Égyptiens aient eu des machines comme le croyait Hérodote.  Il supposait plutôt que, lors de la construction de la pyramide, on avait fait une levée de terre provisoire qui formait une piste en pente.  Cette piste permettait de hisser les blocs tout en haut en les glissant.  Cette théorie semble être une des plus plausibles car des papyrus du Nouvel Empire décrivent de telles pratiques d’élévation de blocs en faisant référence aux pyramides de Gizeh et de Saqqarah.

 

Pendant la Révolution française, Napoléon lança, en Égypte, une expédition qui fit connaître la Grande Pyramide à l’ensemble de l’Europe.  Intrigué par la complexité de ce monument, il fit entreprendre des recherches par la Grande Commission des sciences et des arts pour déterminer, entre autres, comment on a pu  ériger un tel monument en l’absence de génies de la trempe de Newton?  Il confia la direction de ces recherches à l’architecte J.-B. Lepère et au physicien J.-M. Coutelle. Coutelle, en octobre 1800, présenta un rapport dans lequel il donna crédit à la version d’Hérodote.

 

Une des  théories les plus récentes et les plus plausibles fut émise par l’Américain Dows Dunham.  Il posa un postulat que quatre rampes de blocaille et de boue partant des quatre coins de la base de la pyramide étaient construites sur la surface extérieure brute des pierres de revêtement et poursuivies jusqu’en haut à mesure que les assises de la pyramide s’élevaient.  Trois rampes servaient à hisser les blocs de pierre au niveau de la construction, la quatrième à redescendre les traîneaux vides.1

 

Plus récemment, l’égyptologue Vassil Dobrev a découvert, sur des blocs de calcaire, des signes peints qui porteraient des indications sur le déplacement, le positionnement ou le nivellement des pierres.

 

Aujourd’hui encore, la méthode de construction employée par les Égyptiens demeure purement hypothétique,allant de l’utilisation de structures en bois jusqu’à la venue de créatures de l’espace.  Même si nous n’avons toujours pas trouvé comment ils ont réussi à créer une telle merveille, le dossier n’en reste pas clos pour autant.  Qui sait, peut-être que les recherches de Vassil Dobrev parviendront un jour à trouver la clé du mystère.

 

L’architecture

 

Khéops  construisit, à Gizeh, la tombe la plus célèbre : la Grande Pyramide.  Elle était considérée par les Grecs comme l’une des Sept merveilles du monde et aujourd’hui encore, elle en fait partie.  L’image de beauté architecturale qu’elle représente inspira à travers l’histoire des milliers de gens.  Depuis l’Antiquité, la pyramide de Khéops conserve un double mystère : sa forme et sa fonction qui s’imprégnèrent dans l’imaginaire des Européens au gré de leurs propres désirs et délires.

 

L’architecture de la grande pyramide est bien connue de tous car son esthétisme classique ne cesse jamais de charmer les gens au premier coup d’œil.  Parmi les premiers inspirés figure le magistrat romain Caïus Cetius qui, peu après la conquête de César en Égypte, fit édifier sa propre tombe, semblable à celle de Khéops, mais dans des proportions plus petites.

 

Le modèle pyramidal s’adapte également très bien au genre monumental de la fin du Siècle des Lumières.  En 1785, Boullé, qui excelle dans les projets dont les utopies révolutionnaires reposent sur la pureté des formes, proposa un cénotaphe 2 ayant des proportions semblables à la pyramide de Khéops et appartenant au même style architectural.  En fait le monument égyptien est devenu le lieu commun des projets de cimetières publics pendant la Révolution française.

 

Les gens, charmés par la splendeur grandiose de la pyramide de Khéops, s’en entichaient très rapidement.  Elle attirait l’admiration de tous.  Tellement qu’en 1955, Howard Hawks, un réalisateur hollywoodien, entreprit la reconstitution de la pyramide de Khéops pour son film  «Terre des pharaons».

 

De nos jours, l’image de la Grande Pyramide reste imprégnée dans l’imaginaire des gens.  Avec l’avènement des moyens de communication, elle est présente pratiquement partout.

