Initiation pratique à la
méthodologie des sciences humaines 300-300
COURS 2
LA LECTURE ET LES EXPLICATIONS DE TEXTES
Pour retourner au
début du cours 02En sciences humaines il est toutefois rare que nous étudiions des contes de fée. La plupart des exercices en histoire, en sociologie ou en psychologie consistent à analyser des textes argumentatif, c'est-à-dire qui se portent à la défense d'une idée, d'une thèse.
Un texte argumentatif est structuré autour d'une idée principale, ou hypothèse, que le texte vise à démontrer. Il s'organise donc généralement comme suit:
Les bons textes argumentatif présentent clairement le problème de recherche, proposent une hypothèse et annoncent chaque argument de manière limpide. Mais ce n'est pas toujours le cas. C'est le travail de l'étudiant que de décortiquer un texte, d'en débusquer l'idée principale et d'en isoler les arguments. Ensuite seulement il pourra tenter d'en faire le résumé, l'analyse ou la critique. Cet exercice s'appelle aussi PLAN-RÉSUMÉ et il est courant que vos professeurs vous en fassent réaliser dans le cadre de vos autres cours.
L'exercice suivant consiste à analyser un texte écrit par un des génies de l'histoire de la langue française: François Marie Arouet dit Voltaire (1694-1778). Il s'agit, dans un premier temps, d'en extraire le problème de recherche, l'hypothèse et d'énumérer les trois types d'arguments que Voltaire invoque.
Voltaire, Les oreilles de Monsieur Chesterfield, dans Voltaire, Romans, Paris, Seuil, 1989: 128.
Un jour, les trois philosophes agitèrent la grande question: quel est le premier mobile de toutes les actions des hommes? Goudman, qui avait toujours sur le coeur la perte de son bénéfice et de sa bien-aimée, dit que le principe de tout était l'amour et l'ambition. Grou, qui avait vu plus de pays, dit que c'était l'argent ; et le grand anatomiste Sidrac assura que c'était la constipation. Les deux convives demeurèrent tout étonnés; et voici comme le savant Sidrac prouva sa thèse.
«J'ai toujours observé que toutes les affaires de ce monde dépendaient de l'opinion et de la volonté d'un principal personnage, soit roi, soit premier ministre, soit premier commis. Or cette opinion et cette volonté sont l'effet immédiat de la manière dont les esprits animaux se filtrent dans le cervelet, et de là dans la moelle allongée ; ces esprits animaux dépendent de la circulation du sang; ce sang dépend de la formation du chyle; ce chyle s'élabore dans le réseau du mésentère; ce mésentère est attaché aux intestins par des filets t:rès déliés; ces intestins, s'il m'est permis de le dire, sont remplis de merde. Or, malgré les trois fortes tuniques dont chaque intestin est vêtu, il est percé comme un crible; car tout est à jour dans la nature, et il n'y a grain de sable si imperceptible qui n'ait plus de
cinq cents pores. On ferait passer mille aiguilles à travers un boulet de canon si on en trouvait d'assez fines et d'assez fortes. Qu'arrive-t-il donc à un homme constipé? Les éléments les plus ténus, les plus délicats de sa merde se mèlent au chyle dans les veines d'Azellius, vont à la veine-porte et dans le réservoir de Paquet. Ils passent dans la sous-lavière; ils entrent dans le coeur de l'homme le plus galant, de la femme la plus coquette. C'est une rosée d'étron desséché qui court dans tout son corps. Si cette rosée inonde les parenchymes, les vaisseaux et les glandes d'un atrabilaire, sa mauvaise humeur devient férocité; le blanc de ses yeux est d'un sombre ardent; ses lèvres sont collées l'une sur l'autre; la couleur de son visage a des teintes brouillées. Il semble qu'il vous menace: ne l'approchez pas, et, si c'est un ministre d'État, gardez-vous de lui présenter une requête. Il ne regarde tout papier que comme un secours dont il voudrait bien se servir selon l'ancien et abominable usage des gens d'Europe. lnformez-vous adroitement de son valet de chambre favori si monseigneur a poussé sa selle le matin.
«Ceci est plus important qu'on ne pense. La constipation a produit quelquefois les scènes les plus sanglantes. Mon grand-père, qui est mort centenaire, était l'apothicaire de Cromwell; il m'a conté souvent que Cromwell n'avait pas été à la garde-robe depuis huit jours lorsqu'il fit couper la tête à son roi.
«Tous les gens un peu instruits des affaires du continent savent que l'on avertit souvent le duc de Guise le Balafré de ne pas fâcher Henri III en hiver pendant un vent de nord-est. Ce monarque n'allait alors à la garde-robe qu'avec une difficulté extrême. Ses matières lui montaient à la tête; il était capable, dans ces temps-là, de toutes les violences. Le duc de Guise ne crut pas un si sage conseil; que lui en arriva-t-il? son frère et lui furent assassinés.
«Charles IX, son prédécesseur, était l'homme le plus constipé de son royaume. Les conduits de son côlon et de son rectum étaient si bouchés qu'à la fin son sang jaillit par ses pores. On ne sait que trop que ce tempérament adulte fut une des principales causes du massacre de la Saint. Barthélemy.
«Au contraire les personnes qui ont de l'embonpoint, les entrailles veloutées, le cholédoque coulant, le mouvement péristaltique aisé et régulier, qui s'acquittent tous les matins, dès qu'elles ont déjeuné, d'une bonne selle aussi aisément qu'on crache; ces personnes favorites de la nature sont douces, affables, gracieuses, prévenantes, compatissantes, officieuses. Un NON dans leur bouche a plus de grâce qu'un OUI dans la bouche d'un constipé.
TP03
Identifiez les principaux éléments de l'argumentation de Voltaire