Initiation pratique à la méthodologie des sciences humaines
COURS 13
Les principaux courants de pensée
en sciences humaines


 


OBJECTIFS DU COURS 13:

1. Se familiariser avec les principaux courants de pensée en sciences humaines
2. Réaliser un test de compréhension
3. Poursuivre et compléter la mise à jour de votre page web

 

 

Vous avez maintenant mis en marche votre travail de recherche.

Toutefois, vous avez constaté que vous avez été amené à faire un certain nombre de choix subjectifs, vous amenant par exemple à privilégier tel ou tel phénomène, telle ou telle explication.  De tels choix sont normaux.  Il est cependant important d'en prendre conscience et de les assumer.   Même s'il est possible de faire une recherche en sciences humaines sans se référer à un courant de pensée reconnu, la plupart des chercheurs peuvent être associés à un courant précis.  Ces courants ont en commun d'offrir un point de vue se prêtant à l'analyse d'à peu près n'importe quel objet des sciences humaines.  Par exemple, le marxisme ou matérialisme peut être invoqué pour analyser des phénomènes comme   la délinquance, la condition féminine autant que les problèmes de politique internationale.

Il est important de bien connaître ces grands courants, d'abord pour pouvoir reconnaitre quand un auteur y adhère, ensuite, éventuellement, afin d'inscrire vos propres recherches dans l'un d'entre eux.

 

Les premiers cadres ou approches que nous examinons ont été utilisés tant en sciences exactes qu'en sciences humaines. Les derniers ont eu comme champ d'action privilégié le domaine des sciences humaines et des sciences sociales. Nous avons tenté, en présentant les approches, de respecter le plus possible l'ordre chronologique de leur apparition.

le rationalisme

Le rationalisme est basé sur la raison et la logique.  Il cherche à ordonner les champs de ce qui est perçu et senti et à mettre de l'objectivité dans ce qui est subjectif. Ce mode de pensée remonte aux Grecs et, en particulier, à Platon. Toute connaissance est élaborée et construite morceau par morceau par la raison humaine qui transforme le subjectif en objectif. C'est l'univers du raisonnement formel et abstrait, et de la démonstration.

Ce qui existe pour le mouvement rationaliste, c'est le monde de l'individu, celui de la volonté, du calcul, des stratégies individuelles et collectives. Il est possible de définir un modèle de l'être humain et de la société qui procède de l'individu. Tout y est homogène et le temps, uniforme et immobile. Toute décision est rationnelle. La volonté et l'action des personnes modèlent le monde social; elles ne sont pas responsables de leur univers. L'environnement dans lequel elles évoluent est là pour être utilisé; il n'est qu'un instrument. On associe le plus souvent la logique, la mathématique et la statistique à ce courant de pensée.

Dans un tel univers, les faits sociaux n'ont ni profondeur ni autonomie; ils ne sont que des manifestations de ce que veut l'être humain.

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Platon
(-428 à -348)

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Monsieur Spock
(né en 2345)

empirisme

Dans ce cadre, l'analyse se situe au niveau du fait observé. On explique un phénomène en se basant sur les relations que l'on relève directement sur le terrain ou dans la situation observée. La connaissance s'acquiert d'abord à partir d'observations; les hypothèses s'en inspirent et s'appuient sur elles. Par la suite, s'opèrent les généralisations qui se font compte tenu de l'évidence expérimentale et s'élabore l'extension des lois à d'autres situations semblables.

Pour adopter ce cadre d'analyse, il faut disposer de faits vérifiables et répétitifs. Des sciences comme la physique, la biologie et la psychologie offrent des champs d'étude intéressants pour l’approche empirique; tout le développement de la psychologie expérimentale y est étroitement rattaché.

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Isaac Newton
(1642-1727)

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Sherlock Holmes
 

le matérialisme

Ce cadre d'analyse est à l'opposé du rationalisme et tire aussi ses origines de la Grèce antique avec Héraclite pour qui, par exemple, le feu était l'élément primitif de la matière. Ce cadre d'analyse a été aussi associé à Hegel, à Feuerbach et à Marx. Les tenants de cette approche se servent des éléments concrets de la réalité qu'ils analysent pour expliquer les phénomènes qui s'y passent. Il y a dans ce cadre d'analyse de nombreux déterminismes reliés à l'action humaine. L’esprit humain peut appréhender les phénomènes et contrôler le réel parce que le monde concret agit sur lui, l'informe et lui donne les éléments nécessaires pour interpréter abstraitement et ce, dans le quotidien. Les formulations scientifiques ne sont que la traduction abstraite de ce que la personne humaine vit.

Ainsi, pour Marx qui cherchait comment et pourquoi une économie évolue, le travail permet à l'être humain de transformer la nature et de l'humaniser; l’être humain devient un être social qui se réalise. C'est le travail qui fonde la valeur; il est seul capable d'ajouter à la production plus qu'il ne vaut. Il faut inventer de nouveaux moyens pour transformer la nature par la production. L'être humain doit survivre et, pour survivre, il doit produire. Les forces productives sont à la base de tout; les rapports de production, eux, agissent comme carburant. Ces deux éléments combinés génèrent le mode de production, capitaliste à l'époque de Marx; de là naissent les contradictions et les crises.