 

 

Les autres mystères autour de la pyramide

 

L’orientation aussi précise des grandes pyramides constitue un fait remarquable dans l’histoire.  Les Égyptiens ont réussi à réaliser cette nécropole en l’orientant selon les quatre points cardinaux.  Ce qui est assez surprenant étant donné qu’ils n’avaient pas, à cette époque, les boussoles ou instruments modernes pour les déterminer.  L’astronome tchèque B. Polak croit que les méthodes utilisées seraient soit des visées directes sur l’étoile polaire ou sur les positions extrêmes d’une étoile circumpolaire.

 

Un autre fait tout aussi surprenant est que lors de l’édification de la pyramide, les Égyptiens ont utilisé des principes mathématiques reconnus au temps des Grecs.  Au point de vue géométrique, la pyramide de Khéops  attire l’attention car elle présente certaines qualités remarquables telles les deux  valeurs de   π et   φ   (le nombre d’or).  On trouve la première valeur dans le rapport de la hauteur h au demi périmètre de la base p, soit h/ p = 22/7 = 3.1428.   Un nombre très proche de la valeur de  π, soit 3.1416.  On retrouve la seconde dans le rapport de l’apothème x à la demi base b soit x/b = 8.0923 / 5,5 = 1.618.  Celui-ci est égal au calcul mathématique  (1 + 5)/2, qui est la valeur exacte du nombre d’or.  D’autre part, pour contrôler la verticalité des parois de la salle sépulcrale tout en déterminant la hauteur, les Égyptiens firent usage du triangle 3-4-5 qui deviendra plus tard le théorème de Pythagore.

 

Les mystères entourant la nécropole affluent toujours de nos jours.  De nombreux archéologues, astronomes et historiens se lancent à l’assaut de nouvelles découvertes qui donneraient réponse à toutes ces énigmes.  Ce qu’on peut constater c’est que la civilisation égyptienne était bien en avance sur son temps au niveau des sciences.

 

Conclusion

 

Comment ont-ils fait pour ériger un tel monument ?  Nous n’aurons sans doute jamais la véritable explication, celle qu’auraient pu nous transmettre eux-mêmes les Égyptiens et qui aurait constitué la preuve formelle des procédés utilisés.   En lieu et place, nous avons d’abord la pyramide elle-même qui a résisté aux assauts du temps et des hommes.   Nous avons également une imposante littérature qui nous fait part des explorations effectuées et des hypothèses formulées au fil des siècles et des continents.

 

De tout temps, la pyramide a fasciné les hommes, non pas pour les éléments et réponses qu’elle apporte, mais justement à cause des questions que nous continuons à nous poser à son sujet.  Car cette pyramide nous fascine encore :  elle fait encore l’objet de recherches scientifiques, elle sert de décor pour des artistes et des musiciens variés ; on la retrouve en effet régulièrement dans des films d’action ou d’aventure (Indiana Jones, Le retour de la momie, etc.).   Par ailleurs, on accorde toujours des pouvoirs ésotériques à sa représentation  miniature.

 

Mais surtout et avant tout, j’abonde dans le sens de E.F. Jomard  qui estime dans son ouvrage Description de l’Égypte que la Grande Pyramide n’aurait pas été uniquement un tombeau de roi, mais qu’elle constituait  surtout un monument de la science égyptienne, dans lequel on aurait « déposé, peut-être même caché des connaissances importantes» que nous découvrons plus de quatre mille ans plus tard.

 

Notes

1 :  C.  Aldred,   Les origines de l’Égypte ancienne, Édition Séquoia, Paris, 1967, p.65- 103

2 :  Un cénotaphe  est un monument élevé à la mémoire  d’un mort et qui ne contient pas son corps.   

 

 

 

Bibliographie

 

 

ALDRED, Cyrill. Les origines de l’Égypte ancienne, Édition Séquoïa, Paris,1967, 144p.

 

BRAT, Patrice. «L’expédition d’Égypte : une révolution scientifique» L’histoire, no.216 (décembre 1997), pp.24 à 29

 

BRAT, Patrice. «Vrai et faux mystère des pyramides», L’histoire, no.216 (décembre 1997), p.30-31

 

BRAT, Patrice. «Les pyramides, un succès fou dans l’histoire»,  L’histoire, no. 216 (décembre 1997), p.32 à 34

 

EDWARD, I.E.S. Les pyramides d’Égypte, Livre de poche, Paris, 1967, 337 pages

 

 

Le Passé composé

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