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Récit d'un stage unique dans un camp de réfugiés

Le printemps dernier, Caroline Vohl, finissante en Techniques de travail social, s’est rendue à Calais, dans le nord de la France, où elle a effectué son deuxième stage crédité dans le cadre de son programme d’études. Pendant six semaines, elle s’est jointe à une association venant en aide aux migrants et luttant pour leurs droits. Elle a rédigé un texte dans lequel elle relate son expérience.

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C’est le 20 mai dernier que je suis arrivée dans les locaux de l’organisme Soutenons, aidons, luttons, agissons pour les migrants et les pays en difficulté (SALAM), situés à côté de l’immense bidonville mieux connu sous le nom de la Jungle* de Calais.

Avant d’y mettre les pieds, je ne savais pas tout à fait ce qui m’attendait. J’avais seulement une idée un peu vague de ce à quoi pouvait ressembler l’ambiance sur ce camp qui comptait alors environ 6000 personnes déplacées (il en compte présentement 9000), originaires d’Afghanistan, du Soudan, de l’Érythrée, de l’Éthiopie ou de nombreux autres pays de l’Afrique et du Maghreb. Ce sont, en très forte majorité, de jeunes hommes célibataires rêvant de liberté, qui ont fui des conflits armés ou un climat politique sous tension. Ces migrants en quête d’une meilleure vie ce sont aussi des femmes, des familles et des mineurs non accompagnés. Le démantèlement de près de la moitié de la superficie initiale du bidonville a créé une surpopulation, mais aussi la propagation de la gale.

De nombreuses autres problématiques affectent le quotidien des migrants sur le camp : violences policières, blessures, amputations survenues à la suite de tentatives de fuites vers l’Angleterre. En effet, les migrants qui désirent se rendre de l’autre côté de la Manche dans l’espoir d’y trouver du travail doivent surmonter plusieurs obstacles physiques, tels que les hautes clôtures avec des barbelés. Il y a aussi d’importantes tensions raciales entre les communautés les plus représentées sur le camp. Puis, il y a tout ce qu’on ne voit pas : abus des passeurs (financiers et pression), agressions sexuelles, nombreuses autres formes de violence, etc. Fort heureusement, la solidarité, le partage, les amitiés, les rencontres, la générosité d’une foule de bénévoles, les sourires et l’humour sont tout aussi présents. Des dizaines d’organisations, telles que Médecins sans frontières ou Secours catholique, sont impliquées directement dans la Jungle ou aux alentours pour faire avancer les choses sur le terrain et auprès de l’État français. Par exemple, parce que des centaines d’enfants demeurant sur le camp ne recevaient pas l’éducation à laquelle ils ont droit, une école a été construite. Ils y apprennent le français, l’anglais et les mathématiques.

SALAM, de son côté, offre une aide directe en fournissant des vêtements, des produits d’hygiène, des couvertures et autres fournitures dont peuvent avoir besoin ceux et celles qui passent dans le bidonville, et qui peuvent parfois y demeurer plus de six mois. Une infirmière est aussi présente à SALAM pour offrir des soins et distribuer de la médication, selon les besoins, et, plusieurs fois par semaine, des bénévoles distribuent des surplus de nourriture. SALAM fait aussi son bout de chemin auprès de la préfecture pour obtenir de meilleures conditions de vie pour les migrants, notamment pour obtenir plus d’habitations temporaires, appelées conteneurs, qui permettent d’avoir un « vrai » lit et de rester au sec. L’association a aussi une équipe de bénévoles dans un autre camp de migrants où il y a chaque jour préparation et distribution de repas. J’ai pu observer et participer à la grande majorité des services offerts par SALAM. J’ai été assise dans un petit local en bois, au milieu de la Jungle, avec des représentants des communautés du camp qui faisaient part de leurs préoccupations aux représentants des associations. Durant une autre réunion hebdomadaire, les porte-paroles des principales organisations se questionnaient sur les stratégies à adopter pour mieux protéger les droits des migrants, mettaient en place de nouveaux services, lançaient des pétitions et créaient des documents informatifs. Je portais alors fièrement les couleurs de SALAM qui, dès l’arrivée des premiers migrants au début des années 2000, bien avant la mise en place du bidonville actuel, leur offrait repas et logis, sans jugement.

Mon stage a été d’une immense richesse et les anecdotes fort nombreuses. Je vous invite à vous intéresser à la situation des réfugiés, car elle est particulièrement préoccupante à l’heure actuelle, avec tous les déplacés en attente de statut qui traversent l’Europe.

Merci à la Fondation du cégep du Vieux Montréal pour son soutien financier à mon projet de stage.

Si vous souhaitez offrir de votre temps lors de votre prochain voyage en Europe, je vous invite à contacter SALAM via leur site Web.

*Le mot jungle (prononcer en anglais) pour désigner le camp a maintenant pris une connotation négative pour certaines personnes hostiles à la venue de migrants à Calais. Or, l’expression n’a pas cette connotation pour les personnes qui l’occupent. D’après Wali Mohammadi, auteur du roman De Kaboul à Calais, « en pashtoun et en persan, forêt se dit “djangal”. À l’oreille des Calaisiens, le mot évoquait la jungle. Chacun a pris l’habitude de l’utiliser. » Par ailleurs, avant d’occuper l’emplacement actuel (autrefois terrain vague et base de plein air), les migrants étaient nombreux à avoir des campements dans la forêt adjacente.



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