Cet exemple illustre bien ce qu'on a appelé le matérialisme historique dans lequel la théorie apprend à voir par l'intermédiaire des réalités et du concret ce qu'il faut pour agir.

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Karl Marx
(1818-1883)

le positivisme

Le positivisme est une approche axée sur la seule connaissance des faits et sur l'expérience scientifique. Associé à Auguste Comte, ce cadre théorique s'attache aux phénomènes sur lesquels on doit porter des jugements, certains ayant une valeur universelle; il est, par conséquent, impossible d'atteindre les choses elles-mêmes. Tous les phénomènes de recherche sont mesurables et classifiables. L'environnement peut être manipulé. Le positivisme a gardé plusieurs points communs avec le rationalisme qui l'a précédé dont l'objectivité : on appréhende les phénomènes, les institutions et les comportements pour en mesurer les régularités et en expliquer la logique.

Ce cadre d'analyse inspiré des sciences exactes permet d'analyser la société de l'extérieur à travers ses manifestations plus que de l'intérieur. Elle est perçue objectivement avec une certaine distanciation du chercheur. L'être humain est fragile; la société doit le protéger dans un contexte historique sans surprise et figé dans le temps. La société existe comme réalité imperméable à la compréhension de ceux et celles qui y évoluent. La sociologie dont l'objet est précisément l'étude des phénomènes sociaux devient alors une théorie scientifique du développement humain.

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Auguste Comte
(1798-1857)


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Tryphon Tournesol

le fonctionnalisme

Cette approche plus récente a accompagné au cours du dernier siècle la démarche scientifique en sciences sociales, surtout aux États-Unis. Plus particulièrement utilisé en sociologie, ce cadre d'analyse implique une vision globale des phénomènes. Il part d'un postulat de base qui fait ressortir qu'à tout élément de n'importe quelle culture correspond une fonction et que la relation dans le sens inverse est aussi valable. Nous sommes donc en présence d'une relation biunivoque. Le fait social doit être considéré comme un fait total. Si on l'isole de son contexte, on l'appauvrit et le déforme. Chacune des parties s'éclaire à même l'ensemble auquel elle s'intègre; elle y trouve toute sa signification. Ce type d'analyse rapproche, entre autres, les sociologues, les ethnologues et les géographes des économistes. Tous les tenants de l'approche institutionnaliste en économie ont des liens de parenté très étroits avec des ethnologues comme Malinowski, un représentant britannique du fonctionnalisme en ethnologie. Ils étudient les processus sociaux, les relations sociales et les institutions qui contribuent à façonner la société.

Généralement, les systèmes analysés sont examinés sous l'angle de leurs fonctions et de leurs dysfonctions; ces dernières correspondent aux éléments qui freinent ou gênent le fonctionnement des systèmes. Certaines institutions ou certains organismes gênent l'harmonie du système social et limitent les performances des groupes; c'est souvent par eux qu'arrivent les bouleversements, les changements et les crises. En fait, le fonctionnalisme propose une théorie de la vie en groupe qui explique à la fois le comportement de chaque élément et l'organisation de l'ensemble des éléments. En ce sens, la sociologie, la géographie, l'économie et l'administration utilisent des cadres d'analyse qui sont le plus souvent fonctionnalistes. Il suffit de penser à l'analyse de la structure des entreprises en administration, par exemple.

Montgomery Burns

le béhaviorisme

Fondée sur l'étude du comportement observable, la démarche béhavioriste associe la vie sociale à un réseau d'interactions qui modèlent les partenaires; c'est à travers ce réseau que ces derniers cherchent à se réaliser individuellement ou en groupe. Elle a été créée en 1913 par Watson, un Américain. Les faits sociaux résultent des actes et des décisions d'êtres qui pensent, veulent et apprennent. Tout au long de sa vie, l'être humain est guidé dans ses actions par des modèles de la réalité familiale, scolaire, sociale, etc. Le comportement humain dépend essentiellement des interactions qui surviennent entre la personne et son environnement. Cette dernière répond à des stimulations provenant de cet environnement.

Cette approche a été utilisée principalement en psychologie et en éducation. E. L. Thorndike, avec ses expériences sur les chats qu'il enfermait dans des cages-problèmes et B. F. Skinner, par exemple, avec le développement de l'enseignement programmé, ont contribué à développer ce cadre d'analyse.

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Burrhus F. Skinner
(1904-1990)


Le chien de Pavlov...

le structuralisme

L’approche structuraliste est à l'opposé du béhaviorisme; pour ses tenants, l'homme est un obstacle à la compréhension des faits sociaux. les personnes ne sont que les jouets de réalités plus profondes qui agissent pour elles, à travers elles et à leur place sans qu'elles en soient véritablement conscientes. L'individu est contraint ; des codes d'expression collective s'imposent à lui : le langage, la sexualité, etc. Il code la nature et la société dans laquelle il vit à l'aide d'un réseau de symboles. Il importe, par conséquent, de déchiffrer les systèmes dans lesquels le chercheur évolue. Ce cadre d'analyse a été utilisé en ethnologie par C. Levi-Strauss et Roland Barthes (et sa citroën DS-19) et, de façon générale, en sociologie.

 

Adapté de J. Lacasse, Introduction à la méthodologie utilisée en sciences humaines.  Montréal, Études vivantes, 1991: 26-30.